Les clubs sociaux, qui ont foisonné au Canada dans les années 60 et 70, connaissent un fort ralentissement depuis les dernières années. Plusieurs peinent à combler les départs de leurs membres, dont le nombre est en baisse. Des clubs qui existent depuis plus de 100 ans pourraient ne pas survivre jusqu'en 2030.

Un texte de Francis Labbé

« Il y a 25 ans, il y avait environ 120 000 membres à travers le Québec. Ces dernières années, nous sommes à la baisse. Nous sommes environs 90 000 membres », affirme Daniel Des Coeurs, membre des Chevaliers de Colomb de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Les clubs sociaux, comme les Chevaliers de Colomb, les Kinsmen, Richelieu, Optimistes, Rotary, Lions, Moose, Filles d'Isabelle, Cercles de fermières et autres, ont perdu beaucoup de membres au fil des ans.

Le Club Kinsmen, par exemple, compterait en ce moment environ 6500 membres au Canada, alors qu'on en comptait plus de 25 000 il y a 40 ans. Certains clubs, comme Rotary ou Richelieu, doivent fermer des unités locales ou les regrouper pour maintenir une présence sur le territoire.

« Dans les années 90, nous comptions au Québec environ 80 000 membres. Aujourd'hui, il n'en reste que 15 000 à 17 000 », affirme pour sa part Jean-Guy Lajeunesse, président sortant du Club Optimiste de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Un club qui ne compte aujourd'hui qu'une vingtaine de membres.

À l'ère de l'individualisme

« Ces clubs ont perdu de leur substance », explique Diane Pacom, professeure titulaire à la Faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa. « Auparavant, les gens s'y réunissaient pour socialiser ou entretenir leur réseau professionnel. Ils avaient une fonction très puissante. »

« Mais aujourd'hui, à l'heure de l'individualisme, ces clubs ont été vidés de leur sens premier. Nous ne vivons plus dans les mêmes villes, nous nous déplaçons tout le temps, et avec Internet, nous pouvons socialiser dans des clubs virtuels composés de gens qui nous ressemblent et qui se trouvent partout sur la planète. »

« Aujourd'hui, un jeune couple, avec deux enfants, les deux travaillent, courent à gauche et à droite... à la fin de la journée, ils mettent la tête sur l'oreiller. Leur vie personnelle ne leur permet plus de s'impliquer autant dans le bénévolat », ajoute Daniel Des Coeurs, des Chevaliers de Colomb.

Autrefois, notre cause, c'était la veuve et l'orphelin. Aujourd'hui, c'est la famille monoparentale et les enfants qui y vivent et qui sont dans le besoin.

Daniel Des Coeurs, des Chevaliers de Colomb

Le renouvellement

Certains clubs parviennent malgré tout à survivre, et même, dans certains cas, à augmenter le nombre de leurs membres. « La clé, ce sont les activités que nous organisons », explique Martin Hensen, secrétaire du Club Lions de Deux-Montagnes. « Les gens voient ce que nous faisons et parfois viennent nous voir pour nous dire qu'ils veulent se joindre à nous. »

Le Club Lions de Deux-Montagnes compte une grande proportion de membres anglophones et tente d'attirer des membres francophones. « Certains de nos membres sont réticents à parler français, explique M. Hansen. Certains francophones sont devenus membres, mais sont repartis pour cette raison. Nous tentons de modifier cette réalité. »

Souvent, il y a trop de chefs et pas suffisamment d'Indiens. Le truc, c'est d'être visible et de donner un rôle à nos nouveaux membres, pour qu'ils se sentent valorisés.

Martin Hensen, secrétaire du Club Lions de Deux-Montagnes

Pour plusieurs observateurs, les clubs sociaux qui survivront sont ceux qui sont associés à des causes précises, à une religion ou à un groupe précis, tels les gens d'affaires. « Il faut trouver de nouvelles façons de se faire voir, de se faire connaître. Neuf fois sur dix, c'est le bouche-à-oreille. »

« Il arrive que des gens veulent venir faire du bénévolat dans le cadre de notre guignolée, par exemple. Une fois qu'ils sont impliqués, aussi bien devenir Chevalier », poursuit Daniel Des Coeurs.

« Les clubs qui survivront le mieux sont ceux qui sauront identifier des gens qui collent exactement avec leur profil social », ajoute la professeure Diane Pacom.

De jeunes membres

Malgré tout, certains clubs sociaux parviennent à attirer de jeunes membres. Le Club Optimiste de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, par exemple, mise sur un jeune président. Olivier Émond a 34 ans. « Je suis entré par ma passion, la pêche, explique-t-il. J'ai organisé des tournois de pêche et, ensuite, on m'a demandé de devenir président. J'ai accepté », explique M. Émond.

« Mais pour attirer des membres plus jeunes, il faudra changer certaines mentalités des membres plus âgés. La moyenne d'âge est d'environ 55 ans. L'ancienne façon de faire est un peu révolue. Dans la vie d'aujourd'hui, c'est difficile d'attirer des jeunes si on leur demande 5, 10 ou 20 heures de bénévolat par semaine. »

Selon M. Émond, une bonne façon d'attirer des plus jeunes, ce serait de leur permettre de faire du bénévolat sans nécessairement devenir membre de façon aussi formelle qu'on l'entendait par le passé.

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