Haruka donne l'exemple à mille lieues de chez elle. Mina et les autres judokas l'admirent. La championne Tachimoto s'impose, sans dire un mot en français ni anglais. C'est sa présence ici qui veut tout dire...

Un texte de Jean-François Poirier

La scène se passe à l'Institut National du Sport du Québec (INSQ) à Montréal. Cette grande dame du judo japonais a écourté ses vacances au Canada pour enseigner son art. Haruka Tachimoto est attirée par la vie à l'étranger. À 26 ans, elle a le goût de partager son savoir avant de peut-être opter pour la retraite.

« Je suis enchantée, dit la médaillée d'or olympique par la bouche d'un interprète. C'est la première fois que j'offre une clinique à l'extérieur du Japon depuis ma victoire à Rio et je trouve que les installations mises à la disposition de vos athlètes d'élite sont extraordinaires. »

Ses mots sont gentils. Ses conseils aux judokas sont pointus. Mina Lacombe assiste à la leçon. Les participants à cet entraînement ne sont pas triés sur le tatami. Il est ouvert à tous ceux qui rêvent d’ippon.

Elle est une légende, lance la judoka québécoise de 20 ans, récemment admise au sein de l'équipe senior canadienne. J'ai été sa partenaire à l'entraînement mardi. Je n'avais jamais ressenti une telle chose auparavant. Cette femme est tellement puissante...

Mina Lacombe

Haruka Tachimoto a passé la semaine avec des athlètes de la relève canadienne ou des membres de l'équipe nationale. Samedi, elle fait l'étalage de son talent devant une quarantaine de judokas de tous les calibres. Plusieurs membres du club Zenshin de Saint-Jérôme se sont donné rendez-vous à l'INSQ pour découvrir non seulement la technique de cette athlète, mais aussi sa personnalité en dépit de la barrière linguistique.

« Elle reste humble, c'est ça le judo. C'est un sport de partage », commente une élève de Stéphane Garant, directeur du club jérômien.

« J'aime beaucoup enseigner le judo aux enfants. C'est un bonheur », admet Haruka Tachimoto qui semble vouloir voyager pour assouvir ce désir de transmettre ses connaissances aux adeptes de ce sport né au Japon.

« Les gens pratiquent beaucoup le judo au Japon, mais ce sport a perdu de sa popularité au fil des ans. Mon souhait est que le judo redevienne populaire comme avant. Je réfléchis d'ailleurs toujours à mon avenir. Je ne sais pas encore si je participerai aux prochains Jeux olympiques qui auront lieu dans mon pays à Tokyo en 2020. »

L'essor du judo féminin

Cette rencontre avec Tachimoto est une initiative de Nicolas Gill et de son équipe. Après les Jeux de Rio, l'entraineur-chef de l'équipe nationale a changé de costume. Le nouveau directeur général de Judo Canada est notamment épaulé par Jean-Pierre Cantin, l'homme aux commandes du programme junior canadien.

« Je profite aussi de sa présence pour analyser sa technique. C'est certain que nous allons répéter l'expérience, affirme l'ex-judoka devenu entraîneur, 9e aux Jeux de Barcelone en 1992. Nous voulons vraiment promouvoir le judo féminin. »

Au Canada, Lyne Poirier, Nathalie Gosselin, Marie-Hélène Chisholm, Luce Baillargeon et Michelle Buckingham ont tour à tour porté le flambeau du judo au féminin. Toutes les cinq ont d'ailleurs été intronisées au Temple de la renommée de Judo Canada au début du mois. Mais aucune d'entre elles n'a pu obtenir au cours de sa carrière internationale la récompense ultime, c'est-à-dire une médaille olympique comme l'a fait Haruka Tachimoto chez les moins de 70 kg l'été dernier au Brésil.

Marie-Hélène Chisholm détient le meilleur résultat féminin canadien aux Jeux avec une 5e place à Athènes en 2004.

Nous n'avons pas gagné de médaille à Rio mais trois de nos judokas ont terminé parmi les 7 premiers, précise Jean-Pierre Cantin, en soulignant les performances d'Antoine Bouchard (5e), Antoine Valois-Fortier (7e) et Kelita Zupancic (7e). C'est du jamais vu dans l'histoire canadienne aux Jeux. La base s'élargit et le niveau de judo monte au Canada. Selon moi, nous allons bientôt gagner des médailles sur une base régulière aux Championnants du monde ainsi qu'aux Jeux.

Jean-Pierre Cantin

Une question de style

Pendant ce temps, Mina Lacombe observe en silence Haruka Tachimoto. La Japonaise de 26 ans a été championne du monde junior à deux occasions et commande le respect.

« C'est un judo assez différent du nôtre, insiste la Québécoise. J'ai beaucoup à apprendre de ce qu'elle nous démontre ici. On pratique les mêmes techniques, mais il faut s'attarder aux détails. Je suis vraiment fière d'avoir pu m'entraîner avec une championne olympique. »

Haruka Tachimoto conclut sur cette obersavation.

« Nous faisons plus de combats libres au Japon. Ici et dans plusieurs pays, vous insistez sur les entraînements techniques. C'est la différence que je constate. »

Judo Canada souhaite justement que le passage au pays d'une judoka comme Haruka Tachimoto puisse un jour faire la différence lors d'un combat d'une grande envergure d'une Canadienne... pour le titre olympique !

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