Le quart-arrière des Alouettes de Montréal Darian Durant est encore relativement méconnu de la part des supporteurs de l'équipe. Il s'est livré à Douglas Gelevan lors d'une entrevue en profondeur.

Q : Apprécies-tu l’anonymat dont tu jouis à Montréal?

R : Ça se passe bien. En vivant en Saskatchewan parmi les partisans sur une base quotidienne, tu deviens habitué au phénomène et tu ne sais pas comment ça se passe dans d’autres villes. Mais quand je suis arrivé ici, je pouvais marcher, être moi-même, faire mon épicerie ou aller magasiner. Je mettais mes écouteurs et j’étais dans ma bulle. C’est différent. J’aimais être en Saskatchewan, mais d’être libre et de faire tout ce que j’ai envie de faire au moment où j’en ai envie, c’est formidable.

Q : Y a-t-il quelque chose qui t’a surpris en arrivant à Montréal?

R : Quand je venais jouer ici, je savais que les amateurs étaient bruyants et passionnés, mais je ne savais pas à quel point. Quand je suis arrivé à Sherbrooke pour le camp d'entraînement et que j’ai vu les partisans des Alouettes sur place, je me suis réjoui de voir que même si Montréal était une grande ville avec des millions d’habitants, il y a des personnes qui aiment leur équipe. Je n’en avais pas conscience parce que j’étais dans un milieu où le microscope était braqué sur moi et que les supporteurs étaient partout autour de moi. De constater qu’il y a de bons partisans ici m’a beaucoup plu.

Q : Comment s’est passée ton arrivée des États-Unis au Canada?

R : En arrivant en Saskatchewan, je me suis senti un peu comme à la maison parce que j’ai grandi en Caroline du Sud où il y a beaucoup de terres agricoles, comme à Saskatoon, qui n’est pas une grande ville et où il n’y a pas beaucoup de gros immeubles. Mais à Montréal, je vis au centre-ville et je n’ai pas besoin d’automobile, tout est accessible en marchant ou via le métro. Je suis bien jusqu’ici.

Q : Aimes-tu la vie en ville où préfères-tu la campagne?

R : J’aime de plus en plus la ville. Depuis toujours, je n’ai connu que la campagne, mais je suis à Montréal depuis environ un mois et je m’ajuste bien à la vie urbaine.

Q : Dans une entrevue récente, tu as dit que tu étais né pour être un leader… De qui as-tu hérité ces qualités?

R : Ça vient de mon père. Il était l’aîné de sa famille, il aidait financièrement ses frères et sœurs s’ils en avaient besoin. Il était le pilier, celui vers qui ils se tournaient pour se faire reconduire quelque part ou pour une réparation quelconque. Il prenait soin de tout le monde. Le voir agir ainsi en grandissant, j’ai pu comprendre, surtout en vieillissant, son rôle et j’ai emprunté le même chemin. Étant un quart-arrière depuis ma tendre enfance, tu dois toujours être le meneur, les gars se fient sur toi. J’aime ça. C’est un trait de caractère avec lequel je suis né, mais j’ai appris de mon père.

Q : Tu as un frère plus vieux qui a joué au football et un plus jeune qui joue aussi. En étant dans le milieu, comment est-ce que cela a façonné l’homme que tu es devenu?

R : Mon aîné (Keyshawn) a fait quelques erreurs dans son parcours même s’il a bénéficié d’une bourse universitaire. Ses erreurs la lui ont fait perdre, alors ç’a été instructif pour moi, aussi triste que ce soit. J’ai appris ce qu’il ne fallait pas faire pour connaître du succès et jouer du football de haut niveau. J’ai ensuite enseigné à mon cadet (Justin) ce qu’il devait faire pour réussir parce qu’il était encore à l’université quand je suis devenu professionnel. Je voulais lui montrer le chemin à emprunter et il a joué à un plus haut niveau que moi, donc il a bien absorbé la leçon. C’est pourquoi il est dans la NFL depuis 10 ans.

Q : Te retrouver entre tes deux frères et devenir un leader cela a dû être formidable…

R : Certainement. Quand tu es dans une famille de football, le football est toute ta vie, c’est tout ce dont tu parles à la maison. J’ai profité des connaissances de mon aîné et j’ai acquis beaucoup de savoir qui m’est encore utile aujourd’hui avec mes coéquipiers et mes entraîneurs. J’apprends tous les jours, c’est la beauté de faire la connaissance de nouvelles personnes et une nouvelle organisation. J’apprends comment devenir un leader différent ici, moins par la parole que par l’exemple.

Q : Quel a été le rôle d’Anthony Calvillo dans cette transition? Il était un leader plus silencieux que tu ne l’es…

R : Oui, nous sommes tous différents. Ce qu’il m’enseigne c’est comment étudier des films, comment disséquer les défenses ennemies et comment analyser les couvertures. J’emprunte ces notions et je les partage pendant les réunions avec les gars pour ainsi jouer mon rôle de leader. Même s’il n’était pas enflammé sur le terrain, qu’il ne parlait pas beaucoup, je suis sûr que derrière des portes closes il était plus loquace avec ses coéquipiers.

