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Les témoins de la Couronne sont des « criminels », plaide la défense de Tony Accurso

L'avocat de l'entrepreneur Tony Accurso a mené sa plaidoirie finale en attaquant la crédibilité des témoins de la Couronne, qu'il qualifie pour la plupart de « criminels ». L'homme d'affaires subit un procès pour fraude et corruption au palais de justice de Laval.

Un texte de Geneviève Garon

« Savez-vous ce qu’il y a de pire qu’un témoin pas fiable? Huit témoins pas fiables », a lancé l’avocat en faisant référence aux témoins de la Couronne, des « criminels » qui ont des « antécédents de malhonnêteté ».

Plusieurs entrepreneurs et ingénieurs ont admis avoir participé à la fraude orchestrée par l’ex-maire Gilles Vaillancourt et ont signé des contrats d’immunité avec les autorités pour ne pas être accusés en échange de leur collaboration. « Ce n’est pas parce qu’un mensonge est répété deux fois, quatre fois, huit fois que ça devient une vérité », a-t-il ajouté.

Tony Accurso, 66 ans, est accusé d’avoir trempé dans un stratagème de partage de contrats à Laval entre 1996 et 2010.

« Vous êtes les derniers remparts entre un citoyen et l’État », a répété à plusieurs reprises l’avocat de Tony Accurso, Me Marc Labelle, d’un ton grave, en observant les 12 jurés. « Ce n’est pas un tribunal de l’opinion publique ici. »

Pas de système clair de collusion à Laval

« Y’en avait pas de règles. C’est un système qui allait à la va-comme-je-te-pousse », a déclaré la défense, selon qui il n’y avait pas un système de collusion « béton » à Laval.

Me Labelle a dressé une longue liste de contrats octroyés sous le règne de Gilles Vaillancourt pour des montants parfois 500 000 $ au-dessus de l’estimé préliminaire.

Cela contredit des témoins de la Couronne venus décrire le fonctionnement du stratagème de collusion et la règle selon laquelle le soumissionnaire désigné gagnant ne devait pas dépasser l’estimation. « Est-ce que c’est si structuré que ça? De façon à ce que ça soit incontournable à Laval? », demande Me Labelle.

« Comment voulez-vous que M. Accurso soit au courant qu’il y a de la collusion? Comment voulez-vous que ça soit si évident? » a questionné la défense, en rappelant que l’homme d’affaires déléguait les opérations quotidiennes aux présidents de ses entreprises Louisbourg Construction et Simard-Beaudry.

Pas d’intérêt pour Accurso

Les hommes de confiance de Tony Accurso, Joe Molluso et Frank Minicucci, obtenaient un bonus de 10 % des profits à la fin de l’année. Ils auraient donc eu tout intérêt à participer à la fraude, sans en informer leur patron, selon Me Labelle, qui soutient que rien ne démontre que les deux hommes ont obtenu l’aval de l’accusé.

Ce qui va de soi, affirme la défense, puisque Tony Accurso n’aurait jamais pris le risque de perdre son empire alors que les contrats avec la Ville de Laval représentaient un maximum de 3 % de son chiffre d’affaires annuel.

Jamais payé de pot-de-vin

Tony Accurso n’a jamais remis une ristourne de 200 000 dollars à un collecteur de Gilles Vaillancourt, plaide la défense. Elle contredit ainsi le témoin de la Couronne Marc Gendron qui a raconté avoir rencontré Tony Accurso dans le fond d’un stationnement de Laval, en 2002, où il a récupéré deux enveloppes contenant l’argent comptant.

Selon son témoignage, Marc Gendron n’a pas ouvert les enveloppes pour vérifier ce qui s’y trouvait. La défense a souligné que Tony Accurso n’aurait rien dit qui démontrait qu’il savait ce qu’elles contenaient ou la raison pour laquelle il les remettait. Me Labelle a aussi rappelé que Marc Gendron et l’accusé se seraient disputés, avant l’événement décrit par l’ex-collecteur. Et la Couronne n’a présenté aucune « preuve indépendante » de l’argent recueilli par les ex-collecteurs de Gilles Vaillancourt.

« Spéculations » sur Gilles Vaillancourt

Selon la défense, il n’y a aucune preuve que les rencontres entre Tony Accurso et Gilles Vaillancourt, une à cinq fois par année, portaient sur la collusion. Même si une ancienne secrétaire du maire a témoigné que ces rencontres étaient secrètes, Tony Accurso, lui, a témoigné qu’il ne s’en est jamais caché et que le maire ne lui faisait pas de faveurs.

« Vous êtes les derniers gardiens de la présomption d’innocence », a déclaré Marc Labelle aux jurés qui l’écoutaient attentivement en prenant des notes.

Vendredi, ce sera au tour de la Couronne de plaider. Les délibérations du jury devraient commencer mardi prochain.

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