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Marco Calliari : l'Italie d'un continent à l'autre

CHRONIQUE – Étrange quand même, cette Casa d'Italia est à quelques rues à peine d'où je suis né, où j'ai grandi, pas très loin de cette Petite-Italie où j'allais en touriste avec mon père pour faire le tour des cafés – Genova, Dante et bien sûr Italia. Cette Italie revue et corrigée était un quartier où on n'habitait pas.

Papa n’aimait pas. Il avait en horreur les ghettos où les nouveaux arrivants vivaient repliés sur eux-mêmes. Il tenait à ce que ses enfants s’intègrent, aillent à l’école du coin.

Par contre, il aimait bien la passegiata du dimanche matin que l’on faisait ensemble tirés à quatre épingles. Toute la semaine, j’attendais ce moment avec impatience. Je me sentais un petit homme accompagnant un géant. Ces matins-là, il buvait son café, lisait les journaux italiens. Lui était assis au comptoir et moi, savourant mon jus de pêche, denrée rare à l’époque, je regardais les hommes discuter politique, s’engueuler et rigoler.

Or, jamais – j’ignore pourquoi – nous n’avons mis les pieds à la Casa d’Italia, où avait lieu réceptions, mariages, présentations honorifiques et visites de premiers ministres. Peut-être n’étions-nous pas assez bien pour ça, mais honnêtement, avec le recul, je réalise que papa ne donnait pas trop dans le social avec ses congénères et l’ordre des fils d’Italie. Probablement n’avait-il guère le temps. Il avait une famille à faire vivre et la préférait à toute mondanité.

Tout à fait dans le même esprit que cette fresque au plafond de l’église Notre-Dame-de-la-Défense où l’on voit Il Duce sur son cheval, certain que rien ni personne n’arrivera à le pendre un jour par les pieds.

D’ailleurs, pour les raisons que l’on peut très bien imaginer, la Casa d’Italia a été fermée pendant la Seconde Guerre mondiale pour ne reprendre ses activités qu’à la fin des années 40. Bien sûr, ce lieu transformé en un très fort beau centre culturel et historique où ont lieu, entre autres, expositions, spectacles et manifestations artistiques.

En début de semaine, donc, j’ai reçu un message de Marco Calliari m’invitant à la première Festa della musica de Montréal. Une fête de la musique comme il y en a partout, dans 120 pays depuis des décennies à cette différence que cette fête de la musique à Montréal qui aura lieu tous les 21 juin baigne dans l’ADN musical italien.

Marco, qui a depuis longtemps laissé le heavy métal, est devenu en quelque sorte le meilleur ambassadeur de la nouvelle musique italienne et surtout des artistes émergents. Ça ne veut pas dire qu’on oublie Nel blu dipinto di blu, mais plutôt qu’il emmène avec lui en tournée de Chicoutimi à l’Abitibi en passant par la Gaspésie et L’Isle-aux-Coudres des chanteurs et des groupes tels le Calabrais Peppe Voltarelli, les Toscans I Matti delle Giunacaie et combien d’autres. Ils étaient d’ailleurs là à cette fête de la musique, baragouinant le français et s’adressant à la foule dans leur langue chantante. Et ceux qui n’y comprenaient rien comprenaient quand même.

Mais on le sait, quand il est question de musique, tout n’est d’abord qu’émotions.

L’autre soir, sans se noyer dans les formalités, entre le vin et les gnocchis maison, des personnalités ont tenu à saluer l’effort et la réussite artistique de Marco.

Mais ce que j’ai retenu, ce ne sont certes pas les formalités, mais plutôt la musique, les histoires et les légendes. Comme celle de ce pêcheur qui, jadis, de peur que les Deux-Siciles ne disparaissent, a plongé en Méditerranée pour soutenir à la force de ses bras les colonnes qui les maintenaient hors de l’eau. À son seigneur qui lui demandait et exigeait qu’il sorte de cette mer du détroit de Messine et mette fin à son immersion, il répondit : « Non ». Non parce que s’il lâchait les colonnes, ne le savait-il que fort bien, les Deux-Siciles sombreraient à jamais.

Aujourd’hui encore, il les tient à bras-le-corps.

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