L'avant dernière soirée des FrancoFolies proposait non pas une, mais bien deux rentrées montréalaises, soit celles de Yann Perreau et de Karim Ouellet. Yann présentait les nouvelles chansons du disque Le fantastique des astres au Club Soda, tandis que Karim proposait celles de l'album Trente, au Métropolis.

Un texte de Philippe Rezzonico

Deux artistes à la présence scénique aux antipodes, des disques aux approches stylistiques divergentes et une salle (Métropolis) près de quatre fois plus spacieuse que l'autre (Club Soda).

Rien ne pouvait être plus différent que ces deux spectacles. Et pourtant, les deux hommes peuvent dire « mission accomplie ».

Je dis deux rentrées. Presque trois, en vérité, car Amylie, qui faisait la première partie du spectacle de Yann Perreau, interprétait les nouvelles chansons de son disque Les éclats. Qu'est-ce qu'elle a changé, la jeune femme...

Chaque nouvel album nous la ramène avec un look et une facture musicale différente de son précédent disque. La pop douce de son succès Les filles, tiré de l'album Le Royaume, a fait place à des compositions solidement charpentées, presque crues, qui reposent sur une guitare qui glisse parfois vers le rock de garage. Yann Perreau aime ça, lui aussi, au point de se joindre à elle durant sa prestation. Échange de bons procédés qui ira dans l'autre sens une heure plus tard, quand Amylie se présentera dans le spectacle de Yann pour partager À l'amour et à la mer.

Nous avons vu toutes les facettes de Perreau depuis l'époque de Doc et les Chirurgiens. Cette fois, l'approche de scène était à l'image du nouvel album : la musique pop mâtinée d'électro et les basses lourdes dignes de pulsions étaient bien à l'avant-plan. T-shirt clair, lunettes et chapeau noir, Perreau a annoncé la couleur d'entrée de jeu avec Barcelone.

Trois minutes après l'amorce de la chanson et après un passage au parterre, le Club Soda vibrait comme si nous étions au rappel. Peu importe le jugement que l'on peut avoir de l'un des disques de Perreau, sur scène, il met tout le monde d'accord avec des prestations qui relèvent de la performance.

Avec Gabriel Gratton (claviers), François Plante (basse), Jean-Alexandre Beaudoin (guitare) et Maxime Bellavance (batterie), Perreau était « équipé d'un mur du son » qui a transformé à maintes reprises le Club Soda en discothèque. Mon amour est un loup était nappée de claviers, tandis que Momonna et Baby Boom! donnaient le goût de danser jusqu'au bout de la nuit. Outre Amylie, Pierre Kwenders est venu faire un tour durant Faut pas se fier aux apparences, enregistrée ainsi, en duo, sur l'album.

Si l'électro a le mérite de bonifier le plaisir de la danse, l'enrobage privilégié par Perreau avait ses irritants. Était-il besoin de mettre tant de réverbération dans le micro? Qui plus est, cette enveloppe électronique trop manifeste à mon goût a mené à des arrangements discutables sur les anciens succès. Le trio enchaîné de La vie n'est pas une salope, Le président danse autrement et Le bruit des bottes n'avait rien perdu de sa puissance, certes, mais les lignes mélodiques en ont souffert. Encore une fois, le marathonien qu'est Perreau fait oublier tout ça avec une présence dynamitée sur les planches : il danse, il saute, il tourbillonne... et il entraîne tout le monde avec lui.

Quand il a bouclé ses 90 minutes avec sa nouvelle bombe (J'aime les oiseaux) et son plus grand succès (Beau comme on s'aime), le Club Soda s'est transformé en fourmilière en folie durant dix minutes. On a même vu des gens danser éperdument entre les deux bars au fond de la scène, où se tiennent les membres de l'industrie durant les rentrées médiatiques. Ça, c'est un tour de force que Yann Perreau pourra se targuer d'avoir réussi. Comme sa première, d'ailleurs.

Les rythmes de Karim

Changement de décor dix minutes plus tard en entrant dans un Métropolis à moitié vide. Ou à moitié plein, ça dépend du point de vue. Évidemment de 1000 à 1200 personnes, ce n'est pas rien. Mais ça laisse beaucoup d'espace dans une salle qui peut accueillir 2300 spectateurs. Tout un contraste avec le Club Soda qui débordait de toutes parts.

Il est parfois ardu pour un critique - et injuste pour l'artiste présent sur scène - de porter un regard sur une prestation, tout juste après s'être extirpé de quelque chose qui ressemblait à un ouragan de fougue et de musique endiablée. Et ouragan Yann, il y a eu. Cela m'a donc pris quelques minutes avant d'entrer dans le monde de Karim Ouellet, chaleureux et coloré, quoique pas tellement moins festif que celui de Perreau, en définitive.

Si Yann avait son « mur du son », Karim avait cinq musiciens et deux choristes avec lui. Et les cuivres bien ronds (trompette, saxophone), et la basse lourde, et les percussions dynamiques ont été mis à contribution d'entrée de jeu avec Dans la nuit qui tombe et Oh! Non.

Là où Perreau était électronique, Ouellet était organique au possible. Si Stromae à un succès nommé Alors... on danse, Karim une chanson intitulée La course, au sein de laquelle la phrase « alors on court... » est taillée sur mesure pour la rythmique galopante. Les rythmes, d'ailleurs, ont été irrésistibles. C'était bien, bien difficile de garder ses pieds en place.

Armé de ses guitares, le jeune trentenaire (d'où le titre de son album) et son groupe ont semblé mettre les bouchées doubles pour s'assurer de mettre les spectateurs dans leur poche. Heythem Mojah, le percussionniste et animateur de foule, a mis toute la gomme, tandis que les choristes Audrey-Michèle Simard et Josée Lefebvre ont vraisemblablement emprunté les pompons des meneuses de claques des Alouettes de Montréal à quelques reprises.

Ouellet lui-même était plus engageant que lors de sa précédente tournée avec une attitude nettement plus gaillarde. La trentaine, probablement... Il a même conclu Fox en tombant sur scène, allongé sur le dos et jambes en l'air, avant d'enchaîner avec L'amour (le gros délire). Rien n'était ménagé pour retenir l'attention.

C'était particulièrement vrai quand Claude Bégin, qui avait assuré la première partie du spectacle, est arrivé sur scène torse nu à l'intérieur d'une grosse bulle de plastique. Bien sûr, avec l'intention de se déplacer sur la foule, comme l'avait fait Wayne Coyne, des Flaming Lips, au festival Osheaga il y a des lustres. L'exercice a été un peu ardu, mais il faut admettre que cela a eu son petit effet.

Pour le rappel, Ouellet avait une autre surprise dans sa manche : la présence des petits chanteurs de Laval avec la violoniste Mélanie Bélair et la violoncelliste Annie Gadbois. Karim était vêtu du même genre de costume de loup que celui qui orne la pochette de son disque.

Nous avons eu droit à une splendide version chorale de Marie-Jo, avant que des dizaines de ballons ne tombent du plafond du Métropolis pour Karim et le loup. Au final, le spectacle de Ouellet aura été moins explosif que celui de Perreau (c'était prévisible), mais fort réussi au plan musical et pas moins rassembleur.

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