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Le projet de trottoirs chauffants suscite l'enthousiasme à Montréal

Le déferlement de pluie verglaçante sur l'est du Canada a poussé certains Montréalais à enfiler leurs patins à glace et a projeté plusieurs piétons au sol. Et si les trottoirs couverts de glace et de neige devenaient chose du passé?

Depuis l’annonce d’un projet de mise en place de trottoirs chauffants à Montréal, en 2015, la Ville va peu à peu de l’avant dans l’implantation de ces technologies sur ses principales artères piétonnières du centre-ville.

Selon le plan annoncé, un mélange d’eau et de glycol réchauffé par un système de chauffage électrique circulera dans un réseau de tubes de la grosseur de tuyau d’arrosage pour le jardinage.

Ces dispositifs sillonneront une portion souterraine de la rue Sainte-Catherine sur 670 mètres.

Le pavé sera maintenu à une température suffisamment élevée – 3 degrés Celsius – pour éviter que la neige ne s’accumule au sol. Cette innovation pourrait signifier d’importantes économies en matière de sels de déglaçage et de déblayage des trottoirs.

« [La technologie] permettra d’accentuer l’attrait commercial de la rue en hiver en permettant aux promeneurs et aux clients de marcher sur des trottoirs dégagés la plupart du temps », souligne une porte-parole pour la Ville de Montréal, Geneviève Dubé.

Plus de 6000 piétons foulent la rue Sainte-Catherine chaque heure « pendant la période de pointe du midi », relève-t-elle.

« L’accessibilité universelle de la rue serait améliorée par le fait même, ajoute Mme Dubé. Cela permettra aussi de réduire les bris sur le mobilier urbain ainsi que sur les arbres, car il y aurait moins d’opérations de déneigement. »

La construction des trottoirs chauffants doit débuter en 2018, et une deuxième phase est prévue deux ans plus tard, au cours de laquelle la superficie chauffée par le réseau doit être augmentée de 2,2 kilomètres.

Le Canada en retard sur l'étranger

Si un avenir sans trottoirs gelés peut sembler utopique, la chose existe ailleurs dans le monde.

Les rues de Reykjavik, la capitale islandaise, sont chauffées au moyen de l’énergie géothermale. Les villes de Sapporo, au Japon, et d’Oslo, en Norvège, ont pour leur part recours au chauffage électrique.

Malgré leur climat glacial, les villes canadiennes accusent un retard quand il s'agit de garder au chaud les pieds de leurs résidents.

Saskatoon a prévu l’implantation éventuelle de trottoirs chauffants dans ses plans à moyen terme pour le développement de son centre-ville. La municipalité n’y travaille toutefois pas actuellement, a précisé le directeur de l’aménagement de la Ville, Lesley Anderson.

D’autres projets ailleurs au Canada se font sur une échelle restreinte, dans des hôpitaux, des entrées privées ou de petites artères commerciales.

Un projet coûteux

Le coût est certainement un facteur qui retarde la construction de trottoirs chauffants. Selon le budget préliminaire de Montréal, la première phase du projet coûtera environ 26 millions de dollars, a indiqué Mme Dubé.

Si les dépenses peuvent paraître astronomiques, le professeur en études urbanistiques François Racine, de l’Université du Québec à Montréal, croit que de tels investissements pourraient s’avérer payants, en dernière analyse.

Les opérations de déneigement et de déglaçage des trottoirs coûtent cher et causent du tort à la fois aux pavés et à l’environnement, dit-il.

De plus, inciter des gens à mettre le nez dehors en plein hiver comporte des avantages, ajoute-t-il, et moins de personnes iraient aux urgences à la suite des chutes sur un sol glissant.

« Les gens pensent que c’est un luxe, mais il y a de nombreux bénéfices publics sur le long terme. »

Résistant à nos hivers?

M. Racine a toutefois des inquiétudes quant à la technologie préconisée. Un mauvais choix de matériaux pourrait entraîner des problèmes si, par exemple, de l’eau ou du sel s’infiltre dans les tuyaux du réseau et créent de la corrosion, précise-t-il.

Au moins une ville américaine semble avoir mis la main sur un système qui paraît bien fonctionner et qui existe depuis 1988. La recherche autour des futurs trottoirs montréalais chauffants comportait d’ailleurs une visite dans cette ville du Michigan, Holland.

Le système de cette municipalité américaine utilise une centrale principale d’énergie qui réchauffe de l’eau qui s’écoule ensuite en dessous des rues.

Quoi qu’il en soit, les Montréalais ont certainement des raisons d’envier les résidents de Holland après la récente tempête de pluie verglaçante qu’ils ont affrontée. En attendant, certains choisissent de dévaler les trottoirs chaussés de patins à glace.

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