Le chanteur Leonard Cohen est mort à l'âge de 82 ans. Voix rauque et intime, paroles mélancoliques, charme discret du gentleman : l'artiste montréalais a imprégné l'imaginaire culturel au fil d'une longue et riche carrière artistique.

« C'est avec grande tristesse que nous rapportons que le légendaire poète, auteur-compositeur et artiste, Leonard Cohen, est décédé. Nous avons perdu l'un des musiciens les plus respectés et prolifiques de l'industrie de la musique », peut-on lire sur la page Facebook de l'auteur.

« Leonard Cohen était un artiste sans pareil dont l'œuvre a été adoptée par des générations d'admirateurs et d'artistes », a écrit sa compagnie de disques, Sony Music Canada, sur Facebook.

Leonard Cohen était gravement malade depuis des mois et savait que la fin approchait.

« Poète de boudoir » pour Joni Mitchell, « voix de Dieu » pour Bono, Leonard Cohen est l'incarnation du spleen, du souvenir d'un amour lointain. Le baryton maîtrise l'art d'émouvoir en chantant une tristesse infinie, d'un timbre intime qui semble provenir des ténèbres.

Homme de mots

Né en 1934 dans une famille juive de Westmount, Leonard Cohen goûte à la poésie à un jeune âge, après avoir perdu son père.

Sa passion pour les lettres s'est poursuivie durant ses études à l'Université McGill. Le poète aux qualités d'orateur y remporte un premier prix littéraire en 1954. Deux ans plus tard, il publie son premier recueil Let Us Compare Mythologies. Une dizaine d'autres verront le jour au cours de sa vie, de même que deux romans.

Créateur bohème grattant la guitare, il s'établit sur l'île d'Hydra en Grèce en 1960 pour y écrire. Il y fait la connaissance de Marianne Ilhen, qui deviendra sa muse et lui inspirera So Long Marianne.

Saut dans la musique

Malgré la publication de cinq recueils et d'un roman, Leonard Cohen ne vit pas de son écriture et se tourne vers la musique.

Souhaitant percer aux États-Unis, Leonard Cohen s'installe à New York en 1966 au mythique Hotel Chelsea. Il y côtoie Bob Dylan, Jimi Hendrix ainsi que Janis Joplin, qu'il révélera plus tard comme la femme dans sa chanson Chelsea Hotel #2.

Son grand classique, Suzanne, paru en 1967, est un hymne à la beauté de Suzanne Verdal, femme du sculpteur québécois Armand Vaillancourt.

Si ce mariage de poésie et de musique lui réussit en Europe et en Asie, le chanteur est boudé aux États-Unis. Devant le flop de New Skin for the Old Ceremony en Amérique du Nord, un journaliste lui demande en 1974 d'expliquer son succès sur le Vieux Continent. « Peut-être parce qu'ils ne comprennent pas les paroles », répond-il.

De cœur et de religion

L'amour destructeur, les questionnements existentiels et religieux sont au cœur de son œuvre.

Intellectuel, Leonard Cohen est un artiste à part dans une industrie où le paraître a souvent préséance sur le contenu. Dans les années 90, il se retire dans le temple bouddhiste du mont Baldy, près de Los Angeles, renforçant son image de maître de la solitude.

À la fois juif pratiquant et moine bouddhiste, le chanteur n'y voit aucune contradiction, comme il l'explique au New York Times :

« Allen Ginsberg m'a posé la même question plusieurs années auparavant. Dans la tradition du zen que je pratique, il n'y a aucun culte ni affirmation de divinité. Donc, théologiquement, ça ne défie aucune croyance juive. »

D'ailleurs, ses origines sont indissociables de ses textes, puisqu'on y sent son passé de juif parmi les chrétiens, d'anglophone parmi les francophones de Montréal.

Quand le succès côtoie la mésaventure

Malgré le vide après The Future en 1992, son œuvre influence nombre d'artistes, même des plus jeunes comme Kurt Cobain et Jeff Buckley.

Il devient au fil des ans une figure mythique, un maître reconnu par ses pairs qui ont repris ses chansons, comme Rufus Wainwright, Lana del Rey et Bono. Hallelujah est reprise par plusieurs, dépouillant presque l'auteur de sa paternité.

« Mon sens de la propriété avec ces choses est très faible », confie-t-il au New York Times en 2009. « Ce n'est pas le résultat d'une discipline spirituelle, ça a toujours été. Ce sens a été si faible que je n'ai pas fait attention et j'ai perdu les droits de plusieurs chansons. »

Au milieu des années 2000, sa gérante s'enfuit avec sa fortune. Ruiné, le septuagénaire doit remonter sur scène, au grand plaisir du public. Il poursuit son ancienne collaboratrice et obtient un jugement de 9 millions de dollars américains, mais il ne reverra jamais la couleur de cet argent.

Grand parmi les grands, il est le premier chanteur québécois intronisé au Temple de la renommée du rock'n'roll en 2008. Trois ans plus tard, il reçoit le prestigieux prix Glenn-Gould, considéré par plusieurs comme le Nobel du milieu artistique.

- Avec les informations de Valerie Micaela-Bain

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