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Les Canadiennes de Montréal, professionnelles par définition

Les Canadiennes de Montréal écriront une page de leur histoire le 10 décembre. Les hockeyeuses disputeront un premier match au Centre Bell devant des milliers de partisans. Il s'agit d'un pas important pour les joueuses de l'équipe, mais aussi pour le hockey féminin, qui cherche toujours à faire sa place dans un marché dominé par les hommes.

« C’est un rêve qui devient réalité! Jouer dans un aréna de la Ligue nationale, au même endroit que tes idoles que tu as vues jouer tout au long de ta carrière, je pense que ça va être vraiment incroyable », souligne la capitaine de l’équipe et double médaillée d’or olympique, Marie-Philip Poulin.

C’est une belle récompense pour les joueuses de l’équipe, qui vivent une dure réalité. Elles évoluent dans la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), une ligue fondée en 2007 qui se dit professionnelle, mais qui n’a pas encore les moyens de payer ses joueuses.

« Professionnelle en fait, c’est juste pour dire que c’est le plus haut niveau de hockey où l'on peut jouer à l’extérieur des Olympiques », dit l’attaquante Ann-Sophie Bettez.

Même si la ligue et certains commanditaires offrent de l’aide pour l’équipement et les frais de voyages, les joueuses doivent quand même piger dans leurs économies pour joindre les deux bouts. Les conditions de jeu sont donc loin d’être optimales parfois.

« C’est sûr que de devoir payer pour les patins et les bâtons… Par exemple, des fois on joue avec des bâtons qui sont un peu craqués. Pourquoi? Parce que tu ne vas pas aller payer 300 piastres seulement pour un bâton! », souligne Bettez.

Et quand auront-elles un salaire?

Lorsque questionnée sur la possibilité de payer ses joueuses, la commissaire de la LCHF, Brenda Andress, avoue qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire.

« Cela a toujours fait partie de nos plans d’offrir des salaires, assure la commissaire. Mais il faut faire les choses dans le bon ordre, sinon ça ne sera pas durable. Il y a certaines bourses pour les athlètes actuellement lorsqu’elles remportent la Coupe Clarkson [le championnat de la ligue, NDLR] ou certains honneurs en fin de saison. Mais nous ne sommes pas prêts financièrement à franchir l’étape des salaires. Nous ne pouvons pas grandir avant notre temps, il faut de la patience et un plan d’affaire solide. »

D’ailleurs, dans la Ligue nationale de hockey féminin aux États-Unis (NWHL), on a tenté l’expérience. La NWHL, qui a vu le jour il y a un an, est devenue la première ligue de hockey féminin à payer ses athlètes avec des salaires de 15 000 à 26 000 $.

Il y a quelques semaines cependant, la ligue a été forcée de les couper de moitié. Son avenir semble donc incertain.

La commissaire de la Ligue canadienne n’a pas voulu commenter le dossier de sa rivale, mais elle rappelle qu’il faut être réaliste. Elle souligne les progrès constants réalisés de ce côté-ci de la frontière.

« Il y a 10 ans, si vous étiez venus à un match, il y avait à peu près 10 personnes, et c’était principalement des amis et de la famille des joueuses. Aujourd’hui, ce sont de 300 à 1000 partisans à chaque rencontre, peu importe l’endroit », soutient Mme Andress.

Le hockey féminin de plus en plus populaire

Sami Jo Small était la gardienne pour le Canada aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002. Elle est aujourd’hui la troisième réserviste des Furies de Toronto dans la LCHF.

« Moi, je n’ai jamais eu la chance de jouer avec des filles, rappelle Small. Ma première équipe de filles était une équipe olympique en 1998 (comme réserviste). Donc, le fait que les jeunes filles puissent voir qu’il y a une place pour elles, c’est incroyable! »

La gardienne de but est de celles qui ont mis sur pied la LCHF il y a 10 ans. Elle n’en revient pas des progrès accomplis depuis.

« Quand nous avons créé cette ligue au départ, tout ce que nous voulions, c’était d’avoir quelque part où jouer, un endroit pour affronter des équipes de calibre chaque week-end. Rien de plus, avance Sami Jo Small.

La commissaire Brenda Andress se souvient qu’à l’époque les joueuses s’occupaient de tout.

« C’était assez comique de voir les athlètes vendre les billets dans leur équipement avant les matchs, dit-elle. Certaines devaient arbitrer à tour de rôle, etc. Aujourd’hui, la ligue est solide et en pleine croissance. »

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