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Les chevaux de calèche ont-ils leur place en milieu urbain?

La chute d'un cheval de calèche dans le Vieux-Montréal relance le débat sur leur présence en ville. Le maire Denis Coderre veut avoir l'heure juste sur leur état de santé. Mais c'est insuffisant pour les défenseurs des animaux, qui réclament l'interdiction des calèches. L'industrie, elle, montre du doigt les nombreux chantiers de construction.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Mardi, vers 17 h 50, une jument peine à se relever après être tombée sur une plaque de métal installée sur la chaussée à l'intersection des rues Notre-Dame et Peel pour couvrir un trou dans une zone de travaux routiers. Une scène photographiée par Tara Schulz, qui a publié les clichés sur le groupe Facebook Anti-calèche defense coalition. Selon elle, l'animal a tenté de se relever à au moins cinq reprises.

« N'est-ce pas considéré comme de la cruauté envers les animaux? », a écrit Mme Schulz, déplorant la présence d'un cheval à une intersection passante, en pleine heure de pointe, alors que le mercure dépassait 34 degrés Celsius avec l'humidité. « J'en ai assez de ces calèches dans ma ville. »

Marilyn, la jument d'environ 17 ans qui est devenue malgré elle une vedette des réseaux sociaux, se porte bien bien, assure le propriétaire de Calèches Lucky Luc, Luc Desparois. « Elle est rackée, mais elle est correcte », a-t-il dit en entrevue à ICI Radio-Canada.ca. « Mais on l'a mise au repos quelques jours pour s'assurer qu'elle aille bien. »

Que faire avec les calèches? 

L'incident a apporté de l'eau au moulin de ceux qui réclament une interdiction des calèches, comme la SPCA. « Ça démontre que la place des chevaux n'est pas en plein centre-ville », s'insurge la directrice de défense des animaux du chapitre montréalais de l'organisme, Alanna Devine.

Températures extrêmes, circulation dense, inhalation de gaz d'échappement, bruits impromptus, surface dure, longues heures de travail, charges lourdes, la liste des arguments qu'elle avance est fournie. Il s'agit selon elle d'une pratique dangereuse non seulement pour les chevaux eux-mêmes, mais aussi pour les passagers des calèches et pour les piétons.

Le groupe Facebook Anti-calèche defense coalition a pour sa part invité les internautes à signer la pétition en ligne lancée il y a trois ans.

Trop de chantiers, selon l'industrie

Le problème est ailleurs aux yeux de M. Desparois, qui dénonce la prolifération des plaques de métal sur les itinéraires empruntés par les calèches, une surface glissante sous leurs sabots.« C'est l'enfer dans le Vieux-Montréal à cause de la construction, des développements de condos partout, des grues qui bloquent le chemin. Mais le pire, c'est que tout cela vient souvent comme une surprise, car on n'est jamais avisé. »

L'industrie est prête à fournir elle-même du matériel en caoutchouc antidérapant pour recouvrir les plaques de métal, dit-il.

M. Desparois, qui est aussi président de l'Association des hommes et femmes à chevaux de Montréal, convient que l'inexpérience de la cochère n'a probablement pas aidé, mais dément que l'incident puisse traduire une mauvaise santé des chevaux. « C'est dommage que les groupes anticalèches, qui ne connaissent pas les chevaux, salissent l'industrie », déplore-t-il.

Ces chevaux ont « une belle vie », soutient-il. « Il y a toujours quelqu'un qui s'occupe d'eux, ils ont une bonne relation avec les cochers, ils font de l'exercice régulièrement et ils ont la meilleure nourriture sur le marché », affirme-t-il.

« Selon les experts, un cheval a besoin de courir, d'être dans des pâturages et non d'être en pleine circulation, puis d'être attaché dans une stalle trop petite », rétorque Mme Devine, de la SPCA. Même si un cheval est en bonne santé physique, cela ne signifie pas qu'il soit en bonne santé psychologique, ajoute-t-elle.

Le maire veut être rassuré sur la santé des chevaux

Le maire Coderre a réagi sur Twitter en après-midi, réclamant un bilan de santé exhaustif des chevaux.

La présidente de l'Association de protection du patrimoine équin en milieu urbain, Josée Lapointe, affirme de son côté que la santé des chevaux de calèche est déjà bien surveillée à Montréal.

Une situation confirmée par l'arrondissement de Ville-Marie, qui inclut le Vieux-Montréal, où circulent la grande majorité des calèches. Au cours des dernières années, l'arrondissement a resserré l'encadrement de ces activités et constaté une « nette amélioration » depuis 2013.

« Les calèches sont inspectées sur une base bimensuelle et elles peuvent l'être en tout temps par nos inspecteurs », précise un porte-parole de la Ville, Jacques-Alain Lavallée. Pour obtenir un permis, un exploitant de calèche doit prouver, par l'attestation d'un vétérinaire, que ses chevaux sont en santé.

La prochaine certification vétérinaire, une procédure bisannuelle, se sera début août, précise Mme Lapointe de l'Association de protection du patrimoine équin.

La Ville ajoute que plusieurs autres exigences, concernant par exemple l'alimentation, le temps de repos, l'accès à l'eau potable ou la durée quotidienne maximale de l'utilisation des chevaux, soit 9 heures, doivent être respectées, sans quoi « la police ou les inspecteurs de l'arrondissement ont le pouvoir de le retirer de la circulation sur-le-champ ».

En outre, un propriétaire de calèche ne peut pas atteler son cheval lorsque les températures atteignent 30 degrés Celsius, sans compter le facteur humidex, entre 9 h et 18 h.

Le rapport réclamé par le maire sera préparé « à partir des inspections réalisées régulièrement », précise M. Lavallée. « La responsabilité de vérifier l'état des chevaux est déjà assumée par Ville-Marie, qui fera tout simplement rapport au maire », ce qui n'entraînera donc pas de coûts supplémentaires.

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