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Le Plateau-Mont-Royal interpelle Québec pour maintenir la vocation d'un édifice patrimonial

Le conseil d'arrondissement du Plateau-Mont-Royal demande au gouvernement provincial de maintenir la vocation publique, sociale et institutionnelle des bâtiments patrimoniaux de l'ancienne Institution des sourdes-muettes de Montréal, rue Saint-Denis, et d'empêcher sa transformation en complexe résidentiel.

Un texte de Marc-Antoine Ménard, avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

Québec avait annoncé la mise en vente de ces bâtiments en septembre 2015, à la suite de la dissolution de l’Agence de la santé et des services sociaux qui y avait établi ses bureaux. La majeure partie des locaux sont vacants depuis le départ des quelque 300 personnes qui y travaillaient.

L’arrondissement estime que l’intérieur de l’édifice du 3725, rue Saint-Denis, entre les rues Cherrier et Roy Est, a été entièrement préservé. Un énoncé d’intérêt patrimonial, daté de septembre dernier, a reconnu la grande valeur historique, architecturale, artistique, paysagère et urbaine de l’ancien établissement.

« Bien qu’ils soient en partie encore présents dans le paysage montréalais, nombreux sont les ensembles conventuels qui, à la suite de leur conversion en édifices à bureaux ou en diverses formes résidentielles, ont vu leur état d’authenticité largement diminué. Les transformations les plus radicales sont celles qui nécessitent un usage diamétralement opposé à l’ancien, puisqu’elles ne laissent très souvent que très peu d’éléments intérieurs d’origine en raison de la mise aux normes et de la nouvelle partition des espaces », indique un document du conseil d’arrondissement.

Les élus sont donc d’avis qu’en maintenant la vocation publique et sociale du lieu, on en préservera l’aspect patrimonial. On donne l’exemple de l’Institut Raymond-Dewar, spécialisé en surdité et communication, qui occupe en ce moment l’une des ailes de l’édifice.

L'exemple du studio Ernest-Cormier

« On a été échaudé par la vente [du studio] Ernest-Cormier qui a été faite par le gouvernement du Québec, qui a fait inscrire dans l’acte de vente le fait que cet édifice-là pouvait être utilisé pour un usage résidentiel, alors qu’il n’est pas résidentiel depuis des décennies », a déclaré le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, lors de la séance du conseil de lundi soir. La vente à un entrepreneur de ce studio du célèbre architecte, situé rue Saint-Urbain, a été officialisée en décembre dernier.

« Donc, de passer comme ça par-dessus les règlements de zonage d’arrondissements pour essayer d’aller chercher quelques milliers de dollars de plus, voilà quelque chose qui nous inquiète », a ajouté M. Ferrandez.

Le maire d’arrondissement estime que les bâtisseurs de ces établissements voulaient en faire quelque chose de plus grand que le quotidien. « On veut annoncer au gouvernement du Québec que notre intention est vraiment ferme et forte, et qu’elle est soutenue par la population, dans la volonté de préserver ces éléments du patrimoine qui sont un peu nos châteaux », a résumé Luc Ferrandez.

Une vocation parfois difficile à maintenir

Le responsable de l'urbanisme au comité exécutif, Russell Copeman, reconnaît que l'arrondissement est responsable du zonage et pourra donc imposer ses conditions, si un promoteur présente un projet.

Il souligne toutefois la difficulté de réaliser des projets autres que résidentiels dans de vieux immeubles éducatifs. Il donne l'exemple de l'ancien édifice de l'Hôpital de Montréal pour enfants, dont une partie sera convertie, mais dont le bâtiment principal sera démoli dans le cadre d'un important projet résidentiel et commercial.

« Je ne dis pas que c'est ça qui va arriver avec l'ancien Institut pour les sourdes-muettes. A priori, si on est capable de garder cela dans le giron public pour le bénéfice du public, oui, mais ce n'est pas toujours possible », admet M. Copeman.

Par courriel, la Société québécoise des infrastructures a indiqué à Radio-Canada que le dossier est toujours en analyse.

L’édifice de l’ancienne Institution des sourdes-muettes, construit au 19e siècle dans le style Second Empire, est évalué par la Ville à 19,5 millions de dollars. Lors de l'annonce de sa mise en vente, en 2015, sa valeur était estimée à 22 millions de dollars.

En plus de l'Institut Raymond-Dewar, le Centre de la petite enfance Lafontaine, qui accueille 138 enfants, dont plusieurs malentendants, s'y trouve aussi depuis plus de 30 ans.

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