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M. Molson, votre CH a besoin d’air frais et de nouvelles idées

Geoff Molson a piqué la curiosité de bien des gens, vendredi dernier.

Qualifiant les résultats de son organisation d’« inacceptables à tous les niveaux », le président et propriétaire du Canadien a une fois de plus réitéré sa confiance envers Marc Bergevin. Le ton employé par Geoff Molson laissait toutefois clairement entendre que son DG est acculé au mur: « [Marc] est au courant qu’il faut que ça change », a-t-il notamment lancé.

Les employés de l’organisation, quant à eux, ont certainement retenu de ce point de presse un passage annonçant que tout le monde n’aura pas droit à la même clémence que Bergevin. « Il faut se regarder dans le miroir après une saison comme celle-là et se demander: est-ce qu’on a toutes les bonnes personnes en place? », a questionné Geoff Molson.

Quel type de changements cette déclaration annonçait-elle?

Si l’on jette un coup d’oeil à la colonne vertébrale de l’organisation, il faut comprendre qu’elle ne sera pas touchée:

- Marc Bergevin (vice-président exécutif et directeur général): vient de recevoir un vote de confiance de Geoff Molson. Depuis la nomination de Bergevin, le Canadien se situe au 13e rang dans la LNH quant au nombre de victoires (236) récoltées en saison régulière (il était 8e avant la présente saison). En séries, le CH est 12e dans la LNH (avec 19 victoires) pour la période couvrant les saisons 2012-13 à 2016-17. L’équipe ratera toutefois les séries ce printemps, et ce, pour la seconde fois en trois ans.

- Trevor Timmins (directeur général adjoint): a étonnamment été promu à ce poste en juillet dernier après avoir occupé durant quelques années les fonctions de vice-président responsable du personnel des joueurs. Depuis le début des années 2000, Timmins supervise le repêchage amateur de l’organisation. Durant les périodes couvrant les années 2008 à 2016 et 2009 à 2017, le Canadien s’est respectivement classé 29e et 26e dans la LNH en matière de recrutement (nombre de matchs disputés dans la LNH par des espoirs sélectionnés au repêchage).

Alors que le CH s’apprête à participer à un repêchage crucial pour son avenir (l’équipe dispose notamment d’un choix de premier tour et de quatre choix de deuxième tour), Timmins jouit toujours de l’appui de Bergevin. « Timmins est l’homme de la situation », a déclaré le DG, à la fin de février.

- Claude Julien (entraîneur-chef): écoule la première année d’un contrat de 5 ans estimé à 25 millions de dollars. Clairement, l’entraîneur n’est pas responsable de la qualité de la formation qu’on lui a confié au dernier camp d’entraînement.

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Bien que des changements de personnel périphériques soient susceptibles de survenir au sein de la garde rapprochée de Bergevin ou du personnel de recruteurs, tout porte à croire que c’est du côté du club-école de Laval que le plus grand coup sera porté. À l’interne, c’est du moins ce à quoi on s’attend.

Depuis plusieurs années, un débat fait rage au sein de l’organisation. Les recruteurs estiment que les espoirs ne sont pas suffisamment bien développés dans la Ligue américaine. Et ceux qui vivaient au quotidien avec le club-école arguent que le niveau de talent des choix de repêchage fait défaut.

Compte tenu du vote de confiance que vient de recevoir Trevor Timmins, il faut croire que les recruteurs ont gagné.

Sylvain Lefebvre est aux commandes du club-école de la Ligue américaine depuis 2012-2013 (il avait été embauché par Bergevin à l’arrivée de ce dernier) et son équipe est en voie de rater les séries pour la cinquième fois en six ans. À sa seule participation aux séries durant cette période, l’équipe de développement du CH a été éliminée au premier tour.

Lefebvre a été l’une des plus grandes victimes des insuccès du CH au repêchage. Pendant que le grand club gardait la tête hors de l’eau grâce à des transactions, l’entraîneur-chef du club-école a constamment dû travailler avec une relève de piètre qualité.

Quand est venu le temps de choisir un remplaçant à Michel Therrien l’hiver dernier, les insuccès répétés du club de la Ligue américaine ont complètement écarté le nom de Lefebvre de la conversation. Faute d’avoir développé sa propre relève derrière le banc, l’organisation a ainsi dû débourser 25 millions pour ramener Claude Julien à Montréal. Ce n’est pas rien.

Cela dit, un coup de balai se limitant au personnel d’entraîneurs du Rocket de Laval serait un coup d’épée dans l’eau. L’équivalent d’un diachylon sur une jambe artificielle.

Marc Bergevin et Trevor Timmins sont tous deux assis sur une branche qu’ils ont à moitié sciée. Le temps est venu de préparer l’avenir (on n’est jamais trop prudent) et de servir un électrochoc positif à l’organisation.

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Parmi les deux plus proches conseillers de Bergevin on note Rick Dudley (vice-président principal, opérations hockey) et Larry Carrière (directeur général du Rocket de Laval). Dudley est âgé de 69 ans et Carrière a 66 ans bien sonnés.

Presque à l’ombre du Centre Bell, à Boisbriand et à Drummondville, on retrouve Joël Bouchard et Dominique Ducharme, probablement les deux jeunes hommes de hockey les plus crédibles au Canada. Les deux occupent simultanément les fonctions de directeur général et d’entraîneur-chef de leur organisation junior majeure.

Outre le développement des jeunes sur la patinoire, leurs compétences incluent la planification, le recrutement, les transactions et la gestion des opérations quotidiennes d’une organisation.

Année après année, l’Armada des Blainville-Boisbriand figure parmi les équipes les plus compétitives de la LHJMQ, dans un environnement où les cycles de succès sont généralement extrêmement courts. De son côté, Ducharme a remporté la Coupe Memorial à Halifax. Et moins de deux ans après son arrivée à Drummondville, il a déjà bâti la plus prometteuse équipe de la ligue. Les Voltigeurs ont remporté 44 victoires en 68 matchs cette saison malgré le fait que le noyau soit composé de joueurs de 17 ans. Pas moins de six joueurs des Voltigeurs apparaissent cette année sur la liste de la centrale de recrutement de la LNH!

Ensemble, Bouchard (comme membre du groupe de direction) et Ducharme (entraîneur-chef) ont remis à niveau le programme d’Équipe Canada Junior au cours des deux dernières années. Sous leur direction, ÉCJ s’est inclinée en finale en tirs de barrage en 2017 et a remporté l’or en 2018.

Qu’est-ce qu’une organisation comme le CH (dont les secteurs névralgiques du recrutement et du développement sont mauvais) pourrait espérer de mieux pour se remettre sur les rails? Ces gars-là grandissent dans leur cour!

Qu’on fasse les choses dans le bon ordre! Au lieu de travailler constamment sur la tête d’une pyramide instable (le CH), qu’on confie le Rocket de Laval (avec pleins pouvoirs) à Bouchard et Ducharme. Et qu’on leur fasse une place au sein du noyau décisionnel de l’organisation du CH.

Le Canadien a besoin d’air frais. Il doit se renouveler, se remettre en question et trouver une façon de brasser des idées. Il a aussi (cruellement!) besoin de redevenir maître sur son territoire et de se rebrancher sur le hockey québécois.

En renouvelant sa confiance à l’endroit de Bergevin, Geoff Molson espère un remède rapide. Il souhaite que quelques transactions, et peut-être un excellent choix de premier tour, s’avèrent suffisants pour participer aux séries de 2019. Si ça se produit, ça ne changera toutefois rien au fait que toute la structure chambranle depuis des années.

Le temps est venu de régler ce problème qui engendre tous les autres.

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