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Les Vénézuéliens de Montréal ont voté en masse

Les Vénézuéliens de Montréal ont répondu massivement à l'appel de l'opposition, qui organisait dimanche une consultation populaire symbolique sur le gouvernement de Nicolas Maduro et son projet de nouvelle Constitution.

Un texte de Catherine Poisson

Le bureau de vote s'est ouvert à 10 h dimanche, à la Maison du développement durable, rue Sainte-Catherine, mais à l'arrivée de Soraya Benitez, à 8 h 40, une longue file s'était déjà formée devant les portes de l'immeuble.

Mme Benitez est la directrice exécutive du Forum démocratie Canada Venezuela (CVDF), qui organise la consultation à Montréal. Au moins 3000 personnes étaient attendues dans la journée, soit environ la moitié de la population vénézuélienne résidant à Montréal et dans ses environs.

Au total, 639 points de vote étaient ouverts à travers le monde, dont 18 au Canada et 4 au Québec. En plus de Montréal, la consultation se tenait aussi à Québec, à Sherbrooke et à Sept-Îles.

Le Venezuela vit depuis plusieurs mois une période de troubles et de violentes manifestations antigouvernementales qui ont fait près d'une centaine de morts et mené à des milliers d'arrestations par les forces de l'ordre.

Le gouvernement accuse ses opposants de chercher à le renverser par la force, tandis que l'opposition dénonce les penchants autoritaires et l'incompétence du chef de l'État face à la crise économique que traverse le pays.

Même si la consultation se tenait sans l'accord des autorités vénézuéliennes, Mme Benitez soutient qu'elle n'était pas uniquement symbolique, mais qu'elle avait été demandée par l'Assemblée nationale, où l'opposition est majoritaire.

« C'est elle qui le demande, nous on obéit », dit-elle avant d'ajouter que seul le peuple peut décider d'un changement de Constitution.

Son sentiment est partagé par plusieurs de ces concitoyens, pour qui le vote de dimanche est d'une importance qui dépasse le symbole.

« Même si ce n'est pas officiel, c'est officiel pour nous, parce que ça émerge du peuple », explique Tomas Dorta, professeur à l'Université de Montréal, qui est arrivé dès l'ouverture du bureau de vote.

« Le dictateur ne reconnaît pas la Constitution, alors le peuple s'est organisé », ajoute-t-il, précisant qu'il refuse d'appeler Nicolas Maduro « le président ».

Loin des yeux, mais toujours aussi près du coeur

Pour les Vénézuéliens vivant hors de leur pays, cette consultation était aussi une façon de soutenir leurs proches demeurés au Venezuela.

Gabriela Muñoz explique que la situation au pays est intenable, et que c'est en partie pour cette raison qu'autant de familles vénézuéliennes ont été séparées.

« Les gens manquent de nourriture, on connaît des gens qui sont décédés par manque de médicaments, alors les gens sont partis là où ils ont pu », indique la militante, ajoutant qu'elle-même doit souvent envoyer des Tylenol à son père, qui ne peut pas s'en procurer là-bas.

« Dès qu'il y a un besoin, c'est sûr que je suis ici, parce que je ne peux pas être là-bas », ajoute-t-elle.

Plus de 400 prisonniers politiques sont actuellement détenus au Venezuela, selon Mme Benitez.

Une lutte de longue haleine

Au-delà du mouvement populaire, le résultat du vote pourrait-il apporter un réel changement politique? Devant cette question, la plupart des Vénézuéliens rencontrés soupirent, hésitent longuement avant de répondre.

« Ça va prendre du temps avant de retrouver ce qu'on a perdu », estime Gabriela Muñoz.

« Il faut un changement présidentiel, ça c'est clair, mais ça ne sert à rien de changer la tête si le reste ne suit pas », résume Samantha Valfray, qui est d'avis que le Venezuela a besoin de repartir à zéro pour rebâtir ses institutions sur des bases solides.

D'autres croient que le président lui-même ne changera pas, comme Andres Flores qui souligne que Nicolas Maduro utilise des « sales tours, qui ne sont pas dans la loi » pour manipuler le pays à sa guise.

« Il ne va jamais écouter », admet Soraya Benitez. « Mais les forces armées, elles, vont écouter », ajoute-t-elle en expliquant que le vote de dimanche était aussi une façon de demander à l'armée de faire respecter la Constitution du pays.

Mme Benitez est d'avis que le peuple vénézuélien a été bafoué dans ses droits, et que de nouvelles élections sont nécessaires pour rétablir la démocratie au pays.

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