BILLET - Chaque année, les jeunes hockeyeurs de 18 à 20 ans vivront un tournant majeur dans leur vie. Pour la plupart ce sera une déception, pour d'autre un petit espoir qui n'aboutira à rien et pour une minorité, le début d'une nouvelle carrière.

J'étais un de ceux qui sont sortis du Forum de Montréal en pleurs, un jour de juin en 1988. À ce moment bien précis, j’avais l’impression que ma vie était terminée. Mes espoirs de devenir un confrère de mon idole Larry Robinson, anéantis.

Il faut dire qu'à cette époque les joueurs de 18 et 19 ans n'avaient que les trois premières rondes pour être repêchés, ce qui rendait les choses plus difficiles si tu ne faisais pas partie de l'élite. C'était mon cas.

Ce n'est que lors de ma troisième année junior, à l'âge de 20 ans, que j'ai finalement été repêché par les North Stars du Minnesota au 92e rang.

J'avais pris la décision, après m'être vidé de toutes les larmes de mon corps en juin 1988, que chaque équipe allait payer chèrement de m'avoir ignoré et que personne n’allait décider pour moi si un jour je foulerais les glaces de la LNH. Je les obligerai!

C'était mon état d'esprit et je considère que c'était la bonne approche. Malheureusement, ce n'est pas celle de tous et cette journée peut être dévastatrice, mais en même temps révélatrice.

La LNH n'est pas faite pour tout le monde. Un caractère et une personnalité bien précis sont recherchés. Par contre, il est impossible de savoir comment réagiront les heureux élus face à la compétition féroce de la LNH ainsi qu'à son mode de vie. Les plus talentueux parfois échouent alors que les moins doués passent.

Voilà pourquoi le développement de chacun est impossible à prévoir. On peut avoir une petite idée (exception pour les surdoués comme McDavid, Lemieux, Gretzky, Crosby et cie), mais vous comprenez pourquoi maintenant que la totalité des recruteurs, sans exception, a un plus grand palmarès d'échec que de réussite. Il faut juste avoir un bon coup de temps en temps pour garder son emploi.

Le Canadien dans une classe à part

Le CH n'est pas différent des autres formations lors de ce week-end des assises. Par contre, les décideurs du Tricolore ont toujours une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Pourquoi? Parce que nous sommes dans une province francophone remplie de hockeyeurs qui parlent la langue de Molière. Plusieurs diront encore aujourd’hui que le Canadien n’a pas le droit d’en échapper un.

Encore une fois, il n'y a rien de scientifique dans le processus du repêchage et du développement, mais l'histoire nous dit que passer le quatrième tour, les probabilités de voir un jeune homme se tailler une place chez les grands est très mince, surtout depuis que les assises ne comptent que sept tours.

Depuis 2005 à aujourd'hui (sans compter le dernier repêchage):

  • Sur 1459 joueurs repêchés au 4e tour ou plus tard, seulement 140 ont joué 82 matchs et plus dans la ligue soit 9,6 %;
  • Des 1095 joueurs repêchés au 5e tour ou plus tard, sur la même période, seulement 91 ont joué 82 matchs et plus dans la ligue soit 8,3 %.

(Statistiques : Gilles Fournelle)

Si nous partons du principe que le « talent égal » n'existe pas (expression trop souvent galvaudée), le Canadien n'aurait rien à perdre de faire de leurs trois derniers choix des Québécois. J'adhère à 100 % à cette pratique soit dit en passant.

Je suis contre le fait de prioriser un francophone dans les premières sélections. Le talent, le caractère et la personnalité doivent et devraient toujours primer. Que n'en déplaise à ce cher Réjean Tremblay, les gens aduleront et adopteront ici à Montréal un Chinois, un Kazakh ou un Turc si cela leur permet d'accueillir la 25e coupe Stanley.

À preuve, dans les dernières années, les Koivu, Markov, Subban ont tous été adulés tandis qu'un des rares Québécois, David Desharnais, se faisait offrir un billet aller simple dans la Ligue américaine par le maire de Montréal.

C'est toujours facile de critiquer nos recruteurs du Canadien ici au Québec quand nous n'avons pas mis les pieds dans un amphithéâtre de la LHJMQ avec la même rigueur que la leur, à voir plus de 200 matchs par année, à accumuler plus de 70 000 km pour voir les espoirs plus de cinq fois chacun.

Rendre cette journée moins douloureuse

Il en est de l'agent et surtout des parents de bien préparer les jeunes à ce cirque. Trop souvent, l'agent remplira la tête du jeune en le faisant rêver. Il devrait être le tampon entre le jeune et ses parents qui, par amour, ont perdu toute objectivité. Le conseiller devrait, dans le meilleur des cas, garder le jeune et les parents terre-à-terre. Sans toutefois briser un rêve, ils peuvent suggérer d'autres options et préparer le hockeyeur à ce qui s'en vient, même s’il se fait ignorer.

Le tout est délicat, mais faisable, je l'ai fait pendant 11 ans.

Ma suggestion : si vous n'êtes pas classé dans les trois premiers tours en Amérique du Nord, restez à la maison. Le coup sera moins dur. Si par chance vous êtes choisi, alors ne vous inquiétez pas, on vous fera parvenir votre chandail!

À preuve, seulement neuf Québécois ont entendu leur nom le week-end dernier.

En espérant que le changement récent de président à Hockey Québec vaille son pesant d'or dans un avenir rapproché. Ça ne peut pas être pire!

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine