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Marc Bergevin n'est peut-être pas architecte, mais il rénove fort bien

BILLET - Depuis que Marc Bergevin a pris les commandes du Canadien en 2012, partisans et observateurs sont constamment contraints de fouiller dans les plus glorieuses archives de l'équipe pour dénicher des équivalents aux accomplissements de la formation actuelle. Cherchez l'erreur.

Un texte de Martin Leclerc

Au cours des trois derniers automnes, le CH a connu deux des trois meilleurs débuts de saison de sa longue et riche histoire. Ce n'est pas rien! Il y a quelques semaines, le Elias Sports Bureau révélait par ailleurs que la formation de Michel Therrien était devenue la première de l'histoire de la LNH à remporter sept de ses huit premiers matchs lors de trois saisons consécutives.

Samedi dernier, le CH est devenu seulement la troisième équipe de l'histoire de la LNH à remporter ses dix premiers matchs à domicile. Seuls les Sénateurs d'Ottawa (1925-1926) et les Blackhawks de Chicago (1963-1964) avaient réussi pareil tour de force auparavant. On parle tout de même d'une ligue qui s'apprête à célébrer son centenaire...

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Il y a deux ans, le CH a remporté 50 victoires. Il s'agissait d'un exploit jamais réalisé depuis le Canadien de Pat Burns (finaliste de la Coupe Stanley) à la fin des années 1980, et depuis les beaux jours de la dynastie de la fin des années 1970.

Au cours de cette même campagne 2014-2015, le Tricolore n'avait accordé que 189 buts, établissant ainsi des standards défensifs comparables à ceux de l'époque où la ligne bleue du club était défendue par le « Big Three », que le filet était protégé par Ken Dryden et que l'équipe alignait la meilleure paire d'attaquants défensifs au monde (Doug Jarvis et Bob Gainey).

Au train où vont les choses, le bilan défensif du CH s'annonce tout aussi dominant et exceptionnel cette saison.

Malgré la spectaculaire débandade de la saison dernière (qui a été, elle aussi, historique), le CH présente depuis 2012-2013 un rendement de ,616 en saison régulière. Pour retrouver pareils succès sur une aussi longue période à Montréal, il faut encore remonter à la fin des années 1970 et au début des années 1980.

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Suivre l'évolution du Canadien depuis quatre ans, c'est un peu comme regarder un film doublé par la mauvaise bande sonore. Il y a quelque chose qui ne colle pas.

Les chiffres nous rappellent sans cesse que le club traverse l'une de ses plus fructueuses périodes des 40 dernières années et qu'il figure parmi les cinq ou six meilleures formations de la LNH. Toutefois, parce que ce rendement n'équivaut pas à la qualité ou à la réputation des noms qui composent la formation, la plupart des connaisseurs restent sceptiques.

Le Canadien des années 1970 comptait une dizaine de futurs membres du panthéon du hockey. Le CH actuel mise sur Carey Price, qui est le meilleur gardien de son époque (et sans doute le joueur le plus dominant, toutes positions confondues).

Outre Price, à part Shea Weber et probablement Andrei Markov, bien malin celui qui pourra identifier un autre membre de cette équipe ayant de bonnes chances d'être un jour admis au Temple de la renommée.

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Quand Marc Bergevin a hérité du Canadien en mai 2012, l'équipe venait de boucler la saison au 29e rang.

Au lieu de tout jeter par terre et de s'engager dans une interminable reconstruction comme cela se fait ailleurs (à Toronto, Buffalo et en Arizona, par exemple), Bergevin a surtout misé sur un processus de perpétuelle rénovation. C'est un DG qui valorise beaucoup la stabilité.

Préférant le scalpel à la dynamite, il a plutôt identifié les faiblesses de son club et tenté de les corriger isolément au lieu de tout remettre en question.

Des exemples?

Beaucoup de gens réclamaient la tête de Michel Therrien à la fin de la dernière saison. Cependant, reconnaissant l'impact de la blessure de Price ainsi que la qualité du boulot accompli par son entraîneur, Bergevin est logiquement resté fidèle à son coach.

Cela n'a toutefois pas empêché le DG de rapatrier Kirk Muller pour venir en aide à Therrien et s'assurer de maintenir une bonne ligne de communication entre les entraîneurs et le vestiaire.

Il y a aussi ceux qui croient que le brio de Price change tellement la donne que les dirigeants du CH ont bien peu à voir avec les succès de l'équipe. Or, peu se rappellent du printemps 2013 où, après avoir déçu en séries, le gardien étoile avait déclaré se sentir comme un « hobbit » à Montréal.

Bergevin avait alors réagi en embauchant Stéphane Waite pour rehausser la qualité de l'encadrement offert à son meilleur joueur. Depuis l'arrivée de Waite - c'est un fait - Carey Price est devenu le gardien numéro un d'Équipe Canada et il a cumulé quelques-unes des saisons les plus dominantes de l'histoire du hockey.

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Par ailleurs, il faut souligner que Bergevin a bien peu profité de l'aide de son département de recrutement amateur depuis son arrivée à la tête de l'organisation. Il a toutefois contourné cette difficulté de façon fort impressionnante.

Condamné à sans cesse renouveler son personnel, le DG du CH s'est alors tourné vers son équipe de recrutement professionnel. Ce petit groupe de recruteurs chargés d'épier les joueurs de la LNH et de la LAH avait été presque totalement remanié chez le Canadien après la nomination de Bergevin.

Ce sont ces hommes de hockey qui lui ont permis de conclure des transactions relativement mineures pour acquérir des éléments qui sont devenus importants au sein de sa formation, comme Phillip Danault, Andrew Shaw, Torrey Mitchel et Jeff Petry.

Ou comme Paul Byron qu'on a réclamé au ballottage. Ou encore Alex Radulov, acquis sur le marché de l'autonomie pour une bouchée de pain.

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Bref, les incroyables succès du Canadien sont effectivement difficiles à expliquer lorsqu'on examine isolément les curriculum vitae des joueurs qui composent cette équipe.

Dire que le Canadien surpasse les attentes et qu'il est bien meilleur au classement qu'il ne l'est sur papier correspond tout à fait à la réalité. Et c'est une tendance lourde qu'on remarque depuis 2012. Or, on ne peut pas être chanceux pendant une aussi longue période.

Ça signifie que cette organisation est bien dirigée. Très bien, même.

À toute épreuve, le blogue de Martin Leclerc.

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