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Les jeunes du CH et l’art d’être professeur 

BILLET - La non-participation du Canadien aux séries devrait favoriser les jeunes joueurs de l'organisation.

Le temps de glace au mérite n’existe plus. Même si les jeunes ne sont pas prêts ou aptes à jouer dans la LNH, ils y goûteront quand même.

La période d’évaluation est en place depuis un certain temps déjà, une audition prolongée quoi.

Ce scénario n’est pas nécessairement attendu chez une formation qui a du succès en route vers les séries, et qui souhaite se rendre jusqu'en finale de la Coupe Stanley.

Cependant, cette situation permet à une équipe de placer ses pions pour l’an prochain. Elle aide le directeur général à avoir une image plus claire de son effectif et à estimer le travail qu’il aura à accomplir durant l’été pour remettre son équipe sur les rails la saison suivante.

Dans un monde idéal, l’ajout d’un jeune joueur devrait toujours se faire dans un contexte gagnant et favorable pour son développement. Ce qui est loin d’être le cas ici chez le Canadien.

Plusieurs en profiteront et d’autres manqueront carrément le bateau. Ce qui me rappelle une situation que j'ai vécue avec le Lightning de Tampa Bay en 1993-1994, quand nous étions exclus des séries depuis un bail.

Un peu comme Marc Bergevin, notre DG Phil Esposito procédait à des rappels régulièrement de notre filiale des Knights d’Atlanta pour donner une audition à de jeunes joueurs. Tour à tour, Jim Cummins (anciennement des Red Wings de Détroit, pour 4 matchs), Eric Charron (ancien premier choix du Canadien de Montréal, pour 4 matchs), Cory Cross (pour 5 matchs) et Jason Ruff (repêché par les Blues de Saint Louis, pour 6 matchs) ont obtenu leur chance.

Tous ces jeunes hockeyeurs cherchaient à se tailler une place dans la LNH et n’auraient ordinairement jamais eu une chance dans la grande ligue. De ces joueurs, trois en avaient assez fait pour faire partie de notre formation l’année suivante. Seul Jason Ruff avait raté son audition.

Cette conjoncture a permis à Cory Cross - un joueur passé sous les radars des DG pendant plusieurs années - de connaître une carrière de 659 matchs dans la LNH. Même chose pour Jim Cummins (511 matchs) et Éric Charron, qui a connu une plus courte, mais non moins respectable carrière dans la ligue.

La grande différence entre les jeunes du CH cette année et ceux du Lightning de 1993-1994 concerne le soutien des professeurs à leurs côtés. Les Charron et Cross, en défense, pouvaient compter sur Marc Bergevin, Shawn Chambers, Chris Joseph et même sur le jeune Roman Hamrlik, déjà l’un des meilleurs à sa position à sa deuxième saison dans la LNH.

Jim Cummins, lui, pouvait avoir comme référence des gars comme Gérard Gallant, Denis Savard, John Tucker, et j’en passe. Tous d’excellents modèles de détermination.

Mike Reilly, Noah Juulsen, Brett Lernout et Rinat Valiev, eux, doivent se tourner vers Karl Alzner, Jeff Petry et Jordie Benn, qui jouent du hockey peu inspirant ces temps-ci.

Qu’aurait été Petr Svoboda sans Larry Robinson? Eric Desjardins sans Rick Green? Mathieu Schneider sans Chris Chelios ou Craig Ludwig?

C’est à se demander si les jeunes du CH rappelés en cette fin de saison prennent vraiment de l’expérience ou s’ils s’enlisent, eux aussi, dans le désespoir et le manque de confiance.

La question se pose, car cela fait partie du développement qui fait défaut chez le Canadien depuis un certain temps.

Personnellement, je peux vous assurer que sans Craig Ludwig à mes côtés avec les North Stars du Minnesota, Sylvain Côté avec les Capitals de Washington ou bien Chris Chelios avec les Blackhawks de Chicago, je n’aurais pas connu une carrière respectable dans la LNH. Je n’écrirais certainement pas ce billet pour Radio-Canada, je n’aurais pas été analyste de hockey à Pyeongchang et animateur d’une quotidienne matinale à la radio.

Nous avons tous besoin d’un mentor, d’un modèle, d’une référence pour nous ouvrir la voie et nous ramener dans le droit chemin quand nous errons.

Qui s'occupe des jeunes du CH présentement? Qui répare leurs erreurs?

En espérant qu’ils ne partent pas en vacances en mille morceaux, car ce sera du pareil au même en septembre prochain. Le département du développement du CH en paiera les frais et sera encore le bouc émissaire de la saison 2018-2019.

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