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Le projet de REM de la Caisse de dépôt vu par un ancien ministre des Transports

Le projet de train électrique (REM) de la Caisse de dépôt et placement du Québec a fait grand bruit lors de son annonce au printemps dernier. Le projet, plébiscité dans un premier temps, suscite désormais des critiques, notamment celles de Denis Belleval, ancien ministre des Transports dans le gouvernement de René Lévesque.

Denis de Belleval, qui a également été président de VIA Rail, va jusqu'à demander l'abandon du projet de REM. Pour l'ancien ministre, l'initiative de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) est associée à deux types de problèmes.

En entrevue à l'émission Midi Info, M. de Belleval a d'abord montré du doigt les coûts de plus en plus élevés du projet, qu'il a qualifiés d'« exorbitants ».

« À l'origine, la Caisse de dépôt devait financer le projet à 100 %, a-t-il rappelé. Elle devait se rembourser avec les tarifs et les droits de développement sur les propriétés autour des stations [...] Finalement, le gouvernement va être obligé d'absorber lui-même au moins la moitié de la facture. Et on ne connaît pas encore le montant de la facture finale », a-t-il expliqué.

L'ancien ministre a aussi évoqué des problèmes potentiels pour relier le REM au réseau de transport collectif existant. Il a cité en exemple les résidents de Repentigny qui utilisent le train de banlieue. Ils devront effectuer une correspondance supplémentaire pour se rendre au centre-ville de Montréal, selon le plan présenté.

« Le projet a été conçu en vase clos, a-t-il déploré. Il n'y avait à peu près pas de relations entre le REM et le reste du réseau, notamment le métro. Et puis on se rend compte que les correspondances avec le métro vont être difficiles et très coûteuses ».

Un projet qui pourrait nuire à d'autres

Denis de Belleval a déploré les impacts possibles du développement du train électrique sur les terres agricoles. « Comme autre problème, on a le zonage agricole, a-t-il dit. Le REM veut installer un terminal au sud de l'autoroute 30, en pleine zone agricole. Si on met les ateliers et le stationnement du REM à cet endroit-là, c'est évident que le territoire agricole va finir par être ruiné ».

M. de Belleval a également soutenu que le projet de REM pourrait empiéter sur le développement d'un projet de train de grande fréquence, défendu par VIA Rail, et censé permettre de relier la Vieille Capitale au centre-ville de Montréal.

Il a rappelé que le REM prévoit utiliser la totalité du tunnel situé sous le mont Royal, soit un des chemins considérés par la direction de VIA Rail pour le passage de son train.

« Ça n'existe nulle part ailleurs dans le monde un train intercité qui n'aboutit pas au centre-ville », s'est-il exclamé. « Juste cette seule difficulté suffit, à mon avis, pour laisser tomber ce projet-là ».

L'ancien ministre croit aussi que le développement du REM grugera les budgets de façon à ce qu'il ne reste plus d'argent pour d'autres projets de transport collectif, notamment ceux envisagés pour desservir l'est de la Ville de Montréal.

Pour Denis de Belleval, l'option à considérer pour l'amélioration des transports collectifs est celle du développement d'un réseau de tramway. L'ancien ministre argue qu'il s'agit-là d'une solution moins coûteuse et plus flexible pour la société et il ne comprend pourquoi elle a été mise de côté par la CDPQ.

« Un tramway, lui, on peut le faire rentrer dans la ville, il peut rentrer dans les grandes artères, il peut irriguer l'ensemble des quartiers, tant du côté de Longueuil que du côté de Montréal », a-t-il plaidé.

L'ancien ministre des Transports s'est d'ailleurs montré très critique de l'implication de la CDPQ dans le développement du réseau de transport collectif.

« C'est une fausse bonne idée. C'est une lubie, une aventure. Je ne comprends pas ce que la Caisse vient faire là-dedans [...] c'est une mauvaise technologie et un mauvais projet de faire ça via la Caisse, au plan financier », a-t-il conclu.

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