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Le premier budget Plante-Dorais mal accueilli par le milieu des affaires

Le budget 2018 de la Ville de Montréal, le premier de l'administration Plante-Dorais depuis l'arrivée au pouvoir de Projet Montréal, en novembre, n'emporte pas l'adhésion du milieu des affaires.

Même si elle admet que le budget présenté mercredi « assure une certaine stabilité », la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) estime que la hausse de taxes moyenne de 3 % dans le secteur non résidentiel « nuit à l’environnement d’affaires et réduit l’attractivité de la métropole pour les entreprises ».

« La communauté d’affaires est préoccupée par le choix de la nouvelle administration d’augmenter les charges fiscales au-dessus du niveau de l’inflation, écrit Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM. Cette décision va à l’encontre de la promesse faite par la mairesse en campagne électorale, ce qui envoie un signal inquiétant ».

« Les contribuables montréalais sont déjà les plus taxés en Amérique du Nord », rappelle-t-il.

La CCMM ne se dit pas opposée à la taxation de l'eau, mais elle croit que « ce virage doit être basé sur le concept d’utilisateur-payeur et accompagné d’une baisse des taxes foncières ».

Même son de cloche du côté de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI). « Les PME de Montréal paient toujours en moyenne plus de quatre fois les taxes du résidentiel pour une même valeur d'immeuble et devront à nouveau subir d'importantes augmentations de coûts, elles qui ont pourtant déjà tant donné au cours des dernières années », déplore-t-elle.

La Fédération s'inquiète en outre de la hausse des dépenses de 5,2 % par rapport à 2017. « Cette augmentation est bien supérieure à la référence raisonnable, soit l'inflation et la croissance de la population prévues, écrit Simon Gaudreault, directeur des affaires économiques à la FCEI. Nous demandons donc à la Ville de faire un effort supplémentaire afin de mieux contrôler ses coûts et ainsi alléger le fardeau fiscal des contribuables, dont les PME. »

Elle se réjouit toutefois de la mise sur pied d'un comité chargé de revoir la taxation non résidentielle à Montréal, confirmée en début de journée par la mairesse Valérie Plante.

L'Association des propriétaires du Québec (APQ) se désole pour sa part de la hausse des taxes résidentielles qui, à 3,3 %, est légèrement supérieure à celle que devront endosser les commerçants.

L'APQ rappelle aux propriétaires de logements locatifs que « les avis d'augmentation de loyer envoyés à leurs locataires dans les prochaines semaines devront refléter la hausse subie de leurs comptes de taxes [...] car tout ce qui n'est pas réclamé lors de l'année en cours est impossible à demander les années suivantes, selon les règles appliquées par la Régie du logement ». Elle prévient que cette augmentation sera fort probablement mal perçue par les locataires.

D'AUTRES RÉACTIONS

Caroline Tessier, directrice générale de la Société de développement commercial de la rue Saint-Denis

« En fait, c'est sûr que c'est un choc au niveau des commerçants. Nous, à la Société de développement commercial, on a mis en place plein de mesures l'an passé, notamment pour compenser les commerçants suite aux travaux. On a fait une demande aussi pour réduire les taxes et réévaluer la valeur foncière des bâtiments sur la rue. Et en réponse, nous avons une augmentation des taxes en 2018!? Pour nous, une augmentation des taxes, c'est vraiment une mauvaise nouvelle. »

André Boisclair, président-directeur général de l'Institut de développement urbain du Québec

« Les PME, avec les commerçants au premier chef, sont les plus importantes clientes de l’industrie immobilière commerciale et paient des taxes foncières trop élevées. Pour elles, l’augmentation de la valeur foncière d’un immeuble ne signifie en rien une augmentation de leurs revenus. »

Pierre Pagé, porte-parole de Montréal pour tous

« Nous, on s'attendait à un répit, d'avoir un petit break cette année. Là, ils dépassent le taux d'inflation, alors que nos maisons augmentent. Moi par exemple, je vais être taxé sur 20 000 $ de plus à mon évaluation [...] Nous, on dit que, dans le budget, il y a de bonnes dépenses, comme le transport; il y a aussi moins de dettes parce qu'on emprunte moins. Des bonnes affaires! Mais dans le fond, on n'a pas de répit, et puis c'est encore pire pour les petits commerçants, qui contribuent à 60 % de la somme des taxes. »

Émile Saine, propriétaire du restaurant Leméac

« C'est sûr que c'est plus difficile, mais il faut qu'ils s'ajustent. Les gens doivent s'ajuster! Les commerces, ce n'est pas une affaire facile. C'est un gros défi. Je pense que si un commerce est affecté et qu'il doit fermer parce qu'il paye 1000, 1500 dollars de plus par année, ben là, je pense qu'il devrait changer de métier, parce que ça ne roule pas bien. »

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