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Le syndicat des policiers dénonce la stratégie du SPVM à Montréal-Nord

La Fraternité des policiers de Montréal dénonce la décision du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de ne pas intervenir lors de la manifestation qui a mené à du saccage mercredi dernier, à Montréal-Nord.

Dans une lettre envoyée au maire de Montréal, le président du syndicat des policiers de Montréal, Yves Francoeur, dit craindre que « l'accumulation de renoncements à faire appliquer les lois les plus essentielles » ne mène « à la formation de zones de non-droit ».

La lettre au maire Denis Coderre a également été envoyée, en copie conforme, au ministre de la Sécurité publique du Québec, Martin Coiteux, ainsi qu'au directeur du SPVM, Philippe Pichet.

La manifestation de mercredi dernier se déroulait pacifiquement jusqu'à ce qu'un groupe se mette à vandaliser le poste de police 39 de même que six commerces des environs. Les vandales ont aussi incendié six voitures et en ont endommagé cinq autres.

Devant ces méfaits, les forces de l'ordre sont restées impassibles pendant une quinzaine de minutes.

Dans sa lettre, la Fraternité des policiers mentionne aussi qu'une quarantaine d'appels ont été faits au 911 relativement au saccage, des appels « qui sont demeurés sans réponse », dit le syndicat.

Une stratégie de non-provocation, selon la Ville

La décision prise par le SPVM de ne pas intervenir a été défendue par la responsable de la sécurité publique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Anie Samson. Cette dernière a expliqué qu'en agissant de la sorte, les policiers ont évité de provoquer les casseurs.

Mais les membres de la Fraternité des policiers ne voient pas la chose de la même manière; ils disent être « perplexes quant aux politiques de la Ville en matière de sécurité publique ».

« Les policiers et policières de Montréal se sentent responsables de la sécurité de la population et estiment que la loi doit également y être applicable, écrit le président du syndicat, qui représente environ 4500 policiers actifs au sein du SPVM. De façon plus générale, nous sommes informés que par crainte d'attiser les tensions, nos membres ont souvent l'ordre de ne pas intervenir. »

Or, « la sous-intervention répétée mine le sentiment de sécurité de la population tout en lançant le mauvais message aux criminels, qui se sentent couverts d'impunité », estime Yves Francoeur.

Le syndicat des policiers estime que le sentiment d'impunité que peuvent ressentir les criminels est de nature à mettre à risque les policiers. La Fraternité des policiers dit comprendre la nécessité d'une approche sociale et communautaire à Montréal-Nord. Mais, du même souffle, elle affirme que de « baisser les bras face à la criminalité sous prétexte de ne pas heurter les sensibilités » ne rendra pas service à la population.

Le SPVM défend sa stratégie

Réagissant vivement à la lettre du syndicat, le chef du SPVM, Philippe Pichet, a défendu l'intervention de ses effectifs.  « On avait des policiers. On en a fait des interventions, mais il y en avait plusieurs et il fallait prioriser dans la séquence », affirme le responsable.

Philippe Pichet maintient que la stratégie de l'opération était la bonne et nie formellement qu'il y ait eu un mot d'ordre de ne pas intervenir.

« La stratégie d'inaction qu'on véhicule, elle n'est pas vraie. [...] On parle de zones de non-droit. Comme s'il y avait des secteurs de l'île de Montréal où on n'applique plus la loi. Voyons donc, ça n'a aucun sens », a conclu le chef du SPVM.

La manifestation de mercredi dernier était destinée à rappeler la mort de Fredy Villanueva et à dénoncer celle de Jean-Pierre Bony.

Fredy Villanueva a été abattu par des policiers en 2008. Le rapport du coroner a poussé le gouvernement du Québec à créer un Bureau des enquêtes indépendantes, chargé de se pencher sur le travail des policiers.

Jean-Pierre Bony, lui, a reçu un projectile en plastique à la tête tiré par les policiers lors d'une opération qui visait à démanteler un réseau de trafiquants de drogue, à la fin du mois de mars. Il a succombé à ses blessures quatre jours plus tard.

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