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Les options sont rares : Marc Bergevin coincé dans une impasse mexicaine

BILLET - « Ce serait une véritable catastrophe si le Canadien perdait Andrei Markov. Au sein de cette équipe, aucun défenseur ne fait circuler la rondelle comme lui et aucun ne crée des lignes de passes comme lui. Il va avoir 39 ans, je sais, mais il est encore indispensable. »

Ces propos ont été tenus privément la semaine dernière par un joueur qui a porté l'uniforme du Canadien au cours de la dernière saison.

Et incroyablement, la journée du 1er juillet achève, et le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, fait durer le plaisir et n'est toujours pas parvenu à régler ses problèmes les plus pressants.

Après avoir perdu trois défenseurs gauchers en l'espace d'une semaine (Mikhail Sergachev, Nathan Beaulieu et Alexei Emelin) dans la période menant au repêchage de l'expansion, le Canadien est encore susceptible de compléter un « Mexican Sombrero » (terme utilisé au baseball pour désigner un joueur retiré sur des prises quatre fois au cours du même match), puisque le vétéran Markov n'est toujours pas sous contrat.

Si Markov devait mettre les voiles, le CH passerait sans doute à la petite histoire pour avoir sabordé une position où l'organisation était déjà vulnérable. L'organisation laisserait ainsi partir ses trois défenseurs réguliers, en retour desquels il n'aurait obtenu qu'un choix de troisième ronde, le prix payé par les Sabres pour obtenir Beaulieu.

Le plus bel espoir du CH à la ligne bleue, Sergachev, a quant à lui été sacrifié dans l'échange qui a amené Jonathan Drouin à Montréal. Isolément, cet échange était excellent compte tenu des besoins pressants de l'équipe en attaque.

Toutefois, lorsqu'on regarde le portrait d'ensemble, il n'en demeure pas moins que la direction du Tricolore pourrait avoir flambé tous ses arrières gauchers en même temps.

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En attendant, à défaut de pouvoir remettre la main (pour l'instant) sur les joueurs qui lui appartenaient déjà (Markov et Alex Radulov), Marc Bergevin s'est livré samedi à un exercice qu'il déteste particulièrement: magasiner sur le marché de l'autonomie pour obtenir un joueur dont il a absolument besoin.

C'est ce qu'il a fait en mettant sous contrat le vétéran défenseur Karl Alzner, un solide arrière qui a fait de l'excellent boulot chez les Capitals de Washington au cours des neuf dernières saisons. En carrière, il présente un bilan défensif de +61.

Alzner, 28 ans, qui fait 6 pieds 3 pouces et 215 livres, est un pur arrière défensif qui occupera en quelque sorte la case qu'occupait Emelin sur l'échiquier du Canadien. En 591 matchs dans la LNH, Alzner a récolté 0,21 point par rencontre alors qu'Emelin (en 380 rencontres) en a obtenu 0,19.

Le défenseur originaire de Burnaby en Colombie-Britannique touchera 23 millions au cours des cinq prochaines saisons (4,6 millions par saison). Emelin est âgé de 31 ans et il s'apprêtait à disputer la dernière année d'un contrat lui valant une moyenne de 4,1 millions annuellement.

Bergevin trouve donc un défenseur trois ans plus jeune pour un salaire semblable à celui que touchait Emelin. Mais Emelin, rappelons-le, était un tantinet surpayé...

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Pour remplacer Nathan Beaulieu (24 ans), Bergevin avait déjà transigé la semaine dernière en cédant un choix de cinquième ronde (en 2019) aux Golden Knights de Vegas pour mettre la main sur le vétéran David Schlemko, âgé de 30 ans.

Dans cette substitution, le CH perd au change. Schlemko est un patineur très moyen, peut-être légèrement sous la moyenne. Les Sharks de San Jose ne l'utilisaient pas en désavantage numérique et son apport offensif est négligeable. Sans compter le fait qu'il a encore trois ans de contrat à écouler.

Le facteur X dans cette affaire: le défenseur tchèque Jakub Jerabek (un gaucher de 26 ans), que le CH a mis sous contrat à la fin de la saison, et qui ne compte aucun match d'expérience dans la LNH.

Jusqu'à preuve du contraire: dans le meilleur des cas, même si le Canadien réussit à s'entendre avec Markov au cours des prochaines heures, sa brigade défensive ne sera pas supérieure à celle qu'on a vue en fin de saison.

Et si Markov sacre le camp, la prédiction faite par un coéquipier de Markov au début de cette chronique se réalisera. Qui fera circuler la rondelle au sein de cette équipe? Mystère et boule de gomme.

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Du côté de l'attaque, l'impasse mexicaine (mexican standoff) se poursuit de plus belle.

La direction du CH n'est toujours pas parvenue à s'entendre avec Radulov, qui serait très courtisé par les Stars de Dallas. Le spectaculaire attaquant russe, qui fêtera ses 31 ans dans quatre jours, ne semble pas avoir reçu les offres à long terme (six ou sept ans) qu'il convoitait.

La perte de Radulov aurait en quelque sorte pour effet d'annuler l'impact de l'arrivée de Jonathan Drouin chez le CH. La production de Drouin ne ferait que remplacer celle de Radulov au lieu de s'y additionner.

« Il faut regarder plus loin que la production individuelle de Radulov, parce qu'il fait produire ses coéquipiers. Sans lui, Pacioretty n'aurait jamais marqué 35 buts la saison dernière », entend-on du côté des joueurs.

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Par ailleurs, aucune entente contractuelle n'est encore en vue en ce qui concerne Alex Galchenyuk.

Le CH a tenté de refiler son jeune attaquant au plus offrant au cours des dernières semaines, mais il n'a toujours pas trouvé de partenaire pour passer aux actes.

Avec l'arrivée d'Alzner, il ne reste qu'environ 16 millions de marges de manoeuvre au CH par rapport à la limite du plafond salarial. (Disons 15 millions parce que les équipes doivent prévoir un coussin pour parer aux imprévus.)

À eux seuls, Markov et Radulov commanderaient entre 12 et 13 millions si Bergevin les rapatriait tous les deux. Mais avec Galchenyuk dans le portrait, il n'y a pas suffisamment de vestes de sauvetage pour tout le monde.

Dans le pire des cas, il est encore possible que le CH perde les services de Markov ET de Radulov, et soit contraint de faire contre mauvaise fortune, bon coeur, en donnant une tape dans le dos à Galchenyuk après l'avoir offert à tout le monde.

Dans tout ce chaos, régler le sempiternel problème de l'équipe au centre relève de l'utopie. Pour se couvrir, le CH a mis la main samedi sur Peter Holland, un ancien des Maple Leafs de 26 ans dont les meilleures saisons offensives ont été de 25 points (11 buts) et 27 points (9 buts).

Ce passage critique, presque insoluble, illustre parfaitement à quoi s'exposent les organisations dont les départements de recrutement amateur disparaissent de la carte pendant des années.

Bonne chance à Marc Bergevin.

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