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Les droits des détenues à Leclerc sont bafoués, dénoncent des groupes sociaux

La Ligue des droits et libertés et la Fédération des femmes du Québec (FFQ) dénoncent les conditions de vie des femmes détenues à l'Établissement de détention Leclerc. En réponse, le bureau du ministre de la Sécurité publique confirme que des changements importants seront apportés en juin, dans cette prison lavalloise.

Réunis jeudi matin devant le palais de justice de Montréal, où se trouve le bureau de Martin Coiteux, des représentants de groupes sociaux ont réclamé une action rapide de la part du ministre de la Sécurité publique.

En après-midi, le bureau de Martin Coiteux a fait savoir que les hommes, actuellement détenus à Leclerc, seront transférés en juin dans trois autres établissements. Quant aux femmes, l'attachée de presse du ministre a dit, sans autres précisions, que des scénarios d'infrastructures seront élaborés pour elles.

Les femmes détenues avaient été transférées en février 2016 de la prison de Tanguay à l'Établissement Leclerc.

Et, depuis un an, des problèmes persistent. À commencer par la mixité hommes-femmes qui crée des situations difficiles pour les femmes détenues à Leclerc, selon Lucie Lemonde de la Ligue des droits et libertés (LDL).

« Les hommes crient toutes sortes d'affaires aux femmes quand elles passent, par exemple, pour aller aux libérations conditionnelles ou ailleurs », a-t-elle expliqué en entrevue à ICI RDI.

Du personnel insuffisamment qualifié, dit la LDL

De plus, pour éviter que les clientèles masculine et féminine ne se croisent trop souvent, la direction de l'établissement limite « leur liberté résiduelle », comme l'explique Mme Lemonde : « Donc, plus d'heures en cellule, des déplacements toujours accompagnés de gardes, etc. ».

Mme Lemonde déplore aussi que les agents correctionnels de l'Établissement Leclerc n'aient eu que trois heures de formation pour comprendre les besoins spécifiques des femmes détenues. Et encore, dit-elle, « le programme portait sur « la civilité, paraît-il, donc [les] appeler Madame et être plus poli ».

Des femmes qui « ne sont pas dangereuses » - Lucie Lemonde

Or les femmes qui vivent dans cet établissement de détention à sécurité quasi maximale sont différentes des hommes, explique la représentante de la Ligue des droits et libertés, en ce sens qu'une bonne partie d'entre elles y sont incarcérées pour des délits mineurs, liés à leur survie ». « Elles ne sont pas dangereuses », affirme Lucie Lemonde, qui précise que ces détenues ont, en majorité, subi de la violence sexuelle, physique ou encore psychologique dans leur vie.

L'environnement de Leclerc n'est pas approprié pour cette clientèle, disent les groupes qui se portent à la défense des détenues. Il s'agit d'un ancien pénitencier qu'Ottawa avait vendu à Québec en 2013 parce qu'il le trouvait trop vétuste. On y trouve des miradors, des barbelés, des sas et de petits couloirs, décrit Mme Lemonde, qui fait aussi état de la présence de moisissures, d'amiante et d'infiltration d'eau dans les toitures.

La ligue des droits et libertés et la Fédération des femmes du Québec affirment que les détenues ne doivent pas rester à Leclerc, trop austère et inutilement restrictif. Ces organismes invitent Québec à rénover la prison Tanguay ou encore à faire construire un centre de détention expressément pour les femmes.

Une mobilisation à la grandeur de la province

Des associations de partout au Québec - des centres de femmes, notamment - se sont mobilisées depuis un an pour améliorer le sort des détenues à l'Établissement Leclerc. Elles affirment que leur mobilisation a donné des résultats.

Notre mandat était clair : s’assurer que les droits des femmes détenues soient respectés et que les conditions de détention pour ces dernières assurent leur sécurité, santé psychologique et permettent des mesures de réhabilitation adéquate.

Mélanie Sarrazin, présidente de la FFQ

À la suite d'une rencontre tenue à l'été 2016 avec des représentants de ces groupes de pression, le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux a instauré un groupe de travail.

Par la suite, pour les détenues, « les principaux irritants de la vie quotidienne ont été réglés », se félicite Lucie Lemonde. Elles ont désormais accès à leurs effets personnels plus facilement, reçoivent des soins de santé et participent à des activités à la bibliothèque, entre autres exemples.

Mais les détenues à Leclerc subissent néanmoins les conséquences de « problèmes systémiques » sur lesquels Martin Coiteux doit se pencher sans tarder, plaident la FFQ et la LDL.

Le ministre Coiteux n'a pas commenté la situation jeudi.

Avec les informations de Karine Bastien et de Marc Verreault

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