Retour

Melissa Etheridge, Joss Stone et un peu de Janis Joplin au Festival de jazz

CRITIQUE – Oui. Nous l'avons eu. Au rappel de la prestation de Melissa Etheridge, mercredi, à la salle Wilfrid-Pelletier à l'occasion du Festival de jazz (FIJM). L'Américaine et Joss Stone ont repris l'historique hommage à Janis Joplin interprété lors de la cérémonie de remise des prix Grammy en 2005. Et pendant quelques minutes, environ 3000 personnes en ont oublié jusqu'à leur nom.

J’avoue, je rêvais de ce moment depuis l’annonce faite par le FIJM de ce spectacle mettant en vedette la rockeuse américaine et la jeune chanteuse soul britannique. Les chances étaient minces, néanmoins.

Etheridge l’a confirmé avant d’inviter Stone à la rejoindre sur scène : elles n’avaient jamais tenté de recréer ce moment qui a marqué la grande histoire du gala musical américain. Pourquoi donc maintenant? Assurément à cause de l’affiche commune.

Pourquoi à Montréal? Un peu en raison du prestige du FIJM, pas de doute là-dessus, mais surtout en raison de l’histoire d’amour qui unit depuis toujours Melissa Etheridge à la ville de Montréal.

« Merci Montréal. Vous êtes au boutte! » a crié Etheridge à la foule en français en début de programme. Il faut dire qu’avec trois instrumentistes (la section de cuivres) et deux choristes du Québec au sein de sa bande de musiciens, elle ne manquait pas de gens pour l’aider à rédiger un salut typiquement québécois.

De l’inattendu

J’ai beau avoir vu plus d’une demi-douzaine de fois chacune des deux artistes sur scène, leurs prestations étaient rafraîchissantes à bien des égards.

Bien sûr, le long foulard était encore une fois accroché au pied de micro de Joss Stone qui s’est présentée, comme d’habitude, pieds nus sur scène. L’environnement avait beau être familier, la chanteuse que l’on a connue à l’adolescence affiche la maturité de ses 30 ans. Elle nous parle avec son éternelle voix d’adolescence, mais elle sait désormais manier une salle à sa guise.

Stone, que l’on a vu une première fois à l’âge de 17 ans sur la scène du défunt Cabaret Juste pour rire en 2004, peut flirter avec le gospel (Newborn), baigner Love Me dans des effluves jazz et offrir une version sensuelle à souhait du classique The Look of Love. Elle possède toujours une voix qui peut déplacer des montagnes. Hier, c’est durant Landlord que ça a été le plus évident.

En fait, c’était trop chargé, comme durant quelques autres titres, un peu comme si elle sentait le besoin de démontrer qu’elle a plus de puissance vocale que toutes ses contemporaines. Inutile, on le sait.

Aussitôt après, elle enchaîne avec la splendide Then You Can Tell Me Goodbye, tout en retenue, comme si, cette fois, elle sentait le besoin de nous dire qu’elle savait être économe de moyens. Maintenant, on le sait aussi.

Cela dit, Joss Stone demeure quand même un électron libre qui peut nous charmer avec ses phrases en français, ses questions impromptues : « Au fait, comment ça va avec la marijuana ici? », et nous désarçonner avec ses brusques changements de direction artistique.

Elle annonce Stuck On You et les musiciens lancent la musique de Victim of a Foolish Heart? Tant pis. On arrête tout et on reprend Victim... Et zut pour Stuck on you! Elle voit que la foule n’est pas dans le coup pour Harry’s Symphony, elle stoppe tout et entonne Super Duper Love, ralliant tout le monde à sa cause. Avec l’enchaînement de Put Your Hands on Me, c’était le doublé essentiel pour conclure avant Son of a Preacher Man, de la grande Dusty Springfield, durant lequel elle a lancé des fleurs de tournesol dans la foule.

Soixante-cinq minutes de concert qui ont démontré que Stone a encore tous les outils en mains pour séduire, mais que son répertoire pourrait s’adresser sous peu à un public plus âgé.

Melissa chez Stax

À sa façon, Melissa Etheridge a étonné, elle aussi. Pas tant dans la forme qui est toujours la même – une voix, une guitare et ses tripes sur la table –, mais bien en raison du répertoire proposé. Cachée derrière ses choristes, elle s’est dévoilée aux spectateurs avec une cape sur le dos, comme le faisait James Brown. Pas étonnant vu que l’on entendait les premières mesures de Hold On I’m Coming, de Sam and Dave.

L’Américaine a mis sur le marché l’an dernier Memphis Rock and Soul, un album de reprises de l’étiquette Stax. On s’attendait à plusieurs titres, mais pas à 10 des 12 chansons, qui plus est, au détriment de ses propres succès. Après 50 minutes de prestation, la seule chanson entendue du répertoire d’Etheridge était I Want to Come Over. Ça prend du culot.

Cela dit, c’était formidable, car Etheridge ne connaît qu’une façon de jouer et de chanter : comme si sa vie en dépendait. Elle était impériale durant Any Other Way (Willam Bell), touchante durant I’ve Got Dreams To Remember (Otis Redding), mordante en reprenant le solo de guitare d’Albert King (Born Under a Bad Sign) et engagée au possible avec Respect Yourself (The Staples Singers).

« Quand on veut du changement, on doit être le changement. Comme je l’ai vu dans votre ville aujourd’hui. »

Cela dit, si l’Américaine n’a pas interprété autant de ses bombes musicales que lors d’autres passages, elle a offert ses incontournables. Come to my Window, Bring Me Some Water et I’m the Only One ont provoqué l’incendie habituel.

Tout était donc en place pour le retour de Stone au rappel. Comme il y a 12 ans à Los Angeles, la Britannique a fait sienne Cry Baby, dans une interprétation à donner la chair de poule, avant que Etheridge ne brille à son tour durant Piece of my Heart.

Chaque reprise de « Come On! Come On! » était plus intense que la précédente, au fur et à mesure que les deux chanteuses faisaient monter le mercure. L’abandon sur scène était total et la frénésie dans la salle était à son comble.

Quand Etheridge a hurlé le fameux « Whoooaaaa!!! », tel un cri primal, Stone s’est effondrée par terre et tout ce qui était humain dans la salle Wilfrid-Pelletier y a probablement laissé un peu de son âme. Il y avait quelque chose d’épique dans ce moment. Et il restait assez d’énergie à Melissa Etheridge pour nous offrir une version dynamitée de 10 minutes de Like the Way I Do.

Au Festival de jazz, en définitive, personne ne craint de programmer un duo de femmes sur la même affiche. Et la récompense était le duo historique que l’on espérait.

Plus d'articles

Commentaires