Retour

Légalisation du cannabis : le patron de la police de Montréal a des doutes

Le directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, n'est pas convaincu que la légalisation à venir de la marijuana réduira la présence du crime organisé dans ce commerce.

Un texte de Marc-Antoine Ménard

Plus encore, il estime que « d’autres problématiques » vont apparaître une fois la nouvelle loi adoptée, a-t-il dit en conférence de presse, vendredi.

« On ne parle pas beaucoup de crime organisé de ce temps-là. Vous savez que les motards s’affichent beaucoup de ce temps-là, le crime organisé italien aussi est très présent, a-t-il souligné. Il va falloir qu’on se concentre beaucoup là-dessus. La légalisation de la marijuana est un élément dont il va falloir tenir compte dans tout ce puzzle-là. »

En outre, Philippe Pichet a affirmé que les policiers auraient besoin de préparation pour réussir notamment à détecter les consommateurs de cannabis qui prendraient le volant.

Le directeur du SPVM rappelle que son service avait évoqué ces problèmes potentiels lors des consultations sur la légalisation de la marijuana qui ont eu lieu à Montréal, en juillet dernier.

Le directeur de l'Association canadienne des chefs de police (ACCP) et chef du Service de police de Gatineau, Mario Harel, a aussi jugé que le crime organisé ne se retirera pas du marché dès lors que le cannabis sera légalisé. Il a lancé un appel à maintenir les effectifs en place pour combattre ces criminels.

Coderre demande à nouveau des redevances

Lors d’un événement de campagne municipale, vendredi, le maire sortant de Montréal, Denis Coderre, a réitéré sa demande d’obtenir une part des redevances tirées de la vente de marijuana.

M. Coderre a mentionné que des ressources policières supplémentaires seraient peut-être nécessaires, que des inspecteurs pourraient devoir contrôler la production personnelle de marijuana ou encore qu’il faudrait pouvoir aider les gens aux prises avec une dépendance.

Ces questions doivent être abordées avec les autres niveaux de gouvernement, ce pour quoi la Ville a mis sur pied un groupe de travail. « Est-ce que c’est ma job d’arracher les plants de pot? » a-t-il illustré.

« Je n’ai pas de problème avec la légalisation, a précisé Denis Coderre, mais, concrètement, qu’est-ce que ça veut dire dans son application? C’est de prendre les bonnes décisions pour s’assurer qu’on comprend que ça va prendre des ressources supplémentaires. »

On a appris vendredi matin que le gouvernement libéral de Philippe Couillard a décidé, après de longues discussions au sein de son caucus, que l'âge légal pour fumer du cannabis sera fixé à 18 ans au Québec.

Crise du fentanyl

À propos de la consommation de fentanyl, un puissant opioïde qui prend de l’ampleur à Montréal, Philippe Pichet estime que les pompiers devraient être les premiers à être formés pour administrer la naloxone, utilisée en cas de surdose, avant les policiers.

« Je veux qu’on se concentre sur notre travail de policiers d’arrêter les trafiquants », a-t-il résumé, ajoutant que « ceux qui mettent ce produit-là dans les stupéfiants, ils vont nous avoir sur le dos ».

Le SPVM a d'ailleurs annoncé vendredi trois arrestations, ainsi que deux perquisitions, effectuées dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à la suite d'une enquête sur des cas de surdoses survenus en août dernier. Un communiqué indique que les policiers ont saisi de l'héroïne et « ce qui semble être du fentanyl ».

Le travail de redressement du SPVM se poursuit

Le directeur du SPVM était appelé à faire une mise à jour du plan d’action en 38 points qu’il avait présenté en mars dernier dans le but de rétablir la confiance du public en son service de police.

M. Pichet affirme que le SPVM est maintenant plus accessible et transparent, tant dans ses communications externes que dans son fonctionnement interne.

« Le principal message que je passe à mes gestionnaires, c’est de dire : "Vous avez une situation aujourd’hui? Réglez-la, ne mettez pas ça en dessous du tapis, parce qu’elle va ressortir un moment donné". J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de choses qui étaient en dessous d’un tapis et que ça a rebondi », a-t-il expliqué.

Philippe Pichet a annoncé vendredi que le professeur Thierry Pauchant, de HEC Montréal, a été mandaté pour poser un « diagnostic éthique » au SPVM.

À la suite d’allégations de fabrication de preuve et d'espionnage de journalistes, les enquêtes spéciales des Affaires internes du SPVM ont été confiées à un groupe mixte formé par le gouvernement du Québec. Philippe Pichet dit que, si son Service doit les récupérer, il lui faudra du temps pour s’ajuster.

« Je pense qu’en 2017, si on veut le confier à un bureau indépendant, je ne suis pas contre ça. Maintenant, s’il faut que je le récupère, il va falloir qu’on me laisse le temps de me préparer pour le récupérer. Il va falloir que je recrute, et appliquer des nouveaux paramètres, donc ça va me prendre du temps », a-t-il résumé.

Le gouvernement du Québec a aussi lancé une enquête sur les affaires internes du SPVM. La commission Chamberland, qui enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques, doit remettre son rapport en mars prochain.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine