Retour

Le déclin de l’empire Canadien (deuxième partie)

BILLET - « Qu'est-ce que la défaite? La défaite est une maladie aussi contagieuse que la polio. La défaite est une maladie aussi contagieuse que la syphilis. La défaite est une maladie aussi contagieuse que la peste bubonique, attaquant un seul sujet et infectant ensuite tous les autres. Mais elle se soigne. » - Extrait du film The Natural

Dans une chronique publiée le 23 juin dernier et intitulée « Le déclin de l’empire Canadien », je rappelais à quel point Marc Bergevin faisait face à une difficile mission durant l’été, et que l’organisation était en fait un géant aux pieds d’argile. Disons que les événements se précipitent...

À pareille date la saison dernière, le CH semblait invincible et occupait le 1er rang de toute la LNH avec une fiche de 15-4-2 (32 points). Montréal était 6e en attaque (65 buts), 3e en défense (47 buts accordés), 9e en avantage numérique (15 buts) et 24e en désavantage numérique (14 buts accordés).

Cet automne? Après 21 matchs, le Tricolore occupe le 27e rang dans la LNH avec un dossier de 8-11-2 (18 points). Il est 30e en attaque (50 buts), 29e en défense (74 buts accordés), 29e en avantage numérique (11 buts) et 28e en désavantage numérique (11 buts accordés).

Les chances de participation aux séries se situent aux alentours de 3 % selon sportsclubstats.com. Mais depuis 2006, la réalité du terrain montre que 21 % des équipes affichant 18 points après 21 matchs ont pris part au tournoi printanier. Bref, les pronostics ne sont pas encourageants.

Les amateurs réclament la tête de Marc Bergevin pour cause d’incompétence et sont prêts à échanger tout le monde. Mais le remède permettant de soigner cette maladie n’est pas aussi évident qu’il y paraît.

Sur le plan des statistiques, le CH a jusqu’à présent obtenu 11 % de plus de chances de marquer que la saison dernière (290 contre 263) et le groupe d’attaquants est essentiellement le même. Jonathan Drouin a remplacé Alex Radulov, mais il est plus habile que le Russe pour fabriquer des jeux. Et il a obtenu deux fois plus de chances de marquer que ce dernier.

Par ailleurs, malgré un corps défensif rapiécé, le Tricolore a consenti cette saison moins de chances de marquer qu’à pareille date l’an dernier (307 versus 320), mais le nombre de buts accordés a bondi de... 57 %!

***

Au tournoi de golf de l’équipe le 11 septembre dernier, Marc Bergevin avouait avec franchise que son plan A avait été contrecarré par les départs inattendus d’Andrei Markov et d’Alex Radulov.

Combien de fois, depuis le lock-out du milieu des années 2000, la direction d’une équipe gagnante a-t-elle perdu deux joueurs-clés en même temps sur le marché de l’autonomie? C’est notamment arrivé à Buffalo en 2007 (Daniel Brière et Chris Drury) et les Sabres, malgré l’immense bassin de jeunes talents sur lequel ils misaient, n’ont jamais remporté un tour éliminatoire depuis ce temps.

Malgré des historiques fort différents avec l’organisation, Radulov et Markov ont tous deux vécu des négociations ardues.

Dans le cas de Markov, il est étonnant que les pourparlers aient échoué compte tenu de son ancienneté et de l’importance du rôle qu’il occupait au sein de la formation. En juin dernier, un joueur du Tricolore me prédisait (en privé) une « catastrophe » si le CH laissait filer Markov. Le vétéran défenseur a fini par piler sur son orgueil et par accepter un pacte d’une saison (alors qu’il exigeait deux ans au départ). Il a toutefois décampé quand la direction lui a offert un contrat assorti de bonis au lieu d’une entente ferme.

Cette perte déterminante, survenue lorsque le DG jouissait d’une considérable marge de manœuvre, sera retenue contre Bergevin.

Inutile de revenir sur les départs d’Alexei Emelin (expansion) et de Nathan Beaulieu (échangé contre un choix de troisième tour parce que la patience de la direction était à bout, notamment quant à son manque de maturité). Mais le fait demeure : ces trous dans l'équipe se sont ajoutés aux autres.

Au bout du compte, la question qu’on posait au début de la saison reste d’actualité : combien d’équipes de la LNH seraient-elles en mesure de garder leur erre d’aller en perdant le flanc gauche de leur défense au grand complet ainsi que leur meilleur espoir à cette position (Mikhail Sergachev)?

À l’ère du plafond salarial, il y a des limites aux avaries qu’une équipe de la LNH peut absorber et au surplus de responsabilités que peuvent assumer les joueurs restants. La plupart du temps, les absences importantes finissent par toucher tout le monde.

L’exemple du Lightning de Tampa Bay, qui balaie tout sur son passage cette année, est frappant. L’an passé, alors qu’elle était favorite pour représenter l’Est en grande finale, cette formation a raté les séries en grande partie à cause des blessures à long terme de Steven Stamkos et de Ryan Callahan. La santé d’une équipe gagnante est aussi fragile que cela.

Dans le cas du Lightning, la situation s’est réglée d’elle-même. Pour le Canadien, par contre, les joueurs qui sont partis ne reviendront pas.

***

Ce qui se produit à Montréal n’est pas que le résultat du mauvais été qu’a connu Marc Bergevin. C’est surtout l’aboutissement logique aux sept ou huit années consécutives de vaches maigres qu’a connues le département de recrutement amateur de l’organisation depuis 2008.

Habilement, tant bien que mal, Bergevin et son département de recrutement professionnel étaient jusqu’ici parvenus à colmater les brèches depuis 2012 en réalisant des échanges qui tournaient la plupart du temps à l’avantage du CH.

Par contre, l’été dernier (lorsque le responsable du recrutement amateur, Trevor Timmins, a ironiquement été promu à titre de DG adjoint) la bouchée était tout simplement trop grosse à avaler. Après tout, il y a des limites au nombre de lapins qu’on peut entasser dans un seul chapeau.

Le géant aux pieds d’argile est maintenant à genoux. Son club-école est vide. Et sa banque d’espoirs prometteurs est si mince qu’elle peut difficilement être touchée : le gardien Charlie Lindgren, le défenseur Victor Mete ainsi que les centres Ryan Poehling, Joni Ikonen et, peut-être, Jake Evans.

Il n’y a donc pas 1000 façons de soigner le mal dont est affublé le Canadien. Puisque c’est un point fort de l’organisation, il ne reste qu’à judicieusement conclure quelques échanges pour rajeunir la formation, et ensuite, à couler au classement pour faire le plein de choix valables qui serviront à rebâtir l’organisation dans les prochains repêchages.

La défaite se soigne, effectivement. Mais les soins les plus courts ne sont pas nécessairement les meilleurs. Pas dans le cas du Bleu-blanc-rouge, en tous cas.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un rottweiler goûte à du citron pour la première fois





Rabais de la semaine