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Les dessous de l'enquête sur un couple montréalais accusé de terrorisme

Ingrédients pour fabriquer une bombe, fréquentation de la mosquée d'Adil Charkaoui, dossier à La Ronde : le tribunal a levé le voile sur des documents qui révèlent les détails de l'enquête policière au sujet de Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali, le jeune couple de Montréalais arrêté en avril 2015 et accusé de terrorisme.

Un texte de Geneviève Garon

À 20 ans, Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali sont derrière les barreaux depuis près de 2 ans, en attente de leur procès pour avoir tenté de quitter le Canada en vue de commettre un acte terroriste à l'étranger et de possession d'une substance explosive, notamment.

Ils plaident non coupables aux quatre chefs d'accusation qui pèsent contre eux.

La police croit qu'ils étaient aussi prêts à commettre un acte contre la sécurité nationale en sol canadien.

Quelques jours avant leur arrestation, le 14 avril 2015, des soeurs de Sabrine Djermane ont communiqué avec des enquêteurs de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Elles croyaient que Sabrine s'était radicalisée et qu'elle pourrait se rendre en Syrie.

L'étudiante en soins infirmiers avait récemment quitté la résidence de ses parents après s'être chicanée au sujet de son projet de mariage avec son petit ami, El Mahdi Jamali.

Une amie de la jeune femme a confié aux policiers que Sabrine ne sortait plus, qu'elle mentait et manipulait son entourage. Elle aurait vécu au-dessus de ses moyens avec El Mahdi Jamali dans un appartement qui leur coûtait 1100 $ par mois.

Sabrine aurait dépensé une fortune en vêtements, télévision et ordinateur, alors qu'El Mahdi ne travaillait pas.

C'est l'une des nombreuses informations révélées dans la trentaine de dénonciations rédigées par la GRC pour obtenir des mandats de perquisition, en 2015, à la suite de l'arrestation des deux jeunes.

Jeudi, le juge Marc David de la Cour supérieure a levé en partie l'ordonnance de non-publication qui empêchait la diffusion de ces informations. Il est à noter que toutes les allégations des enquêteurs n'ont pas encore été prouvées en cour.

« Des éléments clés afin de construire un explosif improvisé »

Des expertises menées dans le casier partagé par le jeune couple au Collège de Maisonneuve avaient d'abord décelé des traces d'explosifs. Toutefois, ces tests se seraient révélés erronés.

L'avocat d'El Mahdi Jamali, Me Tiago Murias, affirme que cela ne fait pas partie de la preuve contre les Cégépiens: « Il ne sont pas accusés en lien avec des perquisitions menées au Collège de Maisonneuve ».

Une perquisition chez Sabrine Djermane aurait cependant permis la découverte d'un cartable contenant une recette pour fabriquer une bombe avec un autocuiseur.

Au domicile des parents d'El Mahdi Jamali, les policiers auraient aussi saisi un sac du Dollarama contenant un rouleau de ruban adhésif, deux piles de 9 volts, quatre piles AA, une boîte de clous, un tube de colle et une facture du magasin.

Selon la police, le reçu « comporte des éléments clés afin de construire un explosif improvisé, tels que des allumettes de bois et une horloge ».

Le couple aurait fréquenté la mosquée d'Adil Charkaoui

Un des témoins interrogés par la police aurait confié que le profil Facebook d'El Mahdi Jamali contenait une photo d'un drapeau djihadiste ainsi que des vidéos incitant à prendre part à la cause en Syrie.

La police affirme aussi y avoir découvert des publications au sujet d'« islamophobes », de « traîtres » et de « séminaires et conférences au Centre communautaire islamique Assahaba ». La GRC note que cet établissement est géré par Adil Charkaoui, le président du Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal. Selon une soeur de Sabrine, le couple a fréquenté le Centre communautaire Assahaba.

La soeur soutient qu'El Mahdi lui a envoyé une vidéo contenant de la propagande djihadiste d'Oussama ben Laden, entre autres.

La GRC a fait une demande à Facebook afin d'obtenir l'historique de la présence des deux jeunes sur le réseau social, leurs publications, contacts et tous les messages reçus et envoyés.

Des informations dans son dossier d'employée à La Ronde?

La GRC a appris que Sabrine Djermane aurait déjà travaillé à La Ronde, tout comme une de ses présumées amies, Shayma Senouci. Cette dernière est soupçonnée d'avoir quitté le Canada le 16 janvier 2015 pour se rendre en Syrie.

Un employé de La Ronde a fait savoir aux enquêteurs qu'il existait un dossier d'employée pour Sabrine, et qu'ils auraient peut-être intérêt à mettre la main dessus. « Les informations se retrouvant dans le dossier pourraient peut-être aider à l'enquête », aurait-il affirmé.

La police a donc fait une demande formelle auprès de La Ronde afin d'obtenir le dossier d'employée, les avis disciplinaires ou suspension (s'il y en a), les références, etc.

Les jeunes auraient été sur le point de quitter le Canada

La GRC dit avoir reçu une information anonyme selon laquelle Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali avaient l'intention de quitter le Canada le 2 mai 2015.

Trois jours après leur arrestation, la GRC a donc demandé à la compagnie Air Canada qu'elle fournisse toute l'information au sujet du possible achat de billets.

La police a également demandé à l'entreprise Flight Hub de lui fournir tout itinéraire qui aurait été prévu par les deux jeunes.

« Considérant que l'aspect monétaire est un élément important pour faciliter une activité terroriste, en l'occurrence par l'achat d'équipement et/ou financement de voyages », la GRC a aussi fait appel aux institutions financières du couple pour obtenir les relevés de leurs comptes bancaires et cartes.

De même, la police s'est intéressée aux appels entrants et sortants, messages textes et contacts contenus dans leurs cellulaires.

Les enquêteurs ont aussi demandé des mandats de perquisition afin de fouiller les véhicules de leurs parents.

Procès devant jury cet automne

Dans la plupart des cas, on ignore encore le résultat de ces perquisitions.

Les révélations devraient être faites lors du procès prévu en septembre prochain au palais de justice de Montréal.

Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali ont l'intention de se défendre des accusations qui pèsent contre eux.

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