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Les compagnies aériennes à rabais courtisent le Canada

Les transporteurs aériens à faibles coûts, déjà très populaires en Europe et aux États-Unis, tentent de se faire une place au Canada. Mais les prix alléchants sont souvent aux dépens d'autres services et la bataille est rude pour pénétrer un marché déjà occupé par des compagnies bien établies.

Depuis quelques années, Montréal accueille ces compagnies « à bas prix », comme Interjet, qui offre aux voyageurs québécois des destinations vers le Mexique; WOW Air, qui assure des vols sans escale vers l'Islande; ou bien Level-France, qui proposera des vols Montréal-Paris Orly à raison de trois vols hebdomadaires dès juillet.

« Ce qu’on voit depuis les dernières années, c’est qu’il y a un fort développement de ces compagnies à faible coût et c’est rassurant pour les consommateurs canadiens », souligne Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal.

L'arrivée de ces nouveaux joueurs est liée à la réforme du ministre des Finances, Bill Morneau, « qui a notamment augmenté les investissements étrangers qu’on peut faire dans les compagnies canadiennes », explique-t-il.

« L’arrivée significative d’investissements étrangers a facilité le développement des compagnies aériennes », poursuit-il.

C'est pourquoi les voyageurs voient de plus en plus de ces offres à rabais, note de son côté Sylvain Sénécal, professeur en marketing à HEC Montréal.

Ce qui ne manque pas de leur déplaire. « Les prix sont très concurrentiels », lance une dame croisée à l'Aéroport Montréal-Trudeau, qui a l’habitude de se rendre au Mexique.

Moins de services

Une autre cliente affirme avoir payé environ 500 $ pour un billet aller-retour. Mais il faut voyager léger parce qu’il faut payer les bagages et se contenter de « cacahuètes et d'une boisson » pour un vol de quelques heures, raconte-t-elle.

M. Sénécal explique que les coûts moindres peuvent se traduire par des services dans des aéroports secondaires loin de la destination voulue.

Les effets se font aussi sentir sur les repas à bord, qui sont plus rares, voire inexistants, et se traduisent souvent par des frais pour les bagages supplémentaires.

Pour Sylvain Sénécal, « la densité de la population moindre et les espaces très grands » rendent le Canada moins propice à l'expansion de ce genre de compagnies.

« Les compagnies à rabais vont ouvrir des corridors, qui sont populaires, et les autres corridors ne les intéresseront pas parce qu’il n’y a pas [autant de demande] », explique-t-il.

Il serait étonnant, selon lui, que ces compagnies s’intéressent à des vols comme Montréal/Sept-Îles.

La riposte des transporteurs bien établis

La baisse des prix des billets d'avion observée au cours des dernières années coïncide avec l’arrivée massive de ces nouveaux joueurs, note M. Moreau.

« On voit que ça a un impact sur les gros joueurs, et ultimement sur les prix », note-t-il.

Sylvain Sénécal rappelle qu’il y a déjà eu d'autres tentatives d'implanter un service de transporteur aérien à faible coût par le passé. « Elles n’ont pas toutes été fructueuses », souligne-t-il.

Les grands de l'industrie ne se laisseront pas faire. Westjet entend lancer SWOOP, son nouveau service à très bas prix. De son côté, Air Canada compte augmenter la flotte de son transporteur Rouge.

Selon Alexandre Moreau, il ne fait pas de doute : « on va avoir une guerre des prix ».

« Les transporteurs bien établis vont se défendre. Chacun a déjà une marque ou une sous-marque à rabais. Et c’est là que ça va se jouer », prévoit Sylvain Sénécal.

D'après le reportage de Maxime Bertrand

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