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Le REM de la Caisse : les questions qu’on a refusé de poser

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement est venu jeter une douche d'eau glacée sur le projet de Réseau électrique métropolitain de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Et le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal n'ont qu'eux-mêmes à blâmer.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi Info

D’entrée de jeu, le message de Couillard et Coderre était clair : le projet était « la Baie-James de notre temps », disait M. Couillard. Il allait « faire briller Montréal à nouveau », enchérissait M. Coderre. La discussion était terminée avant d’être ouverte. Les gouvernements allaient être de plus grands promoteurs du projet que le promoteur lui-même.

On a donc refusé de donner voix au chapitre aux experts au ministère des Transports, à l’AMT ou à la STM. Pas étonnant que Messieurs Couillard et Coderre disent maintenant à l’unisson qu’ils n’ont pas envie d’écouter le BAPE qui pose deux questions pourtant essentielles pour tout projet de ce type.

La première rejoint le titre d’un livre à la mode : « En a-t-on vraiment besoin? »

La seconde est le corollaire de la première : « Est-ce le meilleur investissement que l’on puisse faire en transport en commun dans la région de Montréal? »

Heureusement que le BAPE a fait son travail et a mis le doigt sur les problèmes que les gouvernements ont préféré ignorer.

La ligne Deux-Montagnes

La moitié du REM, en nombre de kilomètres et en nombre de stations, utilisera l’actuelle ligne Deux-Montagnes de l’AMT. On passera seulement – et à grands frais – d’un train électrique conventionnel à un métro électrique léger.

Bref, une part importante du plus grand investissement dans le transport en commun depuis 30 ans dans la région de Montréal va servir à remplacer un service électrifié, qui existe déjà, qui fonctionne bien, qu’il serait facile d’améliorer et pour beaucoup moins cher que ce que propose la Caisse de dépôt et placement du Québec – une option qui n’a jamais même été considérée.

D’autre part, le BAPE note qu’il n’est même pas certain que l’achalandage va augmenter sur la ligne tant les études publiées par la Caisse sont incomplètes. En fait, comme les trains du REM sont plus petits, la capacité maximale durant l’heure de pointe pourrait être inférieure à l’offre actuelle malgré l’augmentation de la fréquence. Et encore plus de passagers pourraient être obligés de faire le trajet debout.

Pour, la ligne Deux-Montagnes – qui n’était pas dans la commande du gouvernement et a été rajoutée de son propre chef par la Caisse – il est donc loin d’être certain qu’on va améliorer le service, malgré les investissements majeurs qu’on devra y faire pour un simple changement de technologie.

La ligne Sainte-Anne-de-Bellevue

Encore une fois, des questions se posent sur la pertinence de la ligne proposée par la Caisse.

Le BAPE constate qu’une bonne partie des usagers de cette ligne proviendront tout simplement de l’actuelle ligne vers Vaudreuil-Hudson et de services existants de bus rapides.

De plus, on n’a pas prouvé que l’offre actuelle de transport en commun dans l’ouest de l’île soit insuffisante. Si l’augmentation de l’offre de services est minime, pourquoi le faire?

Les « ruptures de charge »

Les experts vous le diront, le meilleur moyen de décourager un utilisateur du transport en commun et de le renvoyer à sa voiture, c’est ce qu’on appelle une « rupture de charge » : obliger quelqu’un à quitter un moyen de transport pour en emprunter un autre.

C’est ce que le REM imposera à tous les usagers de la toute nouvelle ligne de train de Mascouche et à la plupart des usagers de la Rive-Sud.

Comme le REM veut prendre le contrôle exclusif du tunnel sous le Mont-Royal, les usagers du train de l’Est ne pourront plus se rendre directement au centre-ville. Ils devront quitter le train à une station poétiquement nommée A-40 et effectuer une correspondance vers le REM, ce qui augmentera sans doute le temps du parcours, estime le BAPE.

Le problème de la capacité des petits trains du REM se posera alors. Des trains de bien plus faible capacité que les trains traditionnels de la ligne Mascouche. (Environ 2000 passagers au maximum pour les trains, contre 600 passagers pour le REM.)

Même si des trains vides du REM devaient attendre les passagers de Mascouche, il est certain que la correspondance ne sera pas très fluide. En fait, ce qui est à craindre, c’est que ces usagers fassent leur correspondance pour la ligne orange du métro à la station Sauvé, qui est déjà au maximum de sa capacité.

Pour les usagers de la Rive-Sud qui ont un autobus direct depuis leur ville par la voie réservée du pont Champlain jusqu’au centre-ville, ils devront désormais effectuer une correspondance qui prendra du temps entre le bus et le REM.

Voilà juste un aperçu des problèmes techniques identifiés par le BAPE. Il y a aussi une série de problèmes de nature plus politique dont on traitera plus tard cette semaine.

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