Les témoignages se multiplient pour souligner la mort du légendaire poète, auteur-compositeur et artiste québécois Leonard Cohen, à 82 ans. Sa mort, survenue lundi, a été annoncée jeudi soir sur Facebook par sa compagnie de disques.

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a annoncé que le drapeau allait être mis en berne à l'Assemblée nationale et qu'une forme de commémoration serait aussi organisée dès que la famille de Leonard Cohen lui aura fait part de ses souhaits.

Une cérémonie intime rendant hommage à Leonard Cohen a été tenue jeudi par la Congrégation Shaar Hashomayim, à Westmount. « Leonard souhaitait être enterré selon les traditions juives aux côtés de ses parents, grands-parents et arrière-grands-parents. Leonard a été un membre très affectionné de la communauté Shaar Hashomayim et il a toujours maintenu un lien spirituel, musical et familial avec les jeunes de la synagogue », écrit le rabbin Adam Scheier. Le choeur de cette congrégation a participé au dernier album de Leonard Cohen, You want it darker.

À Montréal, depuis l'annonce de sa mort, de nombreuses personnes se sont rassemblées et ont déposé des fleurs et des messages de condoléances près de la maison qu'il possédait, rue Vallières, en face du parc du Portugal, à l'intersection de la rue Marie-Anne et du boulevard Saint-Laurent. L'artiste avait Montréal gravée dans son ADN et nombre de ses chansons y ont trouvé leur inspiration.

« On devrait saluer sa mémoire comme celle d'un grand Montréalais. Cohen, ses mots auront touché tout le monde à travers la planète, certainement à cause de la langue anglaise. En même temps, il aura permis de faire connaître Montréal - pas comme avec une plaque ou une affiche avec des néons - mais plutôt une sensibilité, une fibre montréalaise, et il y avait ça dans ses textes, dans ses origines qu'on partage », affirme en entrevue Philippe Renaud, chroniqueur au Devoir.

Pour sa part, le premier ministre Justin Trudeau a souligné la longue carrière musicale de Leonard Cohen, ajoutant que le chanteur a réussi à écrire des « chansons indémodables pour de si nombreuses générations ». « Sa capacité de faire surgir toutes les dimensions des émotions humaines a fait de lui l'un des musiciens les plus influents et durables de tous les temps. Son style a su transcender les modes », a dit M. Trudeau dans un communiqué.

Même les habitants de la petite île grecque d'Hydra ont souligné le départ de l'artiste. Leonard Cohen avait acheté une maison en pierre du 19e siècle à Hydra, au début des années 60, à une époque où l'île attirait les artistes bohèmes.

Cet environnement a été « le laboratoire de sa jeunesse et de plusieurs d'entre nous », dit à l'AFP Stavros Douskos, propriétaire de la taverne Xeri. Un poème dédié par Leonard Cohen à sa taverne orne toujours le dos du menu. De plus, la rue où se situe sa maison à Hydra sera rebaptisée en l'honneur de Leonard Cohen et un banc sera également installé dans le port.

La chanteuse Martha Wainwright, qui a bien connu l'artiste et sa fille Lorca, se souvient de lui « comme d'un père ». Elle affirme que Leonard Cohen lui a vraiment fait prendre conscience, à l'adolescence, de la force de la musique, mais surtout de la poésie, pour véhiculer des émotions.

Pour Jim Corcoran, qui habitait près de chez lui à Montréal mais qui avoue avoir toujours été trop timide pour l'aborder, Leonard Cohen représente l'élégance, la rigueur, la discipline, la profondeur et l'inspiration. Il ajoute qu'il fait maintenant partie des grands disparus.

Le dernier album de Leonard Cohen, sorti en octobre, You Want It Darker, a atteint le sommet des palmarès dans plusieurs pays.

« Il fait partie de ces auteurs qui traversent le temps. Je crois que c'est dû un peu, beaucoup, au type d'écriture, au type de chansons, avec sa voix grave, profonde. C'est un amoureux, un amant, mais c'était aussi une voix qui nous touchait au plus profond de notre âme », affirme Philippe Rezzonico, chroniqueur culturel à Radio-Canada.

« Il fait partie de ces rares auteurs-compositeurs dont vous pouvez lire le recueil de chansons et éprouver autant de plaisir que lorsqu'on entend ses chansons. Il n'y a pas beaucoup d'auteurs qui peuvent faire ça. Je pense à Bob Dylan. Et ils étaient très amis d'ailleurs », poursuit Philippe Rezzonico.

André Ménard, cofondateur du Festival international de Jazz de Montréal, connaissait Leonard Cohen, avec qui il s'est entretenu à plusieurs reprises.

« Il parlait très bien français. J'étais allé le voir à Halifax lors de concerts préparatoires de sa tournée. Il avait fait la moitié de ses présentations en français. Il me disait qu'il voulait être prêt pour Saguenay [où il allait aussi donner des concerts]. Il avait un extrême respect pour les francophones », dit André Ménard en entrevue.

« Quand je l'ai vu quelques jours avant un concert à Montréal, il me disait : "J'étais peut-être un grand ami de Pierre Elliott Trudeau, mais ma grande admiration allait aussi à René Lévesque, qui a clarifié les choses pour ma communauté." Pour lui, Lévesque avait fait une contribution significative à l'histoire. [Cohen] avait une grande conscience des enjeux culturels et politiques, mais il ne s'alourdissait pas dans le discours politique. »

Une contribution littéraire soulignée par de nombreux auteurs

Mieux connu comme chanteur, Leonard Cohen n'en était pas moins apprécié en tant qu'auteur, lui qui a publié deux romans, traduits en français sous les titres Jeux de dames et Les perdants magnifiques, et onze livres de poésie, dont ses deux plus récents recueils Étrange musique étrangère et Livre constant du désir.

Jared Bland, de la maison d'édition de Toronto McClelland et Stewart, qui a publié les oeuvres de Leonard Cohen en langue originale, affirme que l'artiste montréalais était « un poète d'une beauté et d'une sagesse transcendantes » et « un romancier d'une moralité pressante et d'une grande perspicacité ».

L'auteur canadien primé Michael Ondaatje estime pour sa part qu'il est « un héros pour notre génération et pour la prochaine » et le décrit comme un auteur de talent qui est devenu un grand auteur-compositeur-interprète.

Le professeur de l'Université Queen's Robert May souligne que le premier recueil de poésie publié par Leonard Cohen en 1956, Let Us Compare Mythologies, contient certains des poèmes pour lesquels l'artiste est le plus connu - plusieurs d'entre eux ayant été écrits lorsqu'il était encore adolescent.

Ce n'est que quelques années plus tard que M. Cohen a commencé à écrire de la poésie plus expérimentale sous l'influence d'auteurs canadiens avant-gardistes comme le Montréalais d'origine Louis Duek, précise-t-il.

« Dans ses recueils de poésie subséquents, on commence à voir une progression de la forme et du contenu. Il commence à abandonner les formes et les thèmes plus traditionnels pour explorer une palette de sujets plus larges », affirme M. May.

Le professeur d'université ajoute que M. Cohen a beaucoup écrit sur le thème traditionnel de l'amour au début de sa carrière, certains de ces textes étant ceux pour lesquels il est le plus connu, tandis que « ses livres de poésie plus tardifs explorent des sujets comme la spiritualité, la religion et la politique ».

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