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Le couple Djermane-Jamali ne collabore plus avec le Centre de prévention de la radicalisation

Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali, ces deux Montréalais acquittés de terrorisme, ont mis un terme à leur contrat de travail avec le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, a appris Radio-Canada, de deux sources indépendantes. Les deux jeunes n'auraient pas aimé être qualifiés de « radicalisés » par le directeur du Centre, lors d'une entrevue, alors que c'était justement ce qu'ils niaient durant leur procès.

Un texte de Thomas Gerbet

Le contrat de consultants du couple devait durer trois mois, mais il n'aura pas tenu longtemps. Dès l'annonce de leur recrutement par le Centre de prévention de la radicalisation, Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali auraient été échaudés par les propos du directeur général à leur égard.

Associés à des « personnes radicalisées » par Herman Deparice-Okomba lors d'une entrevue, les anciens étudiants du Collège de Maisonneuve ont renoncé à leur collaboration. Ils devaient aider le Centre à développer des outils en milieu carcéral pour des personnes accusées de crimes de terrorisme.

« Ils ne voulaient pas être des sortes d'affiches publicitaires de radicalisés », confie une source. Le couple pensait devenir consultant uniquement en raison de son expérience de deux ans et demi en prison et pour son vécu relativement au fait d'avoir été accusé de terrorisme, ce qui peut entraîner un traitement différent en milieu carcéral.

Les propos du directeur du Centre qui auraient déplu au couple

« Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont dit que Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali n'ont jamais eu l'intention de rejoindre le groupe armé État islamique ou de se procurer les ingrédients pour fabriquer une bombe », rappelle la journaliste aux affaires judiciaires de Radio-Canada, Geneviève Garon, qui a suivi le procès du couple.

« Les avocats affirmaient que les deux jeunes n’adhéraient pas à l’idéologie de l’EI, et qu'au contraire ils avaient consulté du matériel en ligne dénonçant le groupe terroriste. Si le couple planifiait un voyage en Grèce, ce n'était pas pour rejoindre la Syrie, mais bel et bien pour visiter Athènes. »

Malaise au Centre de prévention de la radicalisation

Quatre intervenants du Centre que nous avons questionnés nous ont répondu la même chose : « C'est confidentiel ». On « ne communique pas d’informations en lien avec les dossiers pris en charge », écrit la coordinatrice des communications, Vanessa Reggio. Pourtant, le Centre ne voyait rien de confidentiel à vanter le recrutement des deux jeunes dans les médias, à la fin de janvier.

Le contrat de consultant qui a été offert aux deux jeunes, avec une rétribution de près de 300 $ par semaine chacun, faisait partie d'un processus de réinsertion, avait expliqué le directeur du Centre, à la fin de janvier. Pendant leurs trois jours de présence hebdomadaire, le couple devait bénéficier d'un suivi psychosocial durant une journée et demie. Il nous a été impossible de savoir si ce suivi se poursuit toujours.

Ce n'était pas la première initiative du genre du Centre. Maxime Fiset, ancien militant d'extrême droite et fondateur de la Fédération des Québécois de souche, y travaille depuis octobre 2016.

L'annonce du recrutement de Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali avait été faite un mois après qu'ils eurent été déclarés non coupables. Le verdict a été porté en appel sur un chef d'accusation.

Les deux jeunes avaient été arrêtés en 2015 par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), par crainte qu'ils ne commettent un acte terroriste. Sabrine Djermane aurait dit à des proches vouloir rejoindre le groupe armé État islamique ou perpétrer une attaque au Canada, selon des documents des autorités qui n'avaient pas été présentés pendant le procès.

Malgré leur non-culpabilité, les deux anciens étudiants du Collège de Maisonneuve, âgés de 20 et 21 ans, doivent toujours respecter plusieurs conditions de remise en liberté. Ils doivent vivre chez leurs parents, prévenir la police de tout changement d'adresse et signer un registre une fois par semaine dans un bureau de la GRC. Le couple ne peut pas non plus quitter le Québec ni fréquenter la mosquée Assahaba où prêche Adil Charkaoui.

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