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Le tiers des égouts de Montréal directement dans le fleuve

Le tiers du réseau d'égouts de la Ville de Montréal sera déversé directement dans le fleuve pendant une semaine complète à la mi-octobre. Le président du comité exécutif de la Ville, Pierre Desrochers, a confirmé que cette procédure était la plus réaliste.

« Ce n'est pas juste la Ville de Montréal qui le dit, le ministère de l'Environnement (du Québec) parvient à la même conclusion », a expliqué M. Desrochers au cours d'une conférence de presse de laquelle le maire Denis Coderre était absent.

M. Desrochers a indiqué qu'il n'y aurait aucun impact sur l'eau potable des villes riveraines du fleuve Saint-Laurent en aval de la métropole.

Le déversement est rendu nécessaire en raison de la construction d'une nouvelle chute à neige dans le cadre des travaux de réaménagement de l'autoroute Bonaventure. Les travaux majeurs pour abaisser la structure de l'autoroute Bonaventure exigent de déplacer la chute d'un méga-égout du sud de la municipalité, située directement dans la zone de travaux.

La construction d'une conduite auxiliaire, qui aurait permis d'acheminer les eaux usées de l'intercepteur où les travaux seront effectués vers l'usine d'épuration, aurait coûté un milliard de dollars, selon l'évaluation de la Ville. La durée des travaux aurait également privé la Ville d'une chute à neige au cours de l'hiver à venir.

Les travaux, qui seront réalisés du 18 au 25 octobre prochain, sont planifiés de façon à avoir le moins d'impact possible sur l'écosystème du fleuve Saint-Laurent. Les activités nautiques seront interdites sur le fleuve durant la période des travaux. Ces activités sont réduites à l'automne, a précisé le membre du comité exécutif, Réal Ménard.

M. Ménard a également souligné que l'automne avait été retenu parce que la période de fraie des poissons est terminée et que la température plus basse de l'eau limite la prolifération des bactéries qui s'y retrouveront.

Le ministre de l'Environnement du Québec, David Heurtel, estime que le déversement prévu est déplorable, mais malheureusement inévitable. Ce dernier se réfugie derrière un rapport d'analyse environnemental réalisé par les experts de son ministère pour expliquer que le déversement aura lieu malgré les craintes des citoyens.

Complété en février 2015, le rapport a été réalisé par son ministère à la suite de la demande de la Ville de Montréal de procéder à ce déversement.

Sous la pression de l'opposition et des médias, le rapport a finalement été rendu public aujourd'hui. Il est disponible sur le site du ministère de l'Environnement du Québec.

La Ville avait décidé de réexaminer sa décision, mais la révision du dossier a conforté les élus dans leur décision initiale.

Où est le maire?

« La principale question aujourd'hui, c'est où est le maire de Montréal », a déclaré le chef de l'opposition à l'hôtel de ville, Luc Ferrandez. « Pour un événement de cette importance-là, où est le maire de Montréal. Si on avait annoncé qu'il y avait un troisième match préparatoire de baseball au stade olympique, il serait là pour faire cette annonce. »

Se disant « inquiet » de ce dénouement, le porte-parole du Parti québécois en matière d'environnement, Mathieu Traversy, demande au ministre Heurtel de suspendre l'autorisation accordée à la Ville de Montréal, afin d'« évaluer toutes les options et retenir la solution la moins dommageable et la plus durable. »

Il demande en outre au ministre de rendre publiques toutes les analyses faites par son ministère dans ce dossier et de commander « une analyse plus approfondie » de la situation. « L'avis d'experts indépendants est essentiel pour évaluer l'option qui limitera le plus les impacts sur l'environnement », note-t-il. 

Environnement Canada s'en mêle

Interpellé par Radio-Canada, Environnement Canada souligne que la loi canadienne pourrait poser obstacle à cette décision.

« En vertu du Règlement sur les effluents des systèmes d'assainissement des eaux usées, Environnement Canada ne peut pas autoriser ce type de rejet d'eaux usées », écrit son porte-parole Mark Johnson.

« La Loi sur les pêches interdit les rejets non autorisés de substances nocives dans les eaux où vivent des poissons », poursuit M. Johnson, qui précise que son ministère est « en communication avec la Ville de Montréal en vue de recueillir des renseignements et d'évaluer les répercussions possibles d'un tel rejet ».

Deux poids, deux mesures ?

« Nous ne sommes pas un champ d'épuration de la Ville de Montréal », déplore le maire de la Ville de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, dont la municipalité se trouve en aval de la métropole québécoise sur le fleuve Saint-Laurent. « On espérait que Montréal allait trouver une autre alternative, une solution plus écologique. »

Le maire Péloquin est déçu de la position du MEQ dans le dossier et s'étonne de cette décision.

« On les connaît habituellement beaucoup plus psychorigides sur des certificats d'autorisation. Est-ce que toutes les étapes ont été suivies? Est-ce qu'on a fait une étude complète? »

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, abonde en ce sens en rappelant que sa ville s'était vu refuser l'autorisation de déverser de la neige - non souillée - dans le fleuve en 2008, une année record d'accumulation de neige. Le ministère avait refusé que Trois-Rivières jette sa neige dans le fleuve et la ville avait payé deux millions de dollars pour mettre sur pied un dépôt de neige temporaire

M. Lévesque souligne que la quantité d'eau usées déversées dans le fleuve par Montréal - 8 milliards de litres - c'est comme si Trois-Rivières déversait ses égouts dans le fleuve pendant quatre mois. Le maire Lévesque croit que ça ne serait jamais toléré et que les régions ne sont pas traitées équitablement comparativement à la métropole

Le maire Péloquin convient qu'il faut parfois prendre des décisions dans le déroulement d'un projet et que la quantité d'eau à gérer de Montréal est « phénoménale ». Il rappelle toutefois que l'eau rejetée dans le fleuve est généralement propre à 90 % et que les municipalités disposent d'un plan B afin de faire face aux imprévus.

La biosphère du lac Saint-Pierre, qui se trouve sur la route du déversement de la Ville de Montréal, est un écosystème reconnu par l'UNESCO. Il représente 50 % des milieux humides du fleuve Saint-Laurent. « Quel effet-choc ça va causer sur l'écosystème de ce milieu-là ? », s'interroge le maire en soulignant que la saison de la chasse au canard et à la bernache bat son plein. Il précise que le fleuve abrite 76 espèces de poissons dans le secteur de Sorel-Tracy.

« Oui, on nous parle de dilution, mais rien n'empêche que toute cette quantité [d'eaux usées] va passer chez nous », déplore M. Péloquin.

Retenu à Drumondville pour le conseil d'administration de l'Union des municipalités du Québec, le maire Coderre a paru agacé par la sortie des maires de Sorel-Tracy et de Trois-Rivières. « C'est sûr que quand on lui met un micro sous le nez pis qu'on va chercher une réaction, on n'a pas tous les éléments des fois, a-t-il déclaré. Il y a une certaine distance entre Sorel et Montréal pis entre Trois-Rivières et Montréal. Je vous dis que c'est un élément ponctuel au niveau de la gestion même de l'eau qu'il n'y aura aucun impact au niveau de la question de l'eau potable. »

Le maire de Sorel-Tracy estime que les Montréalais auraient fait plus d'efforts pour éviter ce déversement s'ils connaissaient la beauté du site.

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