Les animaux du Biodôme s'apprêtent à déménager aux quatre coins du Canada, le temps d'une rénovation majeure des installations. Le lancement des travaux a été approuvé lundi soir par le conseil municipal de Montréal. Le Biodôme va être vidé de ses animaux et certains ne reviendront pas. Radio-Canada a eu accès aux préparatifs.

Un texte de Thomas Gerbet

À quelques jours de sa fermeture, le 2 avril, l'équipe du Biodôme est en effervescence. Même les animaux ressentent le stress inhabituel.

« On vit ça une fois dans une carrière », dit le contremaître aux collections vivantes, Jean-Philippe Gagnon. Il supervise les techniciens qui s'occupent des animaux en vue du grand déménagement.

Certains animaux sont entraînés depuis plusieurs semaines déjà pour se préparer à leur long voyage, qui se fera parfois en avion.

De Moncton à Calgary en passant par Toronto et Granby, en tout, une dizaine de zoos s'apprêtent à accueillir des pensionnaires du Biodôme. Par exemple, le caïman ira au zoo de Hamilton, les lynx à Saskatoon et certains poissons à l'aquarium de Québec.

La majorité des 4500 animaux resteront à Montréal. Le Biodôme a prévu plusieurs endroits pour les reloger sur les terrains d'Espace pour la vie.

L'animalerie d'une université montréalaise accueillera certaines espèces. Le Biodôme a aussi loué un bâtiment en banlieue de Montréal. Les lieux sont gardés secrets parce que la direction craint « une chasse aux Pokémon », où des curieux essaieraient d'aller rendre visite à leurs animaux préférés.

Les employés devront faire la tournée des lieux pour s'assurer du bien-être des animaux. Ce sera « un défi de taille », anticipe la vétérinaire du Biodôme Emiko Wong.

Le Biodôme est connu pour recréer l'écosystème où vivent ces animaux dans la nature. Comment réagiront les bêtes qui se retrouveront en cage? « C'est sûr qu'il va y avoir un certain impact, dit Emiko Wong. Ils vont peut-être exprimer une baisse d'appétit, au début. Donc on va être aux aguets pour s'assurer que tout le monde va bien. »

Le défi des manchots

Les animaux qui donnent le plus de fil à retordre au personnel du Biodôme, ce sont les manchots. La plupart seront relogés dans le sous-sol du bâtiment, dans une pièce réfrigérée avec un bassin, construite spécialement pour l'occasion.

Cinq manchots royaux s'envoleront vers Calgary la semaine prochaine. Pas de leurs propres ailes, mais dans la soute d'un avion-cargo. La vétérinaire Emiko Wong les accompagnera. Si la température est trop chaude dans leur boîte, elle a prévu des blocs de glace.

Tous les manchots ne prennent pas la direction d'un autre zoo, puisqu'il faut respecter les dynamiques de groupe. « Si on avait décidé de les déplacer un peu partout, on aurait pu briser des groupes coloniaux, briser des couples, et ça aurait été un stress, explique Emiko Wong. On a essayé de prendre la meilleure décision pour chaque animal. »

Une femelle paresseux sera envoyée au zoo de Granby avec l'espoir qu'elle s'y reproduise. Un mâle ira de son côté au zoo de Cleveland, aux États-Unis. Les quatre autres paresseux seront installés dans des locaux d'Espace pour la vie.

Tous les animaux ne reviendront pas

Deux manchots qui iront en Alberta sont très âgés et n'auront pas à subir le voyage dans le sens inverse pour la réouverture du Biodôme à l'été 2019. « On va demander au zoo de Calgary des jeunes manchots qui pourront être de futurs parents de retour chez nous », dit la vétérinaire.

Le Biodôme souhaite profiter du déménagement pour effectuer des transactions qui sont communes entre institutions zoologiques, un peu comme des échanges de joueurs de hockey. « On doit collaborer à des échanges d'individus pour s'assurer de la diversité génétique des espèces », explique Jean-Philippe Gagnon.

Par exemple, le grand ara hyacinthe de la forêt tropicale sera remplacé par un autre individu qui découvrira sa nouvelle vie sous le toit de l'ancien vélodrome olympique. Le caïman pourrait aussi être remplacé par un autre.

Il n'y a qu'un groupe d'animaux qui ne bougera pas du Biodôme : les poissons des eaux salées et froides du Saint-Laurent. Leur environnement ne se retrouve dans aucun autre aquarium.

Pendant plus d'un an, ils n'entendront plus d'enfants taper sur la vitre de leur bassin. Ils auront même l'occasion d'observer les travaux.

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