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Les pompiers de Montréal privés d’informations dont leur vie pourrait dépendre

Les pompiers de Montréal disposent d'une liste des dangers particuliers qui les guettent dans de nombreux immeubles vacants ou en mauvais état de la métropole, mais celle-ci n'est pas aussi complète qu'elle le devrait, a constaté une équipe de CBC. Dans bien des cas, des données pourtant disponibles ne leur sont pas communiquées.

C'est à cette liste, que le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) doit maintenir à jour dans la mesure du possible, que se fient les pompiers en route pour une intervention dans un vieux bâtiment. On les informe alors d'un balcon manquant ou d'un problème de structure.

Mais certains des arrondissements de la ville ont aussi leurs propres listes d'immeubles désaffectés.

En les comparant, CBC a remarqué que plusieurs bâtiments problématiques connus des arrondissements ne figurent pas sur la liste du SIM.

« Je dois l'admettre : je suis stupéfait », a laissé tomber Chris Ross, vice-président de l'Association des pompiers de Montréal, qui avait toujours présumé que les arrondissements avisaient le SIM des changements à apporter. « Si un édifice est vide et que personne ne le sait, on ne peut pas vraiment blâmer l'employeur. Mais si l'employeur est au courant, alors la main gauche ignore ce que la main droite sait. »

« Je me questionne sérieusement sur la directive qu'envoie le Service [SIM] aux arrondissements », a renchéri le président du syndicat, Ronald Martin, en entrevue à RDI. « C'est clair que je vais poser des questions parce que les arrondissements ont de l'information qu'ils ne transmettent pas au SIM. C'est extrêmement préoccupant. »

Visites convaincantes

L'équipe de CBC est allée voir avec M. Ross plusieurs immeubles figurant sur les listes des arrondissements, mais pas sur celle des pompiers, datée d'avril dernier, obtenue grâce à la Loi sur l'accès à l'information.

Parmi eux, un garage de la rue Marie-Anne, sur Le Plateau-Mont-Royal. M. Ross a pu voir à l'intérieur par une fenêtre brisée. Quelques véhicules étaient toujours à l'intérieur, de même que ce qui semblait être des barils d'huile.

« Ça fait peut-être beaucoup d'essence, si jamais il y en a toujours dans les réservoirs des voitures », a souligné le vice-président syndical. Les nombreux débris présents pourraient empêcher les pompiers de se déplacer facilement si l'endroit était rempli de fumée, a-t-il ajouté.

« Si cette adresse est sur la liste de l'arrondissement, il n'y a rien qui justifie que l'information n'ait pas été partagée avec le SIM », a dit Chris Ross.

Dans un bâtiment de deux étages situé de l'autre côté de la rue, M. Ross a remarqué que des squatters avaient probablement fait sur le toit un feu de camp qui avait rongé les matériaux jusqu'au plafond en dessous.

« S'il y a un feu dans un bâtiment vacant, la stratégie sera plus défensive parce qu'il n'y a pas de vies à sauver et nous serons plus préventifs pour sauver les bâtiments adjacents », précise M. Martin.

M. Ross et CBC sont aussi allés voir l'ancienne fabrique de tapis Armstrong, qui donne sur l'autoroute Décarie, de même qu'un duplex délabré dans Côte-des-Neiges. Il a estimé que le SIM devrait être au courant de l'état de ces endroits.

En décembre 1990, le lieutenant René Massé est mort emprisonné dans un immeuble en flammes de la rue Saint-Hubert. Le toit et les murs, instables, se sont effondrés sur lui.

C'est après son décès que le SIM a reçu de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) l'instruction de faire l'inventaire des bâtiments vides et dangereux.

Dorénavant, tous les six mois, des pompiers les inspectent et notent les changements. Et les immeubles vacants dont on découvre l'existence sont ajoutés à la liste au fur et à mesure.

Les pompiers doivent ensuite visiter les immeubles inventoriés dans leur secteur et se familiariser avec les risques qu'ils représentent.

Les bâtiments désaffectés sont également considérés comme plus dangereux parce que l'électricité y est coupée, ce qui implique qu'il n'y a ni détecteurs de fumée ni alarmes en fonction.

« Le feu va donc prendre beaucoup d'ampleur avant que quelqu'un le remarque, a expliqué M. Ross. S'il y a un incendie dans un immeuble vacant, on va déployer plus de camions. »

Manque de communication

Il ne semble pas y avoir de politique uniforme dans les arrondissements quant au partage d'informations avec le SIM.

Des administrations qui ont rappelé CBC, certaines ont assuré qu'elles avisaient les pompiers des changements sur-le-champ, mais d'autres ont reconnu transmettre leur liste une fois par mois, voire une fois par année.

D'autres encore ont indiqué que ce sont les pompiers qui leur fournissent une telle liste.

Anie Samson, présidente de la commission de la sécurité publique de la Ville, a indiqué à CBC que les questions sur la fiabilité de la liste du SIM devraient être adressées à celui-ci.

Le SIM a refusé toute entrevue à la caméra, mais sa porte-parole Josée Gosselin a assuré dans un courriel qu'il travaille en collaboration avec tous les arrondissements et toutes les municipalités qu'il dessert pour maintenir à jour son inventaire. Elle a reconnu qu'avec environ 500 immeubles qui sont chaque année ajoutés ou retirés de la liste, il devient difficile d'être sûr de son exactitude.

Selon Mme Gosselin, la sécurité des pompiers n'est pas compromise puisqu'ils ont la formation et l'équipement qu'il faut pour analyser la situation avant de s'aventurer dans un immeuble en flammes.

D'après le reportage de Leah Hendry

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