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Les gros dollars du sport électronique s'amènent au Canada

Samedi soir au Centre Bell, les Red Wings ont été malmenés par le Canadien. Dimanche, une fois la glace recouverte, les Wings ont triomphé.

Un texte d'Olivier Arbour-Masse

Ils s'appellent Wings Gaming et ne ressemblent ni de près ni de loin aux hockeyeurs de Détroit. Ils viennent de Chine, ne poussent aucune rondelle, mais manipulent le clavier et la souris mieux que quiconque au populaire jeu Dota 2, un jeu de guerre multijoueurs.

Devant quelque 2000 spectateurs, ils ont défait l'équipe canado-américaine NP - 9e au classement mondial - dans la première finale montréalaise de la toute nouvelle Northern Arena League.

Pour sa victoire, le quintette a empoché 50 000 dollars américains. Cela peut sembler important pour une compétition de jeux vidéo, mais il s'agit d'une bourse modeste. De l'argent de poche à côté des 20 millions distribués en août dernier à l'International de Seattle, la compétition la plus lucrative de l'histoire.

Le Canada intègre tout juste le circuit mondial des sports électroniques avec la création de la Northern Arena League, la première ligue organisée au pays.

« On veut créer une plateforme qui permet aux joueurs et aux organisations d'ici de fleurir, explique Carl Edwin Michel, cofondateur de la ligue.

« D'ici trois ou quatre ans, il y aura des structures claires, des ligues de sports électroniques définies à travers le monde. Nous souhaitons être la ligue canadienne. »

Profession : athlète électronique

L'intérêt pour la discipline est grand à Montréal et à Toronto, croit Stéphanie Harvey, joueuse professionnelle.

« Sur Twitch (NDLR : plateforme web de diffusion de compétitions de jeux vidéo), la plus grosse partie de mon public, c'est des Québécois. Il faut qu'on s'ouvre les yeux et qu'on embarque dans le train mondial », lance la spécialiste de Counter-Strike.

Miss Harvey, de son nom de joueuse, a réservé son siège dans ce train mondial. Elle se consacre à temps plein à sa discipline depuis deux ans. Et il ne s'agit pas seulement de pitonner du matin au soir.

Elle habite avec ses coéquipières à Los Angeles dans une maison qui fait également office de bureau. Une maison équipée d'une salle d'ordinateurs, évidemment.

« La maison est là pour rendre notre vie plus facile, explique-t-elle. On a un chef cuisinier, des thérapeutes, des entraîneurs, un gymnase super proche où l'entraîneur vient avec nous. »

Entraînement et drogue

Entraînements quotidiens, séance de visionnement des derniers matchs, entrevues avec les médias : le sport électronique a emprunté les codes des sports traditionnels.

Le parallèle est frappant. Jeudi, dans un hôtel haut de gamme de Montréal - les athlètes électroniques ne logent pas n'importe où -, les meilleures équipes de la planète s'entretenaient avec des médias tantôt généralistes, tantôt spécialisés.

On y discutait des nouveaux joueurs de l'équipe et de la compatibilité de leur style de jeu, des adversaires les plus redoutables, de la séquence difficile que l'équipe traverse. Il a même été question de dopage!

C'est que la plus grande ligue au monde, Electronic Sport League, fait désormais passer des tests de dépistage à ses joueurs. En 2015, l'un d'eux a affirmé que, pour augmenter leur acuité, tous utilisaient de l'Adderall, un médicament de prescription normalement utilisé contre le trouble du déficit de l'attention.

« On dort bien, on mange bien et on boit du café », lance Marco Pfeiffer, lorsque questionné à ce sujet.

Le Danois de 26 ans a mis sa maîtrise en finance sur pause cet été pour se concentrer pleinement sur sa carrière de Counter-Strike au sein de l'équipe Heroic.

« Physiquement et psychologiquement, c'est dur, reconnaît-il. En 40 jours, on va avoir fait Bucarest, Paris, Montréal, la Californie et Shanghai. »

« Mais on vit de notre passion. C'est une bonne vie. »

Et le salaire, bien qu'aucun joueur interviewé ce jour-là n'ait voulu dévoiler le sien, est alléchant.

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