Retour

Les entreprises d’Accurso auraient payé des centaines de milliers de dollars en ristournes

L'ingénieur à la retraite Roger Desbois, qui a récolté des ristournes pour l'ancien maire de Laval pendant six ans, a témoigné avoir reçu près de trois millions de dollars des entrepreneurs qui faisaient affaire avec la Ville. Le quart de cette somme aurait été remise par deux compagnies de Tony Accurso, qui subit un procès pour fraude et corruption au palais de justice.

Un texte de Geneviève Garon

« Moi, mon rôle était de collecter des entreprises qui obtenaient des contrats », a expliqué Roger Desbois, 80 ans, assis à la barre des témoins, jeudi.

Papier et crayon en mains, il a dressé presque sans hésitation la liste des 21 entreprises en construction qui trempaient dans la collusion, entre 2003 et 2009. L’ingénieur collectait une ristourne de 2 % sur la valeur des contrats truqués obtenus avec la Ville. Il estime avoir perçu au total environ 2,8 millions de dollars en argent comptant.

En tête de liste, Roger Desbois a inscrit les noms des deux compagnies de Tony Accurso, Louisbourg Construction et Simard Beaudry. Elles auraient fourni à elles seules « 25 % maximum » des ristournes perçues par l'ingénieur, soit environ 700 000 $. C'est le bras droit de Tony Accurso, Joe Molluso, qui aurait fait les paiements.

L’homme d’affaires Tony Accurso, 66 ans, est accusé d’avoir trempé dans un stratagème de partage de contrats à la Ville de Laval entre 1996 et 2010. Les entreprises impliquées dans la collusion auraient versé des ristournes au profit de l’ex-maire Gilles Vaillancourt, qui aurait été le maître d’œuvre de la fraude.

L'argent caché dans une voûte

Roger Desbois cachait l’argent comptant « dans une voûte » au sous-sol de son bureau. Il se fiait à une liste fournie par l'ancien directeur de l'ingénierie de la Ville, Claude Deguise, pour déterminer la ristourne que devait payer chaque entrepreneur, en fonction des contrats obtenus.

Lorsque Roger Desbois avait amassé quelques centaines de milliers de dollars, il donnait rendez-vous à un collecteur du parti de Gilles Vaillancourt, le PRO des Lavallois. Pierre Lambert a succédé à l’avocat Jean Bertrand, dans ces fonctions.

L'UPAC a semé l'inquiétude

« En 2009, avec l’UPAC [Unité permanente anticorruption] dans le portrait, les risques ont augmenté énormément », a déclaré Roger Desbois.

Il ne recevait plus le collecteur du maire dans son bureau, mais plutôt dans un stationnement. La dernière fois qu’il a remis de l’argent à M. Lambert, c’était dans une « rue tranquille » de crainte qu’il y ait une caméra dans le stationnement. « J’ai dit à Pierre que c’était terminé pour moi. Dans ma tête, le message se rendrait », a expliqué le témoin.

Roger Desbois a raconté être devenu collecteur à la demande de l'ancien directeur général de la Ville, Claude Asselin, afin de succéder à l'ingénieur Marc Gendron. Ce dernier a témoigné au cours du procès que Tony Accurso lui a remis une ristourne de 200 000 $ en argent comptant en 2002.

Le témoignage de Roger Desbois se poursuit vendredi.

Tony Accurso est accusé de fraude, corruption, abus de confiance et complot.

Plus d'articles