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Les camionneurs artisans manifestent sur les routes du Québec

Quelque 3500 camionneurs artisans ont perturbé la circulation autour d'une soixantaine de centres de services du ministère des Transports du Québec (MTQ), lundi avant-midi, pour protester contre la présence de camionneurs non régis sur les chantiers publics, notamment celui de Turcot. Une manifestation « discutable », selon le ministre des Transports, qui déplore que la population ait été prise en otage.

Selon l'Association nationale des camionneurs artisans (ANCAI), le recours par des entrepreneurs à des camionneurs non régis par la Commission du transport du Québec, avec l'assentiment du MTQ, ouvre la porte à la corruption et au déploiement de stratagèmes de fausse facturation sur les chantiers de la province.

« Il y a encore sur les chantiers et de plus en plus des camionneurs non régis qui n’ont aucun compte à rendre à aucun organisme public, déplore Gaétan Légaré, directeur général de l'ANCAI. Ça amène des possibilités de travail au noir, de fausse facturation, alors qu’on est rendu en 2018 ».

Selon Gaétan Légaré, les entrepreneurs peuvent actuellement recourir à des camionneurs non régis pour combler jusqu'à 50 % de leurs besoins. Or, à la table de travail, les entrepreneurs réclament au gouvernement d'augmenter cette proportion à 80 %, dénonce le président de l’ANCAI.

Il avance même que le ministère serait tenté d'accroître la proportion de contrats octroyés à ces camionneurs.

Gaétan Légaré avait indiqué que les quelque 60 centres de services du ministère seraient visités et que des perturbations étaient à prévoir sur le réseau routier, notamment autour de la colline du Parlement à Québec et sur la rue Pullman, tout près du chantier de l'échangeur Turcot, à Montréal.

La manifestation des camionneurs artisans n'a cependant pas causé de congestion majeure sur le réseau routier de la région de Montréal.

Les plus importants ralentissements ont été observés sur l'autoroute 20, avant l'échangeur Turcot, et aux abords du chantier de l'échangeur.

Selon le chroniqueur circulation Yves Desautels, les perturbations se sont produites essentiellement entre 7 h et 8 h du matin. Et encore, des voies demeuraient ouvertes pour assurer le flot de véhicules alors que des files de camions circulaient au ralenti.

La forte demande à l'origine de la présence de camionneurs non régis sur les chantiers

Selon Michel Lorent, du Regroupement des entrepreneurs et camionneurs indépendants du Québec (RECIQ), les camionneurs artisans avaient autrefois le monopole sur les chantiers.

Un monopole qu’ils ont perdu en 2012 lorsque le ministre des Transports de l’époque, Sam Hamad, a imposé un partage de 50 % de camionneurs artisans et de 50 % camionneurs indépendants sur les chantiers.

Or, ajoute le RECIQ, les camionneurs artisans détiennent déjà à 100 % le contrat de l’échangeur Turcot, mais n’arrivent pas à fournir à la demande étant donné la cadence élevée des travaux. Ce qui se traduit sur le chantier par une présence accrue de camionneurs indépendants appelés en renfort. Ces derniers sont maintenant plus nombreux que les camionneurs artisans sur le chantier, reconnaît le RECIQ.

Les camionneurs artisans transportent essentiellement des matières en vrac (pierre, terre, sable, neige, gravier, asphalte, etc.) pour alimenter les chantiers de construction ainsi que les chantiers routiers.

La population prise en otage, déplore le ministre Fortin

Le ministre des Transports, André Fortin, se dit perplexe face à cette manifestation des camionneurs artisans alors que l’enjeu de la manifestation porte « sur un système mis en place il y a six ans ».

Selon lui, les inquiétudes exprimées par l’ANCAI n’ont pas lieu d’être, puisque son ministère n’a pas l’intention d’augmenter le pourcentage consenti aux entrepreneurs quant aux nombres de camionneurs non régis auxquels ils peuvent faire appel.

« Les camionneurs artisans avaient fait des représentations il y a quelques mois pour rendre permanent leur système, ça a déjà été fait, a rappelé le ministre Fortin sur les ondes d'ICI RDI. Et ce qu’on leur dit aujourd’hui c’est que le pourcentage minimal de travaux qui est fait par les camionneurs artisans, ça va continuer à être le même que par les dernières années. C’est-à-dire 50 % minimum. »

Le recours à des camionneurs qui ne sont pas membres de l’ANCAI est parfois nécessaire sur les chantiers, explique André Fortin, pour faire avancer les travaux rapidement, notamment les grands chantiers routiers dans des secteurs névralgiques.

« Quand on veut que le chantier progresse rapidement, il faut s’assurer que les camionneurs soient capables de remplir la demande en produits bruts, donc en nombre de camions qui sont livrés. Ce qui n’est pas toujours le cas, donc parfois les entrepreneurs doivent faire appel à d’autres camionneurs », explique André Fortin, qui a invite les camionneurs à revenir à la table de discussions pour régler les différends et apaiser leurs inquiétudes.

L'ANCAI regroupe 5200 camionneurs indépendants au Québec.

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