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Les demandeurs d'asile seraient-ils vraiment en danger s'ils retournaient en Haïti?

Bon nombre de demandeurs d'asile d'origine haïtienne qui arrivent à Montréal affirment qu'ils ont peur de retourner dans leur pays et qu'ils craignent pour leur vie. Pourtant, la sécurité s'est améliorée en Haïti.

Un texte de Philippe Leblanc, envoyé spécial à Haïti

Dans son jardin tranquille de Delmas, près de Port-au-Prince, d'où il dirige la firme de sécurité Alerte Haïti, Réginald Delva note le chemin parcouru par son pays pour enrayer la vague d'enlèvements qui l'a secoué dans les années 2000. Il s'est toujours intéressé aux questions de sécurité et a été secrétaire d'État à la Sécurité publique ainsi que ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Michel Martelly.

« La situation sécuritaire qu'on a connue dans les années 2000 n'est pas ce qu'elle est aujourd'hui, affirme-t-il. Nous n'avons pas une situation d'attaques indiscriminées comme on a vu en 2004 qui étaient menées en pleine rue, en plein jour, parfois sous le regard éteint de parents et d'amis prêts à courir pour sauver leur peau. »

La vague d'enlèvements aurait incité un certain nombre d'Haïtiens à quitter le pays à cette époque et motivé le retrait d'investisseurs étrangers.

« Je crois que cette question de kidnappings a fait peur à plusieurs investisseurs de ce pays puisqu'on demandait de grandes rançons variant entre 500 000 $ et 2 000 000 $ », affirme le président du Sénat haïtien, Youri Latortue.

Mais la situation s'est améliorée peu à peu depuis l'arrivée des soldats de la MINUSTAH, la mission de l'ONU en Haïti, en 2004.

Des demandeurs d'asile fiables?

La semaine dernière, l'institut américain de sondages Gallup dévoilait son classement annuel de la sécurité dans le monde et Haïti faisait meilleure figure que la République dominicaine et l'Argentine.

Réginald Delva affirme que certains demandeurs d'asile d'origine haïtienne arrivés au Canada ont raison d'avoir peur pour leur sécurité. Certains ont pu être des dénonciateurs de criminels dangereux dans un pays où la protection des témoins n'existe pas. D'autres ont pu être menacés pour des raisons politiques.

Mais il recommande la prudence. Selon lui, des demandeurs d'asile invoquent des questions de sécurité pour profiter de l'accueil canadien.

« Je peux comprendre l'opportunité qui est offerte aux gens qui veulent entrer au Canada, mais je ne serais pas tenté de dire qu'ils sont en train de fuir une situation sécuritaire intolérable », ajoute-t-il.

La mission onusienne en Haïti doit se terminer à la mi-octobre. Déjà, le retrait des soldats a commencé et alimente certaines craintes d'un retour au banditisme.

Réginald Delva appelle à la mise en place d'une armée nationale, mais ajoute que la police nationale est mieux formée et mieux outillée qu'à l'arrivée de l'ONU. « Quand même, ça va être un test pour la police nationale, après 13 ans, de voir si on peut prendre en main la situation sécuritaire. »

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