Les archives papier du Devoir ne seront bientôt plus qu'un souvenir, alors que le quotidien plus que centenaire s'apprête à repartir à neuf dans de nouveaux locaux. Les documents les plus précieux seront numérisés ou cédés à des fonds d'archives, tandis que des milliers d'autres, jugés moins importants, seront envoyés au recyclage.

Un texte de Jérôme Labbé

« On repart sur des bases modernes, explique le directeur du journal, Brian Myles. Ça n'a rien à voir avec les coûts. En plus, il faut le dire, ce ménage-là n'avait jamais été fait [...] Et le déménagement, ça nous force à faire cet inventaire-là. »

À ceux qui pourraient s'inquiéter que les archives du quotidien fondé en 1910 ne disparaissent à jamais, M. Myles promet qu'aucun document de valeur ne sera jeté.

« On a en ce moment une directive qu'on applique, qui a été élaborée par Bibliothèque et Archives nationales, pour déterminer ce qui a une valeur de conservation et ce qui n'en a pas. Et ce qui a une valeur de conservation, c'est clair que Le Devoir ne va pas mettre ça au recyclage, promet-il. On va soit déménager ce matériel avec nous, soit le léguer à un fonds d'archives. »

Parmi les documents qui seront jetés figurent des ouvrages de référence comme des annuaires ou des encyclopédies, des photos pour lesquelles Le Devoir ne possède pas les droits d'auteur, des dossiers de presse, etc.

« Est-ce que je vais déménager un dossier de presse sur un sujet X, qui est un ramassis de découpures de journaux qu'on a collées sur du papier? C'est pas vrai que je vais déménager ça », soutient M. Myles, qui a succédé à Bernard Descôteaux au début de 2016.

Quant aux articles archivés, le directeur du Devoir souligne qu'« un processus de numérisation est en cours ». Le site LeDevoir.com permet notamment de consulter tous les articles publiés par le quotidien depuis 1998, alors que la base de données Eureka permet de remonter jusqu'en 1992.

Même s'il a déposé un mémoire sur la crise des médias imprimés dans le cadre des consultations publiques sur le renouvellement de la politique culturelle du Québec, la semaine dernière, M. Myles insiste pour dire que Le Devoir ne procède pas au ménage de ses archives pour des raisons financières.

« Ce n'est pas une question de coûts [ni d'un] manque de sensibilité ou de respect envers le matériel qui a une valeur de conservation », conclut-il.

Le syndicat consulté

La décision de ne pas déménager les archives papier du Devoir a été annoncée aux employés il y a quelques mois, mais le syndicat ne s'y est pas formellement opposé.

« Dans un autre contexte, nous aurions aimé pouvoir conserver l'ensemble des archives, explique le président du syndicat de la rédaction, Guillaume Bourgault-Côté. Mais dans la mesure où elles servaient très peu au quotidien, où l'espace sera plus restreint dans les nouveaux locaux et où on nous a assuré que les choses pertinentes seraient conservées, on a confiance que la situation trouvée est la meilleure possible. »

M. Bourgault-Côté se réjouit en outre que le poste de documentariste au Devoir soit maintenu malgré l'abandon des archives papier.

Le quotidien La Presse révélait en février dernier que le déménagement du Devoir était prévu cet automne. La direction n'a toutefois pas encore communiqué de date au syndicat.

Les 120 employés quitteront le 2050 rue De Bleury pour s'installer dans l'édifice Archambault, près de la station de métro Berri-UQAM. Les locaux actuels étaient devenus trop grands - et trop coûteux - pour les besoins du journal.

Le Devoir y était établi depuis 1992, après avoir passé 20 ans au 211, rue Saint-Sacrement, dans le Vieux-Montréal.

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