Q : Un chroniqueur en Saskatchewan a écrit que ton carburant était de faire mentir tes détracteurs. Comment c’est devenu un outil efficace pour toi?

R : C’est venu avec cette ère des médias sociaux, et que les partisans ont donc accès aux joueurs. Quand tu es en Saskatchewan, peu importe ce qui est dit dans la communauté, les médias vont le rapporter aux joueurs. Quand les gens doutent de toi et qu’ils pensent que tu n’es pas assez bon pour mener leur équipe ou pour devenir un champion, j’utilise ça comme carburant. Nous, les athlètes, utilisons certaines choses pour nous motiver et j’aime prouver à mes détracteurs qu’ils se trompent. J’aime leur montrer que j’ai ce qu’il faut. Je ne sais pas ce que j’ai en dedans de moi qui me fait carburer comme ça, mais j’aime leur prouver qu’ils ont tort. Ça en prend beaucoup pour qu’un inconnu contacte quelqu’un qu’il n’a jamais rencontré afin de l’insulter et lui dire qu’il est sujet aux blessures ou qu’il ne peut pas gagner. Selon moi, il faut qu’une personne soit folle pour agir ainsi et je veux prouver à cette folle personne qu’elle n’a pas raison.

Q : Tu as développé ça pendant ton séjour en Saskatchewan, à l’époque où tu étais à l’école secondaire ou quand tu as tenté de percer dans la NFL?

R : À l’école secondaire. J’ai un tatouage sur mon bras qui dit que contre toute attente, je vais briller. C’est né du fait que je ne suis qu’un quart-arrière de 5 pi 11 po (1,80 m). Quand j’ai obtenu mon diplôme, ce sont les quarts de 6 pi 4 po (1,93 m) ou 6 pi 5 po (1,96 m) et 230 lb (104,3 kg) qui attiraient toute l’attention. Je voulais prouver aux recruteurs et aux dépisteurs, qui croient connaître le football, qu’ils se trompaient, qu’un quart de moins de 6 pi (1,83 m) peut connaître du succès à un haut niveau. Et je carbure encore avec ça.

Q : Tu as eu quelques blessures au cours de ta carrière et les blessures sont souvent des moments déterminants pour les joueurs, selon la manière dont ils réagissent. Ton frère a subi une blessure à un genou qui a pratiquement mis fin à sa carrière. En as-tu parlé avec lui quand tu as toi-même été blessé? Comment as-tu vécu ces situations?

R : Bien sûr, j’en ai parlé avec mon frère, de ce qu’il vivait et de son état mental, entre autres. Mais sa situation était totalement différente de la mienne. Je me suis ainsi davantage tourné vers des gars comme Rob Bagg ou d’autres coéquipiers qui ont dû surmonter des blessures dévastatrices. Je me suis fié sur eux durant ma rééducation pour voir ce que j’avais besoin de faire pour revenir et être meilleur qu’auparavant. En fin de compte, ma famille a toujours été mon meilleur soutien et elle m’a toujours appuyé en dépit de tout. Mais quand tu traverses de telles épreuves, le doute traverse assurément ton esprit.

Q : Tu peux me parler de ton surnom, Double D?

R : C’est Tommy Condell, le coordonnateur offensif à ma saison recrue en Saskatchewan, qui a commencé ça. J’imagine qu’il ne voulait pas m’appeler Darian ou Durant. Alors il m’a appelé Double D et, depuis, c’est resté. Mais certains gars préfèrent m’appeler Doubs. Ç’a commencé en 2006 et c’est avec moi depuis. Tout le monde dans le vestiaire a un surnom.

Q : Pourquoi est-ce ainsi?

R : C’est plus facile et je crois que c’est la culture du sport. Tu cherches le nom à donner à quelqu’un, qu’il puisse reconnaître tout de suite et qui lui sied bien.

Q : C’est comme un témoignage de la personnalité d’une façon.

R : Oui, parfois le surnom n’est pas inspiré du nom d’un joueur. Ça peut venir de son apparence ou d’une ressemblance avec quelqu’un. C’est la beauté de la chose. Quand tu rassembles 60 ou 70 personnalités différentes, tu vas trouver quelqu’un de comique qui aime donner des surnoms.

Q : Comment devient-on un bon rassembleur?

R : Je pense que tu dois avant tout être toi-même, être authentique. Tu ne veux pas être perçu comme quelqu’un de prétentieux. Et tu dois apprendre comment parler à tes coéquipiers. Certains sont plus stimulés par des gestes, et d’autres vont davantage réagir à des encouragements vocaux. Tu dois apprendre comment les gars réagissent à certaines critiques ou certains éloges pour mieux communiquer avec eux.

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