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Le rêve de Drapeau : extrait du livre numérique Richard Garneau : la voix du stade

L'Exposition universelle de 1967 n'a pas encore eu lieu que le maire de Montréal, Jean Drapeau, cherche déjà quel nouveau projet permettrait à sa ville de rayonner partout dans le monde.

(Extrait du livre numérique Richard Garneau : la voix du stade - un demi-siècle d'histoires olympiques)

Rédaction et recherche d'Olivier Paradis-Lemieux

C'est en 1963 que Jean Drapeau découvre l'olympisme, presque par hasard. Au cours d'un voyage à Lausanne, organisé pour l'Exposition universelle qui doit se tenir à Montréal quatre ans plus tard, le maire visite le musée consacré à l'héritage de Pierre de Coubertin. C'est en effet dans cette ville suisse que siège, depuis 1915, le Comité international olympique (CIO). Comme Richard Garneau quelques années plus tôt, Jean Drapeau s'éprend alors des valeurs véhiculées par l'olympisme. Leur passion commune amènera les deux hommes à se côtoyer tout au long processus qui fera de Montréal, en 1976, l'hôte des Jeux de la XXIe olympiade.

Deux ans plus tard, le 15 novembre 1965, Drapeau annonce à la presse la candidature de Montréal pour les Jeux olympiques de 1972. L'annonce est une surprise complète, surtout pour l'Association olympique canadienne (AOC), qui doit se réunir cinq jours plus tard pour entériner la candidature déjà annoncée de Calgary pour les Jeux d'hiver.

Téléchargez le livre numérique Richard Garneau la voix du stade : Un demi-siècle d'histoire olympiques

Même si Montréal et Calgary n'entrent pas en compétition directe, l'octroi des Jeux d'été à la métropole québécoise anéantirait les chances de la ville albertaine d'obtenir ceux d'hiver la même année. Le prestige de Drapeau, comme sa force de conviction, amène toutefois l'AOC à donner son appui au maire et à son projet.

Drapeau alors entame une tournée d'une vingtaine de pays afin de promouvoir Montréal auprès des membres du Comité olympique international. À la session de Rome, en avril 1966, le maire déborde de confiance, mais Montréal doit s'avouer vaincue au deuxième tour, terminant troisième derrière Madrid et, bien sûr, Munich.

Loin de se laisser abattre après ce premier échec - un cinquième pour Montréal -, Jean Drapeau se lance dans une vaste opération de séduction auprès des 70 membres du Comité international olympique qui voteront l'octroi des Jeux de 1976.

Extrait du livre Richard Garneau : la voix du stade - un demi-siècle d'histoires olympiques © Radio-CanadaPhoto : Extrait du livre Richard Garneau : la voix du stade - un demi-siècle d'histoires olympiques © Radio-Canada

Deuxième tentative

Avec l'aide de son agent à Paris, Georges Marchais, qui possède des entrées partout, Drapeau recueille quantité d'informations sur chaque membre du CIO, de leur marque de cognac favori à leur vision de l'olympisme. Lorsque l'Exposition universelle s'ouvre à Montréal en 1967, le maire invite plus de la moitié du CIO à visiter Terre des hommes, au frais de la Ville, afin de leur montrer ce dont la métropole est capable. Les délégués présents sont accueillis avec le plus grand soin, et ceux qui ne viennent pas à Montréal reçoivent la visite, en personne, du maire ou de l'un de ses proches collaborateurs. Dans cet univers d'aristocrates, Drapeau, homme de culture, laisse une forte impression.

La candidature montréalaise pour les Jeux de 1976 a bien failli s'arrêter là. Lorsque la Ville cherche l'approbation de l'Association olympique canadienne en 1968, Toronto et Hamilton sont également sur les rangs. Montréal et Toronto sont ex æquo au premier tour, avec 18 voix. Éliminée, Hamilton reporte ses trois voix sur Montréal, plutôt que de favoriser la Ville Reine. Jean Drapeau a le champ libre et passe les deux années suivantes dans ses valises à approfondir ses relations avec les membres du CIO pour qu'au moment crucial, Montréal sorte gagnante.

Extrait du livre Richard Garneau : la voix du stade - un demi-siècle d'histoires olympiques © Radio-CanadaPhoto : Extrait du livre Richard Garneau : la voix du stade - un demi-siècle d'histoires olympiques © Radio-Canada

Le discours du maire

À la 69e session du CIO à Amsterdam en 1970, Montréal affronte deux des plus grandes villes de la planète : Los Angeles et Moscou. Pour de nombreux observateurs, la candidature montréalaise ne fait pas le poids devant ces deux mégapoles.

La direction de Radio-Canada ne croit pas à la force de conviction de Jean Drapeau et ne voit donc pas l'intérêt d'envoyer une équipe couvrir l'événement. Piqué au vif et convaincu des chances de Montréal et de son maire, Richard Garneau propose de se rendre à Amsterdam à ses frais. Devant sa résolution, ses patrons cèdent : il peut couvrir la session olympique de mai, mais seul et sans équipe de tournage. Le numéro qu'y joue Drapeau demeure le plus brillant de sa carrière.

Montréal 1976

Plutôt qu'une simple valise de documents, comme quatre ans plus tôt à Rome, Drapeau emmène un kiosque complet et une demi-douzaine d'hôtesses parlant, en tout, 12 langues. Montréal a le vent dans les voiles et semble être la favorite pour l'emporter, mais le CIO, craintif après les premières annonces de dépassement des coûts à Munich, demande des garanties financières aux trois villes, 12 heures seulement avant les discours des maires qui précèdent le vote. Or, après l'explosion de la facture d'Expo 67, le gouvernement canadien ne souhaite pas être garant d'un autre grand projet de Drapeau.

« Montréal n'offrira pas de garantie financière. Elle n'en offrira aucune. Ce que Montréal vous offre, c'est sa parole. Ce que Montréal vous offre, c'est sa réputation de grande ville », dira le maire à la fin d'un discours-fleuve investi des valeurs les plus profondes de l'olympisme qui se termine par une ovation des délégués.

Au premier tour du vote, Moscou termine première avec 28 voix, Montréal, deuxième avec 25, et Los Angeles est éliminée avec 17 voix. Drapeau sait qu'il a gagné. Toutes les voix promises à la ville américaine vont en effet à Montréal, qui l'emporte au deuxième tour. Montréal est ville olympique.

Devant la presse qui l'assaille alors, Drapeau se refuse à tout commentaire. Il a promis sa première entrevue à Richard Garneau, qui l'attend patiemment dans une cabine téléphonique...

Extrait du livre Richard Garneau : la voix du stade - un demi-siècle d'histoires olympiques © Radio-CanadaPhoto : Extrait du livre Richard Garneau : la voix du stade - un demi-siècle d'histoires olympiques © Radio-Canada

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