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Le roi de la discipline reine des Jeux se retirera sans couronne

Erik Guay vient de prendre la décision la plus déchirante qu'un athlète peut prendre dans sa vie : il se retirera sans pouvoir écrire les dernières pages de son livre olympique.

Comme on le fait avec les personnes qui nous quittent et qui nous ont marqués, j’aimerais profiter de l’occasion pour lui rendre hommage. Même si ce retrait des Jeux olympiques ne veut pas dire qu’il prend sa retraite, il est assez évident qu'on ne le reverra plus représenter fièrement l’unifolié aux Olympiques.

Peu importe ce qui attend Erik, pour moi, il n’y a aucun doute que la fierté de Mont-Tremblant est le meilleur skieur canadien de l’histoire. Oui, bien sûr, d’autres grands tels que Greene, Read, Podborski, Podivinsky, Turgeon, Percy et Lee-Gartner ont marqué l’histoire, et les époques sont difficilement comparables. Mais pour moi, Erik est LE plus grand.

La dualité des Jeux olympiques est incommensurable; autant les JO peuvent être cruels, autant ils peuvent offrir les plus belles émotions pour un athlète. Tous les éléments doivent être alignés à la perfection.

La descente est de loin la discipline la plus compétitive où la différence entre le 1er rang et le 30e est la plus mince. Un coup de vent au départ, un ordre de passage un peu dans le brouillard, des conditions de glisse à désirer, sans oublier la qualité des skis utilisés ce jour-là; la fine ligne entre la gloire et l’échec est microscopique.

La descente olympique est imprévisible. Les courses sont souvent gagnées par des héros d’un jour, comme Tommy Moe (Lillehammer 1994) ou Antoine Dénériaz (Turin 2006).

Pour toutes ces raisons, je refuse de juger la carrière d’Erik Guay en fonction de ses résultats olympiques. Ces mêmes résultats qui sont, il faut le dire, très respectables [4e rang en super-G à Turin, 5e rang au super-G et en descente à Vancouver, NDLR].

De plus, lors de ces trois expériences, Erik était ralenti par de graves blessures.

Le ski alpin, qui est l'une des rares disciplines où le circuit de la Coupe du monde est prestigieux, offre la possibilité d’amasser beaucoup d’argent devant des foules 3 à 4 fois plus grandes qu’aux Olympiques. Imaginez le feeling de franchir le fil d’arrivée à Kitzbühel devant 60 000 spectateurs en délire.

Ainsi, pour cette raison, la descente est la discipline reine des Jeux d’hiver et je n’ai aucune gêne à placer le nom d’Erik Guay dans la courte liste des meilleurs athlètes canadiens.

Profitant d’un sport qui est vénéré en Europe, il est très facile pour les descendeurs de se comporter en prima donna et de regarder les autres athlètes de très haut. Erik se comporte exactement à l’inverse, et grâce à lui et à d’autres meneurs sympathiques comme Didier Cuche et Aksel Lund Svindal, une culture d’humilité et de respect s’est développée sur le circuit de la Coupe du monde.

Dans le cas d’Erik, il n’est pas rare de le voir se promener peinard à Mont-Tremblant, toujours enclin à signer des autographes ou à se faire prendre en photo. Le Erik qui est dans le portillon de départ à Kitzbühel est le même Erik qu’à Tremblant dans son petit café favori.

Calme, serein, posé, on ne pourrait jamais penser que cette personne pratique un sport aussi rapide et dangereux. Comme les pilotes de F1, ces êtres humains sont simplement différents de nous tous. Paradoxalement, ils peuvent pratiquer un sport aussi « fou », et être très calmes dans la vie de tous les jours.

En 2011, lorsqu’Erik est venu me voir avec l’équipe de B2ten afin de changer son encadrement, je vois encore le feu dans ses yeux quand je lui ai demandé pourquoi il voulait continuer alors qu’il avait déjà 30 ans.

« Dom, en 2018 j’aurai 36 ans, et je sais que si je m’entraîne comme il faut, je pourrais être encore le plus rapide au monde. »

Un champion à tous les niveaux

Erik, je m’adresse maintenant à toi.

Je sais que ce n’est pas l’avenir que tu t’imaginais il y a six ans, mais laisse-moi te dire que malgré ton corps meurtri et ton âge, tu avais raison. Cette saison, à 36 ans, tu étais au sommet de ta forme et les résultats des derniers Championnats du monde étaient là pour le prouver. Tu fais un sport où la prise de risque est un passage obligé, et cela t’a causé de nouvelles blessures.

Ajoute à cela la perte d’un proche (David Poisson); c’était simplement trop.

La cérémonie d’ouverture des Jeux de Pyeongchang arrivera trop vite pour te permettre d’écrire la fin que tu souhaitais, mais SVP ne regarde jamais en arrière avec des regrets. Tu n’as rien à te reprocher, tu as fait tout ce que tu pouvais.

Ta carrière ne sera pas définie par ta récolte de médailles olympiques, mais bien pour avoir été au sommet de ton sport pendant 14 ans, et surtout, d’avoir été un modèle exceptionnel pour les générations à venir. Embrasse les cinq femmes de ta vie très fort et montre-leur ce qu’est un vrai champion mené par la passion, autant dans la vie que dans le sport.

Avec le plus grand respect,

Dom

Dominick Gauthier est analyste olympique pour Radio-Canada Sports, ancien athlète, et directeur du programme B2ten.

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