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Le rêve fou de Pointe-Saint-Charles dans un nouveau documentaire

En 2006, des résidents de Pointe-Saint-Charles, à Montréal, se sont tenus debout devant Loto-Québec et le Cirque du Soleil. Dix ans plus tard, la communauté voit à nouveau l'identité de son quartier être fragilisée, cette fois par le développement immobilier à vitesse grand v.

Un texte de Félix-Antoine Viens

À deux pas du centre-ville de Montréal et voisin de Griffintown, Pointe-Saint-Charles vit comme plusieurs quartiers centraux de Montréal une transformation rapide avec la multiplication des tours à condominiums, certaines de plus de 1000 unités.

Enclave urbaine délimitée par le canal de Lachine et les autoroutes 10 et 15, la Pointe, comme ses résidents la surnomment, demeure encore aujourd'hui un des quartiers les plus défavorisés à Montréal.

Sur les mêmes terrains du CN où un casino aurait pu s'élever, un groupe de citoyens caresse un rêve un peu fou : répondre aux besoins des gens du quartier en transformant un bâtiment de 90 000 pieds carrés en un immense centre multifonctionnel qui abriterait notamment un CPE, des jardins communautaires, un marché, un café, un atelier de réparation de vélos, une microbrasserie, des locaux d'artistes et communautaires, et des espaces de travail partagés.

Les terrains et les anciens bâtiments du CN sont toutefois la propriété du promoteur Groupe MAC, qui les a obtenus pour le montant symbolique de 1 $, à condition de procéder à la décontamination.

La cinéaste Ève Lamont (Le commerce du sexe, L'imposture) a décidé de rendre compte du travail acharné de ce regroupement de citoyens, qui tente d'obtenir du promoteur le bâtiment 7 gratuitement, ainsi qu'un million de dollars pour le restaurer. Elle a passé près de 10 ans à documenter ce projet communautaire d'une rare ampleur.

Le chantier des possibles s'intéresse également à la construction à Pointe-Saint-Charles de condominiums à loyers subventionnés pour personnes âgées, la Cité des bâtisseurs. Ève Lamont dresse ainsi un parallèle entre ces projets, et les origines ouvrières et la tradition communautaire du quartier.

Une histoire de ténacité

Le projet du bâtiment 7 est d'abord une histoire de ténacité. Depuis plusieurs années, le collectif 7àNous est confronté à la complexité du processus de prise de possession du bâtiment de briques rouges, qui servait jadis à entreposer du matériel ferroviaire, les autorités municipales et provinciales, et le promoteur privé se relançant la balle.

« Le processus a été épouvantablement long, ils ont nagé dans les dédales administratifs », raconte la réalisatrice.

L'engagement, l'entraide, la résilience, la détermination; Le chantier des possibles est également un récit humain touchant et inspirant. La réalisatrice parvient à démontrer la valeur de l'implication communautaire dans une vision de développement urbain.

Les résidents de Pointe-Saint-Charles devront sans doute être encore patients avant de pouvoir profiter du bâtiment 7. Et même si on est loin de l'inauguration, l'ambitieux projet attire l'attention ailleurs dans le monde. Des architectes français ont récemment visité les lieux.

Ce rêve fou pourrait finalement bien se réaliser.

Le chantier des possibles a pris l'affiche mardi à la Cinémathèque québécoise à Montréal.

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