CHRONIQUE - Si vous avez passé à plus d'une reprise ces dernières années sur l'autoroute 20, dans le secteur de la rivière Richelieu, vous étiez aux premières loges pour observer l'étalement de la ville de Beloeil au cours de la dernière décennie.

Un texte de Marc-André Carignan, chroniqueur à l'émission Le 15-18 et à ICI Grand Montréal

Des centaines de maisons unifamiliales, semi-détachées et condos y ont poussé comme des champignons, aux côtés notamment d’un CLSC, d’une banque, d’un cinéma et d’un quincaillier à grande surface.

Et ce n’est qu’un début.

Les demandes de permis de construction fusent à la mairie afin de poursuivre les développements immobiliers, non seulement au sud de l’autoroute Jean-Lesage (400 nouvelles portes résidentielles sont en planification, me confirme la Ville), mais également au nord de l’axe autoroutier.

Un développeur immobilier, le Groupe Lobato, s’apprête à y développer un vaste pôle récréo-résidentiel : le Faubourg du Richelieu. Évalué à plus de 100 millions de dollars, ce dernier prévoit quelques copropriétés de 35 à 50 unités, un centre de surf intérieur, un hôtel de 200 chambres, ainsi qu’une série de restaurants et de commerces.

Voyez une vidéo promotionnelle présentant le projet du Faubourg du Richelieu, du Groupe Lobato :

Mine de rien, Beloeil est en train de se créer un mini « centre-ville », qui sera isolé tout au nord de la municipalité et scindé en deux par la Transcanadienne.

En fait, la Ville est en train de reproduire - à plus petite échelle - ce que tant d’urbanistes et architectes ont reproché à Brossard ces dernières années : un développement de type « Dix30 ». Éparpillement d’édifices, peu de densité au mètre carré, création de gigantesques îlots de chaleur, manque de verdure, mer de stationnements…

En d’autres mots : un secteur sans réelle vie de quartier, pensé avant tout pour la voiture, où l’on ghettoïse en grande partie la mixité urbaine en isolant les zones commerciales des zones résidentielles.

« Beloeil n’est pas un exemple à suivre de planification urbaine », me confirme Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville. Son organisation se spécialise dans les développements urbains durables, réalisant de nombreux guides et conférences destinés aux municipalités québécoises et au gouvernement provincial.

« Qu’une ville réfléchisse à développer un nouveau pôle urbain avec des institutions, du résidentiel et des commerces, ça va. Mais Beloeil l’a fait comme si on implantait des Walmart [avec d’immenses stationnements] plutôt qu’un nouveau noyau civique avec une véritable identité et une densité qui favoriserait le transport actif. »

Il a raison. Au sud de l’autoroute, les commerces font littéralement dos aux résidences, même pour ceux dits « de proximité », comme la succursale bancaire ou le CLSC. L’implantation des édifices a été réfléchie pour y accéder du stationnement, voire de l’autoroute, et non pas du milieu de vie environnant, que ce soit à pied ou à vélo.

Un scénario similaire risque également de se reproduire dans le futur développement immobilier du Groupe Lobato, que l’autoroute isolera complètement de la vie quotidienne : services municipaux, supermarché, vie communautaire… Le moyen le plus efficace et rapide d’y accéder restera une fois de plus l’automobile.

Les plus récentes images du promoteur laissent cependant présager un début de réflexion pour y insuffler une vie de quartier, notamment avec l’insertion d’une place publique centrale.

Cela dit, on peut se demander si l’autoroute n’aurait pas dû servir de barrière physique pour contenir l’étalement urbain. Certes, les terres au nord du futur Faubourg du Richelieu ne permettent pas [pour l’instant du moins] de développement immobilier. Par contre, la porte est maintenant ouverte.

« Malheureusement, plusieurs villes ont pris un tournant en se servant des autoroutes comme rue principale pour de nouveaux développements, poursuit Christian Savard. C’est souvent pour donner de la visibilité aux commerces. Tout le monde veut son petit Dix30 pour créer rapidement des revenus fonciers. C’est payant à court terme, mais quand on regarde l’état du commerce de détail en ce moment, on peut se demander si c’est encore une forme urbaine pertinente. »

Voyez une vidéo présentant un exemple de vision urbaine, selon Vivre en ville, pour un contexte s’apparentant à celui de Beloeil : Ville de Sainte-Catherine (MRC Roussillon).

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