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Lundqvist, le cirque et une troisième période d'anthologie

BILLET – N'était-il pas prévisible, après tout, que l'issue de cet important second match se joue sur un retour accordé par Henrik Lundqvist?

Alex Radulov venait de procurer la victoire au Canadien en prolongation. Et l’entraîneur des gardiens des Rangers de New York, Benoît Allaire, était à bord de l’ascenseur qui nous ramenait vers l’étage où sont situés les vestiaires. Cet homme discret et sympathique est sans doute le plus préoccupé de tous les entraîneurs impliqués dans cette série Montréal-New York.

Allaire est arrivé chez les Rangers tout juste avant Lunqvist. Il est le seul entraîneur avec lequel le gardien étoile des Blueshirts a travaillé depuis son arrivée dans la LNH. Et s’il pouvait s’exprimer en toute franchise, Allaire avouerait sans doute qu’il ne reconnaît plus son élève.

J’ai couvert les Rangers dans plusieurs séries éliminatoires au cours des dix dernières années. Et ce n’est pas ça, Henrik Lundqvist. Où est passé son style sobre et efficace? Et, que diable, comment fait-il pour accorder tous ces retours non contrôlés, même sur des tirs en apparence inoffensifs?

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Mercredi soir lors du premier match, Lundvist avait récolté un blanchissage malgré le fait qu’il avait passé la moitié de la soirée à jongler avec les rondelles dirigées vers lui. C’était loin d’être élégant.

Dans le second affrontement, la façon de jouer du Canadien a très clairement démontré qu’on avait pris des notes. Peu importe l’angle, les hommes de Claude Julien ont systématiquement acheminé au filet toutes les rondelles qui leur tombaient sous la main, en s’assurant cette fois que des coéquipiers soient présents dans les parages pour cueillir les fruits juteux. En tout, Montréal a tenté 103 tirs en direction du filet adverse. Les Rangers ont été limités à 36 tentatives de moins. C'est énorme.

Résultat : sur 60 minutes (comparativement au premier match), le nombre de tirs cadrés du CH a bondi de près de 50% (de 31 à 45) et le nombre de chances de marquer aussi (de 10 à 14).

À la fin de la soirée, Lundqvist avait reçu 58 tirs et, collés bout à bout, tous les retours offerts aux attaquants du CH devaient totaliser une centaine de mètres tellement ils étaient nombreux.

Max Pacioretty, notamment, a prêché par l’exemple durant toute la soirée. Cinquième meilleur buteur de la LNH au cours des cinq dernières années, le capitaine du CH est ciblé et étroitement surveillé par les Rangers dans cette série. Intelligemment, il a respecté la consigne à la lettre et misé sur la loi de la moyenne au lieu de tenter de jouer les héros. C’est ainsi que le 67 a récolté sept tirs, dont la plupart étaient décochés d’angles extrêmement restreints. Et c’est en s’emparant d’un retour de Pacioretty qu’Alex Radulov a mis fin au match.

« Lundqvist montre une moyenne de ,960 depuis le début de la série. Ce n’est pas trop pire je dirais », plaidait un amateur sur Twitter après la troisième période.

Il faut faire attention aux petits échantillonnages lorsqu’on analyse le rendement d’un athlète ou d’une équipe. Depuis le début de la saison, Lundqvist montre une moyenne d’efficacité très ordinaire de ,910. C’est ça, la tendance lourde. Et s’il poursuit dans cette voie, ses séances de boxe avec la rondelle finiront inévitablement par le rattraper.

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Outre les nombreux titubements de Lundqvist, ce deuxième match Canadien-Rangers nous a permis de voir plusieurs choses inhabituelles :

  • En deuxième période, alors que les arrières des Rangers commençaient à sérieusement abuser des attaquants du CH (dont un double-échec de Brendan Smith aux dépens d’Andrew Shaw), J.T. Miller a fait la connaissance de Shea Weber (alias l’Homme montagne) dans un combat à la fois furieux, court et très inégal. Miller est l’attaquant des Rangers qui a obtenu le plus grand nombre de chances de marquer face au CH cette saison. Vendredi, il a complètement disparu.
  • Toujours en deuxième, le CH a failli saboter sa série en péchant par indiscipline. Ce trait de personnalité du Tricolore avait été biffé depuis l’arrivée de Claude Julien. Deux pénalités inutiles d’Alex Radulov, notamment, ont placé le Tricolore en fâcheuse position. Ce fut la seule des quatre périodes où les Rangers ont eu le dessus sur le Canadien.
  • Pour une rare fois en carrière, Tomas Plekanec s’est avéré l’un des meilleurs joueurs du Canadien dans un match éliminatoire. En première, son échec-avant soutenu a permis à Brendan Gallagher de récupérer le disque et de le remettre à Paul Byron, qui a marqué de l’enclave. Puis à 17,3 secondes de la fin de la troisième, alors qu’il recevait des coups de bâton devant Lundqvist, Plekanec a fait dévier une passe de Radulov pour créer l’égalité et transporter le match en prolongation. Sans ce but, le CH serait en sérieuse difficulté. Plekanec a aussi remporté 60% de ses mises au jeu.
  • Mais par-dessus tout, il faudra retenir la troisième période d’anthologie que les hommes de Claude Julien ont livrée alors qu’ils étaient « accumulés au pied du mur » (tiré du dictionnaire des perronismes). La feuille de pointage montre un but inscrit à 17,3 secondes de la fin. Mais ce qu’elle ne dit pas, c’est que les Rangers ont subi une incroyable raclée durant cet engagement, où le CH a montré hallucinant taux de possession de rondelle de 73,3%(!). Le trio de Byron-Plekanec-Gallagher (supporté par Markov et Weber) a pris les choses en mains en connaissant plusieurs présences dominantes dans le territoire des Rangers. (Cette période a par ailleurs démontré que le Canadien est nettement plus efficace lorsqu'il évite de s'engager dans un concours de mises en échec avec les Rangers.)

En bout de ligne, il était effectivement normal que la loi de la moyenne finisse par faire pencher la balance en faveur du CH.

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