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Lise Thériault, grande absente du Sommet des femmes à Montréal

Elles étaient environ un millier au Palais des congrès de Montréal à élaborer des pistes d'action pour faire avancer la cause des femmes. Mais une invitée brillait par son absence : la vice-première ministre et responsable de la Condition féminine du Québec, Lise Thériault, dont les déclarations voulant qu'elle ne se considère pas comme féministe avaient suscité l'émoi, au début de la semaine.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Le Sommet s'était ouvert jeudi avec une allocution de Lise Payette et il s'est poursuivi, vendredi, avec la tenue d'une vingtaine d'ateliers.

« Pour des raisons d'agenda, la ministre ne pourra malheureusement pas représenter le gouvernement du Québec, mais elle se fera un point d'honneur de rencontrer l'ensemble des groupes qui le souhaitent au cours des prochains jours », a fait savoir son attaché de presse.

Philippe Couillard était absent également

Le premier ministre de la province, Philippe Couillard, était également absent du Sommet, se trouvant à Vancouver. L'organisation du Sommet des femmes a fait savoir qu'elle lui avait offert de lui dépêcher un caméraman à Vancouver pour qu'il puisse enregistrer son message, mais il n'aurait pas répondu à l'invitation.

Appelée à commenter ces absences remarquées, la députée de Taschereau et porte-parole en matière de condition féminine pour le Parti québécois (PQ), Agnès Maltais, affirme qu'il aurait « été important » que Mme Thériault puisse être présente. « Elle aurait été bien accueillie », dit Agnès Maltais, qui ajoute que « le gouvernement aurait pu envoyer un autre représentant ».

« Ils se privent d'un contact avec les gens », considère pour sa part Nathalie Roy, porte-parole en matière de condition féminine pour la Coalition avenir Québec (CAQ).

Un anniversaire marquant

La tenue du sommet coïncide avec le 75e anniversaire du droit de vote obtenu par les femmes québécoises. Le pouvoir, social, économique et politique, était au coeur des discussions, de même que la représentation des femmes dans les entreprises et dans le milieu syndical.

L'idée de tenir ce sommet avait été lancée par l'ancienne ministre péquiste Lise Payette, à laquelle Martine Desjardins et Léa Cousineau ont prêté main-forte pour l'organisation. En plus d'environ un millier de femmes, une centaine d'hommes y participaient. 

François Legault, « petit dans ses souliers »

Les participants au Sommet des femmes ont entendu l'allocution en fin de journée vendredi des chefs de partis d'opposition Pierre Karl Péladeau du PQ et de François Legault de la CAQ, de même que celle de Françoise David, porte-parole de Québec solidaire.

« On se sent petit dans ses souliers quand on se retrouve devant un groupe de femmes aussi imposant », a lancé d'entrée de jeu François Legault qui a comparé sa situation à celle de ces femmes qui se retrouvent seules devant une assemblée composée d'hommes. « Tous les hommes devraient vivre ça, c'est très formateur », a-t-il poursuivi sous les rires appréciateurs de l'assistance.

M. Legault s'est appuyé sur le fait qu'il n'y a, à Québec, que 27 % des élus qui sont des femmes. « Ce n'est même pas le tiers », a-t-il déploré.

Un gouvernement caquiste, a-t-il soutenu, instaurerait une réforme pour l'avènement d'un mode de scrutin plus représentatif et imposerait « un quota de 50 % de femmes sur les listes; ce sera une des premières lois adoptées par un gouvernement caquiste en 2018 ».

M. Legault estime aussi qu'il faut mettre fin aux nominations partisanes au sein des conseils d'administration des organismes publics et parapublics. Il a par ailleurs dénoncé l'écart salarial de 30 % qui subsiste entre les hommes et les femmes, au Québec, en 2016. « Cette statistique illustre bien la barrière qui continue d'exister pour les femmes aujourd'hui », dit François Legault.

Le PQ n'a pas peur de se dire féministe

Pierre Karl Péladeau s'est fait fort de rappeler que le Parti québécois avait mis en oeuvre des politiques progressistes afin de combattre les discriminations envers les femmes.

C'est-à-dire : la création du poste de ministre déléguée à la Condition féminine par Lise Payette; la mise en place des programmes d'accès à l'égalité par René Lévesque; l'adoption de la loi sur l'équité salariale par Louise Harel; la création du réseau de services de garde à tarifs réduits par Nicole Léger et Pauline Marois et, enfin, « l'élection et l'arrivée de Mme Marois à la tête du PQ et au poste de première... première ministre du Québec ».

Les femmes dans Québecor

M. Péladeau a rappelé avoir eu « le privilège de diriger Québecor » et a rappelé que de nombreuses femmes ont accédé aux sommets de différentes composantes de cet empire.

Éraflant le gouvernement de Philippe Couillard au passage, le chef péquiste a vilipendé une politique économique qui frappe, selon lui, les services à la famille et à l'enfance et le péril que pourrait constituer « un régime parallèle de mariages religieux qui pourrait signifier un recul en matière de droits civils et mener à des mariages forcés et multiples ». Une référence à la récente controverse survenue à la suite des propos de la ministre de la Justice, qui défendait un jugement de la Cour supérieure, porté en Cour d'appel, dissociant la cérémonie religieuse du mariage civil.

La responsabilité de... changer le monde

La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a dénoncé « la période de reculs » qui se manifeste en ce moment.

« Nous vivons dans un système économique et politique, le capitalisme néolibéral [...] avec des États, dont le nôtre, dont le gouvernement du Québec, qui s'en font des complices. Ça, c'est ce qu'on appelle l'austérité ».

Mme David affirme qu'en outre, cette idéologie entraîne un individualisme qui menace les actions collectives et qui porte à faire croire que les femmes doivent désormais se battre seules, chacune dans son coin. « La réponse est non, on va le faire ensemble », a-t-elle déclaré, soutenant que partout dans le monde les femmes entreprendraient de « juste changer le monde ».

« Le Plan Nord, les mines, les cimenteries, vous savez toutes ces jobs où il y a tellement de femmes, a-t-elle ironisé, provoquant des rires dans l'auditoire, [...] peut-être que si on réfléchissait, quand on pense relance économique aux femmes et aux emplois qu'elles occupent, on se dirait ''pensons la relance des régions''. Et, se fie-t-on seulement sur la mine ou si on va dans la culture, dans les services aux personnes, dans les organismes communautaires et les maisons pour la famille? Pourquoi est-ce que tout ça, ce ne serait pas de la relance économique? »

Enfin Françoise David a appelé les divers mouvements et groupes féministes - qui sont chroniquement sous-financés alors qu'ils aident tant les femmes, a-t-elle souligné - à trouver des terrains d'entente, « malgré leurs stratégies parfois diversifiées ».

« Ensemble nous avons tout le pouvoir que nous voulons prendre », a conclu Françoise David.

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