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Les villages éphémères, nouvelle tendance urbaine

De New York à Berlin, de Londres à Montréal, des citoyens s'inventent de nouvelles façons de vivre dans la ville et s'approprient des espaces publics abandonnés ou négligés. Des « villages éphémères », petits espaces aménagés pour créer des lieux de rencontre, se multiplient. À Montréal, le Marché des possibles du Mile-End, à côté du Champ des possibles, illustre cette tendance.

Un reportage de Myriam Fimbry à Désautels le dimanche

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C'est samedi soir, dans un parc coincé entre un aréna et une voie ferrée. Au son de la musique, les enfants dansent dans l'herbe, les adultes sirotent un verre de bière ou de « Pop Pire », un cocktail de limonade, de whisky et de feuilles de menthe. D'autres jouent au ping-pong. Des kiosques d'artisans éclairés de guirlandes lumineuses proposent des bijoux, des sérigraphies, des céramiques ou des mets préparés. 

« J'adore le concept », dit Stéphanie Plamondon, une habituée du Marché des possibles, qui se tient toutes les fins de semaine de l'été jusqu'au 9 août. Elle reviendra le dimanche matin pour la séance de yoga en plein air.

L'idée a germé dans des consultations citoyennes sur l'avenir des abords de la voie ferrée du Canadien Pacifique. Puis, la conseillère d'arrondissement du district Mile-End, inspirée par les marchés de nuit de Brooklyn et de Berlin, a poussé le dossier, obtenant du Plateau-Mont-Royal une petite subvention de 25 000 $. Mais ce sont surtout les recettes du bar qui financent les musiciens et les activités gratuites.

Le Marché des possibles, à Montréal. Photo : Vivien Gaumand/Le Marché des possibles

Bouffe de rue, yoga, ateliers pour enfants, jeux à disposition, films à la belle étoile, concerts... La programmation éclectique est imaginée et gérée par un organisme du quartier, POP Montréal, qui organise aussi un festival de musique en septembre. L'an dernier, le Marché des possibles a attiré 13 000 personnes pour sa première édition.

Le Champ des possibles

Cette initiative a emprunté son nom à un pré verdoyant juste à côté, le Champ des possibles. Il s'agit d'un îlot de nature sauvage situé en pleine ville, contre une voie ferrée, et bordé d'un monastère. Un terrain que les citoyens ont farouchement voulu préserver des coups de pelle mécanique.

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Vivez l'expérience!

Le Champ des possibles regorge de sonorités. Plongez-vous dans l'ambiance, tout en poursuivant la lecture de l'article :

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Ce parc sauvage unique, d'une superficie d'environ un hectare, est une friche urbaine végétalisée. Autrefois cour de voirie pour le Canadien Pacifique, il a perdu sa vocation industrielle en 1976.

Depuis 40 ans, de la végétation a poussé, des herbes hautes de toutes sortes, des fleurs et des arbres qui attirent des insectes, des papillons, des oiseaux, de petits mammifères. Des citoyens passionnés de flore et de faune urbaine y ont recensé quelque 330 espèces différentes, qui vont de la carotte sauvage aux cerisiers de Virginie, des cigales aux libellules, des campagnols, marmottes et mouffettes, en passant par les merles, geais bleus, parulines ou faucons crécerelles. 

Le Champ des possibles, avec ses allures sauvages, est un petit paradis de la biodiversité urbaine. Photo : Radio-Canada/Myriam Fimbry

Les citoyens du quartier ont vite saisi l'intérêt de préserver ce lieu exceptionnel en ville. Ils ont talonné les élus lors de la campagne électorale municipale de 2009. La Ville a fini par racheter le terrain et changer le zonage pour en faire un « espace naturel » en 2013. 

De façon novatrice, l'arrondissement a confié la gestion du champ aux citoyens. Ces derniers se relaient pour le nettoyer, l'entretenir et le faire connaître, via Les amis du Champ des possibles, un organisme sans but lucratif. 

Toutefois, le consensus entre citoyens est un exercice d'équilibriste. Écoutez le témoignage de la coordonnatrice du développement, Caroline Magar :

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Une tendance internationale

Dans ces deux cas, des citoyens ont consacré temps et énergie pour améliorer leur espace de vie et créer des lieux rassembleurs en ville. C'est une façon de mettre en valeur des espaces abandonnés ou négligés par les autorités, tout en offrant l'opportunité de rencontrer ses voisins.

Il existe d'autres exemples, comme le Village au Pied-du-Courant près du pont Jacques-Cartier, à Montréal, le SPOT dans le quartier Saint-Roch, à Québec, le « Hot Tub Cinema » (cinéma en plein air, dans de petites piscines) à Londres ou à Brooklyn, ou encore l'aménagement de toits de stationnements aux Pays-Bas.

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