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Le design de mode, la « mission sur terre » de Jean-Claude Poitras

Il a habillé des générations de Québécoises, mais a aussi touché à d'autres aspects du design avec une même passion durant les 45 ans de cette carrière remarquable. Le centre d'Art Diane Dufresne, à Repentigny, présente tout l'été une rétrospective du designer Jean-Claude Poitras.

Un texte de Catherine François

Habiller les gens, c’est une vocation pour Jean-Claude Poitras. Enfant, pendant la messe du dimanche, il regardait avec fascination virevolter les manteaux de fourrure des paroissiennes et il imaginait déjà ses futurs défilés de mode. Il avait envie d’habiller ses petits camarades de classe, il faisait des croquis sans arrêt. Il a toujours su qu’il serait un artiste, mais c’est un peu plus tard, après avoir consulté un conseiller d’orientation, qu’il s'est dirigé vers la mode.

L’exposition revient sur cette enfance, puis sur les années de formation, sur Expo 67 et la grande fenêtre qui s'ouvrait alors sur le monde, qui a été un déclic pour le jeune Poitras.

Ensuite, l'exposition traverse les étapes de la création : le prêt-à-porter, le virage vers le design d’intérieur avec la vaisselle et le linge de maison, ainsi que les prises de position dans l’espace public, notamment dans sa chronique sur le design dans le quotidien Le Devoir. Autant d’escales dans la vie de Jean-Claude Poitras que le visiteur découvre avec plaisir.

Un homme de passion et d’instinct

Il aime dire que l’important, dans son métier, « ce n’est pas d’arriver, c’est de durer ». Ce qu’il a fait…

Le designer a été un précurseur dans le domaine de la mode au Québec. Il se décrit comme un homme d’émotion qui a toujours suivi son instinct, même s’il ne l’emmenait pas forcément sur les voies du succès. « Ce qui me caractérise en tout cas, c'est que je crois que je suis né pour faire les choses hors des sentiers battus, chaque fois que j'ai essayé d'appliquer des recettes pour avoir du succès, je me suis trompé... Je crois que je suis né pour ouvrir des sillons, pour ouvrir de nouveaux horizons. »

Dans les années 1970, par exemple, il n’aime pas la mode féminine. Il invente donc ce style, si caractéristique de son travail, le« masculin-féminin », c'est-à-dire des lignes très masculines pour la femme. L’homme aime la mode profondément, mais il déteste être à la mode et ne supporte pas le côté factice et superficiel de cette industrie. Il dit d’ailleurs avoir longtemps entretenu une relation amour-haine avec elle.

Un gentleman authentique

Quand il regarde dans le rétroviseur, ce dont il est le plus fier, c’est d'avoir été authentique, loyal envers lui-même, de ne jamais s'être renié. « Je n’ai jamais cru aux recettes et je n’ai jamais voulu être prisonnier de mon style. »

Ses plus beaux compliments viennent des femmes qu’il a habillées, comme celle qui l’a remercié d'avoir pu porter du Poitras le plus beau jour de sa vie, à son mariage, ou encore la comédienne Sophie Faucher, qui raconte avoir rencontré l’homme de sa vie dans la rue; il l’a abordée alors qu’elle portait son manteau rouge Jean-Claude Poitras. Autant de velours pour ce gentleman qui dit avoir pourtant souvent eu du mal à se faire aimer du public, mais qui a poursuivi sa route malgré tout.

« Qui m’aime me suive »

C’est ce qu’il conseille aux jeunes : rester soi-même, se respecter, ne pas céder à la facilité, ne pas se laisser imposer des idées, travailler en cocréation et s’ouvrir au monde, s’imprégner de sa diversité, être comme une éponge que l’on tord lorsque vient le temps de la création.

Et c'est ce qu'il a fait, car Jean-Claude Poitras a beaucoup voyagé, et il s’est laissé contaminer par la beauté de l’Asie, de Bali, et surtout du Japon. Tout l’art japonais, le mode de vie et le raffinement nippons ne cessent de l’inspirer.

Jean-Claude Poitras incarne la vitalité culturelle québécoise et son extraordinaire ouverture sur le monde. « Je crois beaucoup à l'idée que je viens de quelque part, de mes sources, de mes origines, mais avec un regard ouvert sur le monde, prêt à tout aimer, à tout réinventer et à revisiter les choses de la vie. »

Notre époque de surconsommation et de prêt-à-jeter le révolte, mais il aime les tendances inverses qui parcourent aussi nos sociétés, le slow fashion, et aussi ce qu’il qualifie de « glocal », soit le contraire de la globalisation : « Cela veut dire : partir de ses racines profondes, réinventer son style pour mieux le projeter à l'international. »

Plus que jamais, l’homme de mode choisit le chemin alternatif, le petit sentier frais du boisé fleuri, et non la grande autoroute bétonnée…

L'exposition Jean-Claude Poitras : sur le chemin du Roy, au fil de mes escales a lieu jusqu’au 15 octobre au Centre d’art Diane-Dufresne.

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