Il y a 20 ans, une ferme de la Montérégie commençait à livrer des légumes biologiques directement à une cinquantaine de résidents de Montréal. Le concept de fermiers de famille était lancé. Aujourd'hui, le Québec en compte plus d'une centaine qui sont certifiés bios et membres du Réseau Équiterre.

Un texte de Jean-Sébastien Cloutier

À Ulverton, en Estrie, l'agricultrice Johanne Breton, des Jardins Naturlutte, fait pousser une quarantaine de légumes de 150 variétés différentes sur 8 acres de terre. Elle fournit des paniers à 130 familles de la région.

« Nous, on fait 20 semaines de paniers d'été. On fait trois livraisons de paniers d'automne. Alors, les familles ont des légumes de la mi-juin jusqu'à la fin décembre », explique-t-elle.

Mme Breton vend ces paniers 24 $ chacun. Ses légumes sont moins chers que dans les épiceries bios, mais peut-être un peu plus chers qu'au supermarché. Sauf que les paniers sont souvent très généreux et surtout contiennent des légumes frais et variés.

Johanne Breton vit de son métier. Pas richement, mais elle en vit. Elle fait aussi travailler quatre employés au moins six mois par année. La moitié de ses revenus proviennent des paniers, l'autre de ses ventes au marché public du village de Racine.

Cette année, ces ventes ont augmenté de 25 % par rapport à l'an dernier. Elle adore le contact direct avec ses clients.

Photo : ICI Radio-Canada/Jean-Sébastien Cloutier

Un marché en hausse

Le nombre de personnes intéressées à recevoir des paniers bios est en hausse au Québec. Les clients se retrouvent principalement dans les régions de Montréal et de Québec, mais aussi en Montérégie et en Estrie.

« Depuis 3 ans, c'est à peu près 1000 familles de plus chaque année. En fait, l'année passée, il y avait à peu près 12 000 familles qui étaient abonnées et pouvaient bénéficier des paniers bios. Cette année, c'est à peu près 13 000 », souligne Isabelle Joncas, chargée de projet chez Équiterre pour le réseau des fermiers de famille.

La représentante d'Équiterre souligne que le nombre d'agriculteurs bios est également en hausse. Une dizaine de nouvelles fermes s'enregistrent chaque année.

Isabelle Joncas est optimiste pour l'avenir. « Dans les écoles d'agriculture, on dénote une augmentation [des inscriptions], notamment au Cégep de Victoriaville où le cours d'agriculture en maraîchage est complet. Il y a des signes qui nous démontrent qu'il y a de plus en plus d'agriculteurs qui vont vouloir cultiver des légumes biologiques sur des petites surfaces. »

Pas facile de devenir un petit fermier bio

Isabelle Breton Photo : ICI Radio-Canada

L'une des difficultés pour devenir fermier de famille est justement de trouver une petite terre agricole à prix raisonnable. Seulement de 2013 à 2014, le prix des terres au Québec aurait augmenté de 27 % en moyenne, dit Johanne Breton.

Dans les faits, la Commission de protection du territoire agricole interdit le morcellement des terres dans la province pour protéger les zones vertes. D'ailleurs, la terre que Johanne Breton a achetée à Ulverton fait 90 acres, dont 70 acres en forêt. Elle souhaiterait pouvoir en vendre une partie, mais elle ne peut pas en raison de cette réglementation.

Équiterre essaie de convaincre le gouvernement du Québec d'apporter des changements à la loi. Elle essaie aussi d'obtenir une contribution gouvernementale pour aider les fermiers de famille à payer leur certificat bio, comme ça se fait aux États-Unis. Celui de Johanne Breton coûte 700 $ par année.

En novembre, l'agricultrice aura son premier bébé. Tant qu'elle sera capable, elle continuera de travailler au champ avant l'accouchement. Être fermière de famille nécessite beaucoup, beaucoup de travail. Beaucoup de passion aussi et d'organisation.

Plus d'articles

Commentaires