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LTA Aérostructures veut fabriquer des dirigeables pour approvisionner le Nord

Une entreprise américaine installée à Montréal, LTA Aérostructures, veut investir 350 millions de dollars pour concevoir, assembler et exploiter des dirigeables à Mirabel d'ici trois ans. Le principal marché visé est le nord du Québec et du Canada, pour l'approvisionnement des communautés inuites et autochtones, notamment.

Un texte de Francis Labbé

L'entreprise LTA Aérostructures veut construire une usine d'assemblage de 50 millions de dollars à Mirabel et se doter d'un réseau de bases d'exploitation dans le nord du Québec et du Canada.

« Nous voulons faire certifier une nouvelle génération de dirigeables qui sera conçue, fabriquée et testée dans la grande région de Montréal, explique Marc Bourret, président de LTA Aérostructures. Nous allons nous spécialiser exclusivement dans le transport cargo pour les régions du nord. »

« Nous voulons d'abord construire et faire certifier un appareil pouvant transporter 10 tonnes de fret. Notre plan de développement actuel nous amène à un premier vol du prototype au début de 2019. »

« Nous allons par la suite concevoir un dirigeable pouvant transporter 70 tonnes, destiné principalement à l'industrie minière, pour transporter des équipements et du minerai, par exemple », ajoute M. Bourret. LTA Aérostructures s'affaire à compléter la première phase de son financement, ce qui devrait être fait dans les prochaines semaines, selon son président.

Disparus depuis 80 ans

Les dirigeables ont disparu du ciel vers la fin des années 1930. En mai 1937, après avoir traversé l'Atlantique, le plus gros appareil du genre, le Hindenburg, s'enflamme à son arrivée à Lakehurst, dans le New Jersey. Cette tragédie, filmée par des caméras, a coûté la vie à 35 personnes. Ce spectaculaire accident a sonné le début de la fin de l'ère des géants du ciel.

Le Hindenburg mesurait 247 mètres. Il s'agit du plus long dirigeable construit à l'époque. Il pouvait transporter jusqu'à 72 passagers et 11 tonnes de fret.

« La fin des dirigeables correspond à l'approche de la Deuxième Guerre mondiale, précise André Soulage, chef de Plan industriel Dirigeables, à Aix-en-Provence, en France. À l'époque, on a mis l'accent sur l'avion, plus rapide, plus redoutable. »

« Aujourd'hui, les gouvernements en plusieurs endroits du monde songent à protéger l'environnement. Ils veulent aussi réduire les coûts. Le dirigeable consomme extrêmement peu d'énergie et peut transporter de lourdes charges. Si on peut accepter que la cargaison ne vole qu'à 100 ou 150 kilomètres à l'heure, le dirigeable redevient une option tout à fait acceptable », ajoute-t-il.

La France croit tellement en l'avenir du dirigeable qu'elle en a fait une stratégie de développement industriel. Selon André Soulage, le Plan industriel Dirigeables recevra des investissements d'un milliard d'ici 10 ans et devrait créer 3000 emplois directs. 

Rajeunissement technologique

Selon l'industrie du dirigeable, les appareils dernier cri sont nettement plus stables et sécuritaires que ceux qui étaient utilisés dans les années 1930. « C'est comme si vous vouliez comparer une Ford modèle A avec une Ford 2016 », commente le professeur Barry Prentice, de l'Université du Manitoba.

Le professeur Prentice étudie le potentiel des dirigeables pour approvisionner les communautés nordiques depuis 15 ans. Selon lui, les communautés isolées pourraient bénéficier de cette technologie pour diminuer de façon importante les coûts reliés à l'approvisionnement en denrées et en biens. Des coûts « astronomiques », selon lui.

« Si nous épargnons la moitié ou les trois quarts des coûts associés à l'approvisionnement des communautés nordiques, ce sont autant de sommes d'argent qui pourront être investies ailleurs, comme dans l'approvisionnement en eau potable ou dans l'éducation », ajoute M. Prentice. 

Le professeur Francis Lévesque, de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, partage cet avis. « L'an dernier, la glace dans la baie d'Iqaluit a fondu très tard, ce qui a empêché plusieurs cargos maritimes d'approvisionner la région. Si ces appareils fonctionnent et sont utilisés par des gens qui connaissent bien le Nord, ça pourrait assurer un approvisionnement plus régulier. »

Lockheed Martin

Le fabricant aéronautique Lockheed Martin veut aussi développer le dirigeable. Le manufacturier aurait signé en mars dernier une lettre d'intention pour vendre 12 dirigeables à une entreprise d'exploitation britannique, Straightline Aviation. La valeur de cette entente est estimée à 450 millions de dollars. Charles Bouchard, directeur général de Lockheed Martin Canada, n'a pas voulu confirmer cette information, mais confirme négocier avec des « clients ».

Les appareils de Lockheed Martin, appelés Hybrid Airships, sont destinés aux industries minière et gazière, pour le transport de fret et de personnel. Le constructeur compte commencer à construire ses premiers dirigeables en 2018 pour les livrer en 2021. Il vise également des pays d'Asie et d'Afrique.

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