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Les ex-cégépiens ne sont pas des terroristes, plaide la défense

Rien ne démontre qu'El Mahdi Jamali appuyait l'idéologie violente du groupe armé État islamique (EI), au contraire, plaide son avocat, au palais de justice de Montréal. La défense tente de convaincre le jury que le jeune couple qui étudiait au Collège de Maisonneuve n'a jamais voulu commettre d'acte terroriste.

Un texte de Geneviève Garon

« El Mahdi Jamali pratique certainement sa religion. Mais il n'y a pas de preuve hors de tout doute raisonnable que ça va au-delà de ça », soutient Me Tiago Murias, l'avocat de l'accusé de 20 ans.

Selon la défense, jamais les Montréalais Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali n'ont eu l'intention de rejoindre le groupe armé État islamique ou de se procurer les ingrédients pour fabriquer une bombe. Comme les deux accusés n'ont pas témoigné ni présenté de défense dans le cadre du procès, les plaidoiries de leurs avocats sont l'occasion pour le jury d'obtenir des explications sur la preuve présentée par le ministère public.

De simples touristes

Si le couple s'est acheté des billets d'avion pour la Grèce, c'était bel et bien pour visiter Athènes, affirme Me Murias.

Aucune preuve ne démontre que les jeunes avaient un plan pour se rendre ensuite dans des territoires contrôlés par l'EI ou qu'ils étaient en contact avec un recruteur, selon lui. De plus, ils ont fait de nombreuses recherches en ligne sur des « destinations soleil », les attraits touristiques de la Grèce et les « langues parlées ».

Les accusés ne sont finalement jamais partis puisqu'ils ont été arrêtés le 14 avril 2015, deux semaines avant leur date de départ.

Ils planifiaient leur retour

Pourquoi s'acheter une garantie prolongée sur de l'ameublement si on s'en va combattre avec l'EI? C'est la question posée par Me Murias au jury.

Suivant la même logique, il souligne qu'El Mahdi a réglé sa facture de passage sur l'autoroute 25, peu de temps avant sa date de voyage. C'est l'attitude de quelqu'un qui planifiait de revenir à la maison après ses vacances, selon la défense.

Les accusés avaient 18 ans lorsqu'ils ont été arrêtés et manquaient de maturité, concède Me Murias. Partir sur un coup de tête pour un séjour de quelques jours en Grèce n'est peut-être pas la meilleure des décisions, mais c'est celle de deux jeunes qui ne sont pas toujours raisonnables, explique-t-il. Ils auraient espéré se marier et échapper aux tensions familiales.

Ils ont conservé des « preuves incriminantes »

Les accusés n'ont pas tenté de se débarrasser de la recette de bombe qu'ils avaient en leur possession ni des éléments qu'ils auraient supposément achetés pour la fabriquer. Pourtant, avant les perquisitions, ils savaient depuis quelques jours que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) les soupçonnait de terrorisme.

La recette de la bombe avait été laissée dans un cartable sur la table de chevet de leur condo fraîchement loué. « Si une personne avait vraiment voulu fabriquer une bombe avec les ingrédients, elle n'aurait pas laissé la recette pendant quatre jours dans la face de la police », insiste Me Murias.

Lors des perquisitions, la GRC a saisi des éléments de la recette comme un autocuiseur, des ampoules ou du papier sablé. Un sac du Dollarama contenant une facture et de nombreux éléments a aussi été découvert : allumettes, horloge, passoire, filtres à café... Des objets d'usage courant, soutient la défense, qui peuvent avoir servi pour un usage domestique et anodin.

Par ailleurs, Me Murias a tenté de soulever un doute dans l'esprit des jurés en rappelant qu'aucune preuve d'empreintes digitales ne leur a été présentée concernant certains des supposés ingrédients de la bombe : un cierge, du papier sablé et des lumières de Noël. La preuve selon lui que ces objets n'appartenaient pas aux accusés et avaient été laissés au condo par la propriétaire.

El Mahdi Jamali a consulté plusieurs articles, vidéos et documentaires en ligne qui dénoncent l'EI et incitent à ne pas le rejoindre, affirme Me Murias. « Il n'y a absolument rien dans la preuve qui démontre qu'El Mahdi Jamali endosse l'EI. » Dans des conversations sur Internet, il se serait souvent prononcé contre le terrorisme et se serait même intéressé à une vidéo qui représente « une démolition en règle des arguments de l'EI » selon son avocat.

Une preuve « à prendre dans son ensemble », selon la poursuite

Précédemment, la procureure fédérale Lyne Décarie avait plaidé pendant près de deux jours.

Elle a longuement insisté sur la recette de bombe recopiée à la main par El Mahdi Jamali, à partir d'une publication d'Al-Qaïda. Selon elle, il n'y a aucune raison de penser que les ingrédients retrouvés dans le condo n'appartenaient pas au couple.

Après avoir été rencontrés par la GRC, quelques jours avant leur arrestation, les deux jeunes auraient commencé à sentir la soupe chaude : c'est pourquoi ils auraient fait des démarches afin de quitter le Canada plus rapidement que prévu. Sabrine Djermane a fait des recherches sur Internet pour se procurer un billet aller simple vers l'Algérie, alors qu'El Mahdi Jamali s'intéressait aux voyages « sans visas ».

Me Décarie a détaillé toutes les vidéos, photos et recherches découvertes dans leurs appareils électroniques qui démontrent un intérêt marqué pour l'EI et l'islam radical, selon elle.

Conscients des risques, les jeunes auraient d'ailleurs tenté de dissimuler de la preuve, notamment en effaçant des données de leurs appareils, a-t-elle soutenu devant le jury.

Vers des délibérations

Tiego Murias va poursuivre sa plaidoirie mercredi. Par la suite, ce sera au tour de Charles Benmouyal, l'avocat de Sabrine Djermane, 21 ans, de plaider. Après avoir écouté les directives du juge Marc David, les onze jurés pourront entamer leurs délibérations.

Sabrine Djermane et El Mahdi Jamali sont accusés d'avoir voulu quitter le Canada en vue de commettre un acte terroriste à l'étranger, de possession de substances explosives et d'avoir commis un acte au profit ou sous la direction d'un groupe terroriste.

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