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Le scandale Jutra entre les mains de Québec Cinéma

Le comité exécutif de l'organisme Québec Cinéma, qui chapeaute la Soirée des Jutra, se réunit aujourd'hui pour se pencher sur la controverse entourant Claude Jutra à la suite de la publication d'une biographie du défunt cinéaste évoquant, en quelques pages, ses relations avec « les jeunes garçons ». Un communiqué devrait suivre en journée.

L'auteur de cette biographie, Yves Lever, critique et professeur de cinéma à la retraite, a affirmé en entrevue à ICI Radio-Canada Première, que le cinéaste « aimait surtout les garçons de 14 ou 15 ans et même plus jeunes ». M. Lever affirme avoir réalisé une trentaine d'entrevues pour documenter son livre et que cinq ou six personnes « très proches » de Claude Jutra ont corroboré des cas précis de pédophilie.

« La principale victime n'a jamais voulu me parler » malgré plusieurs tentatives, confie l'auteur en entrevue avec Alain Gravel.

M. Lever explique avoir donné les noms des personnes qui ont témoigné du principal cas de pédophilie attribué à Claude Jutra aux avocats de la maison d'édition qui publie son livre afin de s'assurer de la légalité de son manuscrit. « J'ai, d'une façon, toutes les preuves qu'il faut, mais je ne peux pas... je ne fais pas un livre sur la pédophilie », poursuit-il.

L'auteur, dont le livre paraîtra mardi, s'étonne de la controverse que sèment les quatre pages de son œuvre qui traite de l'amour « pour les jeunes garçons » de l'homme de cinéma. « Si on se replace dans l'époque des années 1960 et 1970, si on connaît les victimes, on comprend très, très bien pourquoi il n'y a pas eu de plainte de portée. »

M. Lever - qui qualifie Claude Jutra « d'électron libre » et « d'inspiration pour tout le monde » dans le milieu du cinéma - se dit bien conscient de l'importance des révélations que contient son livre, mais il ne croit pas ternir la réputation du cinéaste.

La nouvelle sème un malaise au sein de la communauté artistique québécoise, puisque le cinéaste renommé a laissé son nom au Gala des prix Jutra, qui récompensent les meilleurs éléments du cinéma québécois, de même qu'à quelques rues québécoises.

La Cinémathèque québécoise a pour sa part annoncé lundi avoir pris connaissance des révélations contenues dans la biographie, mais explique, par communiqué, qu'« aucune accusation n'a été portée et qu'aucune présumée victime ne s'est manifestée ». L'institution a ainsi pris la décision de ne pas rebaptiser, pour l'instant, sa salle Claude-Jutra.

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