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Le début du procès de l'ex-entraîneur de ski Bertrand Charest reporté à jeudi

Près de deux ans après son arrestation, Bertrand Charest, ex-entraîneur de l'équipe canadienne junior féminine de ski alpin, change d'avocats pour une quatrième fois. Le début de son procès pour de présumées agressions sexuelles contre d'anciennes athlètes est donc reporté à jeudi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Avec la collaboration de Geneviève Garon

Le juge Sylvain Lépine a accepté la demande des deux nouveaux avocats de l'accusé, Jacky-Eric Salvant et Antonio Cabral, d'obtenir des jours supplémentaires de préparation. La Couronne ne s'est pas objectée à cette demande de suspension.

Les deux avocats ont fait les manchettes récemment en assurant à Gatineau la défense de Jacques Lesage, le tristement surnommé « père grand-père », reconnu coupable d'inceste. Ce sera le cinquième duo d'avocats à représenter l'accusé.

Me Salvant a rencontré Bertrand Charest le 11 février dernier à la prison de Bordeaux. Depuis, il dit avoir eu de la difficulté à préparer sa défense, puisque l'ex-entraîneur de ski a été transféré à la prison de Saint-Jérôme pendant quelques jours. « C'était beaucoup plus difficile de le rencontrer à Saint-Jérôme, affirme Me Salvant. Les heures de visites sont plus restreintes et il n'y a pas de vidéocomparution » pour pouvoir discuter de la stratégie à distance.

57 chefs d'accusation, 12 victimes alléguées

« C'est un gros dossier. On a rarement vu autant de victimes alléguées, étalées sur un aussi grand nombre d'années », estime Me Salvant.

Pas moins de 57 chefs d'accusation, 12 victimes alléguées âgées de 12 à 19 ans, des crimes qui auraient été commis entre 1990 et 1998 à la station de ski Mont-Tremblant, dans les Laurentides, mais aussi en France, en Autriche, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis.

Nul doute, la preuve est volumineuse et le procès prévu pour quatre semaines sera complexe.

Le ministère public a l'intention d'appeler à la barre une vingtaine de personnes, dont les 12 victimes alléguées. « Nous sommes prêts à procéder », affirme la procureure aux poursuites criminelles et pénales, Marie Nathalie Tremblay.

On ignore encore si l'ex-employé de Canada Alpin, âgé de 51 ans, va prendre la parole devant le juge Sylvain Lépine, de la Cour du Québec. « On n'a pas encore décidé s'il va témoigner », explique Me Salvant.

Des lettres mises sous scellés

Me Salvant a offert, en contre-partie du report demandé de trois jours, des admissions de la part de son client, ce qui permettrait de réduire la liste des témoins à faire comparaître, dont d'accélérer les procédures.

Il s'agit d'une série de lettres qui ont été récupérées au domicile de Bertrand Charest. Le juge Lépine a demandé qu'elles soient mises sous scellés.

En acceptant le report jusqu'à jeudi, la procureure de la Couronne a expliqué que le juge pourra consulter les admissions pendant ce délai.

Bertrand Charest est détenu depuis deux ans

Bertrand Charest a été arrêté le 10 mars 2015. Lors de son enquête sur remise en liberté, le juge Michel Belhumeur avait rendu une décision étoffée dans laquelle il concluait que sa détention était nécessaire pour maintenir la confiance du public en l'administration de la justice et pour préserver la sécurité des victimes et des principaux témoins.

Les allégations au sujet de Bertrand Charest ont causé une commotion dans le milieu du ski de compétition au Canada.

Il a entre autres été entraîneur de l'équipe de développement féminine d'Alpine Canada Alpin (ACA), de 1996 à 1998.

À la suite de son arrestation en 2015, ACA a révélé qu'en 1998, une source l'avait avisé que M. Charest avait « possiblement eu un contact inapproprié avec une membre de l'équipe ». Après avoir été suspendu, Bertrand Charest a démissionné. La GRC aurait enquêté, mais ACA ignore la conclusion de cette procédure. La police n'a jamais confirmé qu'une enquête avait été ouverte à l'époque. Dans les années qui ont suivi, Bertrand Charest a recommencé à entraîner de jeunes sportifs.

Depuis son arrestation, des victimes alléguées et d'autres membres du milieu sportif ont reproché à Canada Alpin de ne pas en avoir fait assez pour protéger les athlètes.

Bertrand Charest fait face à 23 chefs d'accusation d'agression sexuelle, un chef d'agression sexuelle causant des lésions corporelles et un autre de contacts sexuels.

Il est aussi accusé de 32 chefs d'exploitation sexuelle, pour avoir été en situation d'autorité lors de contacts sexuels.

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